France

L'Elysée en veut à la «morgue» d'Hortefeux

Ariane Istrati, mis à jour le 12.09.2009 à 14 h 41

L'amitié de plus de trente ans entre Nicolas Sarkozy et le ministre de l'intérieur résiste toutes les vicissitudes de la vie politique et publique.

Samedi, dans l'entourage du chef de l'Etat, on continue de minimiser l'incident Hortefeux, en estimant ne voir «aucun racisme» dans les déclarations du ministre de l'Intérieur à Seignosse. Brice est un garçon bien, continue de penser le chef de l'Etat, mais il trouve toutefois que Jean-François Copé et Brice Hortefeux ont fait montre de «morgue» vis à vis des militants UMP en parlant d'un air beaucoup trop décontracté. L'Elysée pense que cette affaire n'aura aucune suite mais qu'il faut que le ministre «se concentre» sur son travail. ELB

Nous republions ci-dessous le portrait du duo Nicolas-Brice, mis en ligne vendredi.

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«On ne touche pas à Brice»: la consigne a été donnée en haut lieu après le dérapage verbal du ministre de l'Intérieur à propos d'un militant UMP d'origine maghrébine. Le gratin du parti et de nombreux ministres, François Fillon en tête, se sont précipités pour défendre l'ami du Président. Car tous connaissent les liens étroits qui unissent Brice Hortefeux à Nicolas Sarkozy. Une amitié de plus de trente ans qui a survécu aux aléas de la vie politique.

Tout a commencé un soir de janvier 1976 à un meeting de Jacques Chirac. Brice, un médiocre étudiant en droit, est dans la salle. Nicolas, de trois ans son aîné, est à la tribune. Ses talents d'orateur impressionnent les militants et les élus qui se trouvent là. Fasciné par son énergie, Brice se dit: «il ira loin celui-là». Une fois le discours terminé, il se plante devant lui, le félicite et... lui propose ses services. Flatté, le jeune Nicolas accepte immédiatement. Une amitié est née. Les deux hommes ne vont plus se quitter.

Le rôle d'Hortefeux auprès de Sarkozy est d'emblée protéiforme: il le conseille, l'entraîne, organise son réseau. Sarkozy apprécie son dévouement et sa capacité à encaisser les engueulades sans broncher. Le fidèle collaborateur est récompensé. A chaque fois que Nicolas décroche un poste où un mandat, il trouve un job à son ami qui le suivra ainsi partout: mairie de Neuilly, RPR, place Beauvau, Bercy, UMP... Et il lui permet de prendre son envol politique en l'imposant sur les listes aux européennes et en le laissant s'enraciner en Auvergne.

Brice et Nicolas ne font pas que travailler ensemble. Leurs vies privées sont également étroitement imbriquées. Brice est le parrain de Jean, le fils de Nicolas et de sa première épouse, Marie-Dominique Cuccioli. Plus tard, son inimitié avec Cécilia compliquera ses relations avec Nicolas, notamment dans la phase finale de conquête du pouvoir alors que le couple Sarkozy battait de l'aile.

Alors que Nicolas lui a promis un ministère s'il était élu, Brice est évincé pendant la dernière période de la campagne présidentielle. Sur ordre de Cécilia, qui n'a jamais pu supporter la proximité entre les deux hommes, il ne met pas les pieds au quartier général de la rue d'Enghien. Il est apparement sur la touche ce qui n'empêche pas Sarkozy d'appeler en douce son ami de toujours pour avoir son avis sur la campagne.

Une fois à l'Elysée et malgré les réticences de son épouse, Nicolas Sarkozy nomme Hortefeux au gouvernement mais à un poste secondaire: le ministère de l'Immigration et de l'identité nationale. Hortefeux encaisse et fait le job sans se plaindre. Le chef de l'Etat proclame partout qu'il est «un bon ministre». Le départ définitif de Cécilia puis l'arrivée de Carla Bruni redonne de la fluidité aux relations entre les deux amis. Hortefeux prend du galon d'abord avec le ministère du Travail puis avec l'Intérieur, son rêve de toujours.

Il est également nommé numéro 2 de l'UMP où il est l'œil et les oreilles du Président. Et il est à nouveau invité dans les dîners privés de son ami. Ses collègues ministres lui demandent régulièrement d'intervenir en leur faveur auprès de Nicolas Sarkozy. Car le locataire de l'Elysée le dit à qui veut l'entendre: «Brice est le seul en qui j'ai vraiment confiance».

Ariane Istrati

Image de Une: Brice Hortefeux et Nicolas Sarkozy  Philippe Wojazer / Reuters

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