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Et si on arrêtait d’humilier nos enfants sur Internet?

Un père condamne dans une vidéo YouTube cette nouvelle mode qui consiste à partager sur Internet une vidéo ou une photo où l’on punit son enfant.

Les premières secondes, on s’attend à voir une énième vidéo de punition infligée par un parent à son enfant et postée sur YouTube. Le père tient un rasoir électrique, engueule salement son fils et fait mine de s’apprêter à lui raser la tête. Puis il s’arrête, l’embrasse et lui dit qu’il l’aime.

«Jamais, jamais, je n’humilierai mon propre ADN sur Internet. [...] L’humiliation peut causer suicides et dépression. [...] Nous vivons dans une société dans laquelle les gens veulent enregister et diffuser la manière dont ils éduquent leurs enfants. [...] Ce qui se passe en ce moment est incroyable et ça me brise le cœur.»

Ce que ce père condamne dans cette vidéo salutaire mais un brin gênante, c’est cette nouvelle mode qui consiste à punir ses enfants publiquement. «Je vais te mettre la honte sur YouTube» is the new «tu es privé de télé». Depuis quelques mois, apparaissent sur Internet des vidéos ou des photos postées par des parents qui ont pour seul but de rendre publique une punition infligée à leur enfant.

Enfants pas sages

C’est ainsi par exemple qu’a très largement circulé en février cette photo d’un petit garçon que son coiffeur de père a rasé de façon à faire croire que le garçonnet était dégarni, coupe de cheveux surnommée «Coupe Benjamin Button» par le père lui-même, qui est allé jusqu’à proposer ses services pour tous les parents d’enfants pas sages.

«Tu veux jouer au grand... Eh bien maintenant tu a l’air adulte. Coupe spéciale pour les grands enfants. Amenez les enfants pas sages.»

Jeté en pâture à la vindicte populaire

 

Si beaucoup se sont indignés, elle a surtout suscité l’hilarité, aux dépens de ce garçon. Le père confiait lui-même avoir reçu plus de messages de soutien que de critiques.

En janvier, c’était une fillette de 10 ans qui se faisait humilier publiquement. Parce qu’elle avait créé plusieurs comptes Facebook sur lesquels elle se faisait passer pour plus âgée, son père a posté une photo d’elle flanquée de barrettes, d’un sac à dos princesse et d’un T-shirt «J’ai 10 ans». Une photo postée... sur Facebook.

Plus ironique encore: après avoir découvert que son fils harcelait ses camarades à l’école, un père l’a forcé à poser avec une pancarte entre les mains, avec son nom, ses méfaits, la liste des punitions et des excuses aux victimes. Photo elle-même publiée sur Facebook. Le harceleur finit donc pas être lui-même harcelé et jeté en pâture à la vindicte populaire. (Détail qui n'en est pas un, on a découvert, depuis, que le pseudo du père sur Internet était «SS cow-boy» et qu’il posait régulèrement avec un T-shirt orné d’une croix gamée.)

Double peine

Mais une dernière séquence devrait peut-être mettre fin à ce type d’image et à l’effet d’émulation. Une adolescente de 13 ans vient de mettre fin à ses jours après que son père a posté une vidéo dans laquelle il lui coupait les cheveux pour la punir. Une page Facebook réclame que des sanctions soient prises contre le père et contre tous les parents qui ont désormais recours à cette méthode de l’humiliation publique.

Comme si la maltraitance était devenue une valeur éducative

Punir son enfant est une chose. Le punir en lui rasant le crâne ou en lui coupant les cheveux est d’une barbarie sans nom. Diffuser les images de cette punition relève en plus de la double peine: l’enfant est déshumanisé dans le foyer et publiquement. Son intimité, sa vie familiale, les règles qui la régissent sont exposées au vu et au su de tout le monde (sans que des signalements soient par ailleurs effectués et que les parents aient à répondre de leurs actes).

Le pire étant que, en faisant cela, les parents ne cherchent même pas tellement à éduquer leur enfant, à lui inculquer des règles, mais à se faire passer pour des parents intransigeants, qui ne se laissent pas marcher sur les pieds, à qui on ne la fait pas. Comme si la maltraitance était devenue une valeur éducative, la preuve que l’on est un bon parent. Il serait urgent de s’interroger sur cette société qui prétend lutter contre le harcèlement à l’école mais qui laisse de la place aux parents harceleurs, voire qui rit avec eux.

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