Partager cet article

Il faut sauver de l'oubli l'école nazie où étaient formés les médecins de la mort

V«Führerschule der Deutschen Ärzteschaft», Alt Rehse, Luftbild, 1937.

V«Führerschule der Deutschen Ärzteschaft», Alt Rehse, Luftbild, 1937.

Il y a 80 ans, la «Führerschule der Deutschen Ärzteschaft» ouvrait ses portes. Le 1er juin 1935, le dignitaire nazi Rudolf Hess en personne se rendit dans le Mecklembourg, dans le nord de l'Allemagne, pour assister à l'inauguration de cette école conçue pour former l'élite du corps médical allemand dans le petit village d'Alt Rehse, rappelle l'hebdomadaire allemand Der Freitag:

«Lors de la cérémonie, […] le message selon lequel la médecine avait connu un "profond changement" depuis le 30 janvier 1933 [date de l'arrivée d'Hitler au pouvoir, ndlr] habita tous les discours. Un médecin de l'État nazi ne se souciait plus de ses patients mais du peuple, dont la "préservation" était nécessaire à sa guérison et "l'amélioration de la race".»

L'école fut aménagée dans une ancienne ferme. Mis à part l'église, le presbytère et une autre bâtisse, le village fut entièrement rasé par les nazis, qui le reconstruisirent dans le style propre à la région. Environ 12.000 professionnels de santé étudièrent dans cette école entre 1935 et 1943, année où elle ferma ses portes. C'est là que furent formés les médecins de la mort employés dans les camps de concentration pour mettre en oeuvre la solution finale:

«Idéologues nazis et médecins formèrent médecins, pharmaciens et sage-femmes en particulier à la génétique et au "maintien de la race" dans cette pépinière extraordinaire pour le Troisième Reich. Des "mesures médicales" qui devaient sauver le peuple allemand de la perte furent ainsi justifiées. Il s'agissait d'actes criminels tels que les stérilisations et les avortements pratiqués de force, la mise à mort ciblée de personnes souffrant d'un handicap mental ou physique [connue sous le nom d'"AktionT4"], les essais pratiqués sur des humains et la destruction des "vies indignes de vivre" dans les camps de concentration tels qu'Auschwitz et Bergen-Belsen.»

À cette époque, rappelle Der Freitag, «un simple moins» noté sur un dossier médical suffisait à condamner un patient à mort:

«Ceux qui étaient classés comme "indignes de vivre" étaient mis dans des bus [à destination des camps de concentration] où ils étaient tués au moyen de gaz mortel.»

Après la guerre, le complexe de bâtiments, situé sur le territoire de la RDA, est devenu successivement une base de l'Armée rouge, un village de vacances pour enfants, un centre de formation pour instituteurs puis une base de l'armée est-allemande, avant d'être rachetée par des investisseurs successifs après la Réunification.

Depuis 2002, le bâtiment principal abrite une petite exposition sur l'école de médecine nazie. Il y a quelques années, des citoyens allemands ont lancé une collecte de fonds dans le but de rénover le bâtiment principal de l'ancienne école et d'en faire «un centre d'exposition, de culture et d'étude qui soit dédié à l'analyse de l'histoire d'Alt Rehse et de l'ancienne "école de l'élite du corps médical allemand", de l'histoire de la médecine sous le nazisme ainsi qu'aux questions éthiques dans le domaine de la médecine et de la santé publique dans le passé, le présent et le futur», comme indique le site internet du projet, soutenu entre autres par la région du Mecklembourg et une association de médecins.

Comme l'expliquait en 2014 le professeur de philosophie Rainer Stommer, un des porteurs du projet, dans les colonnes de la revue médicale Deutsches Ärztblatt, il faut sauver ce lieu de l'oubli:

«Il est important de rénover la ferme, de manière à rendre visible la conception esthétique de l'ensemble du lieu –et ainsi l'histoire et l'idée qu'elle se faisait d'elle de toute une génération de médecins qui ont largement contribué à former une société selon l'idéal de l'"homo fascistus".»

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte