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Biarritz, perle de la côte basque en plein boom

Voyage dans la cité basque, à qui le gouvernement vient d'accorder le label «Marque Forte».

Le gouvernement français et Laurent Fabius, en charge du tourisme en tant que ministre des Affaires étrangères, viennent d’accorder le label «Marque Forte» à la ville de Biarritz, ce qui implique une aide de l’État dans plusieurs secteurs comme le golf, pièce maîtresse de la côte basque avec le surf. La municipalité de Biarritz, et son maire Michel Veunac (divers droite), entendent renforcer l’attractivité de la station balnéaire, dont les festivités mondaines, comme les bals légendaires de l’Hôtel du Palais, ont fait dans le passé les délices des grands ducs de Russie, de Winston Churchill, de Sarah Bernhardt, d'Igor Stravinsky, de Maurice Ravel ou encore de Sacha Guitry.

En juillet 1918, Pablo Picasso, qui venait d’épouser à Biarritz Olga Khokhlova, la danseuse des ballets russes, écrivait: «C’était un temps béni où nous étions sur les plages.» Un siècle et quelques années plus tôt, Eugénie de Montijo, fille d’une grande dame d’Espagne en vacances sur la côte basque, manque de se noyer au Port-Vieux, avant d'être sauvée in extremis par des enfants du pays. En 1852, elle rencontre le prince-président devenu Napoléon III, qui s’éprend d’elle et l’épouse. Dès lors, la jeune mariée n’aura de cesse de persuader son époux de l’accompagner sur son lieu de villégiature basque, le cadre enchanteur de ses jeux d’adolescente à crinoline.

Conquis par l’air vivifiant de la côte battue par les flots, l’Empereur acquiert en 1854 un vaste terrain surplombant l’océan et ses rouleaux, fait édifier un palais d’été en dix mois, un record pour l’époque. Ce sera la Villa Eugénie, l’adresse en vue de la jet-set internationale. Rois et reines, têtes couronnées et célébrités de tout calibre mènent la grande vie: à Biarritz, on s’amuse. C’est la Belle Époque dans tous ses fastes.

En 1893 s’élève le majestueux Hôtel du Palais, l’orgueil de la station balnéaire, comme l’Hôtel de Paris à Monaco, le Carlton à Cannes ou le Negresco à Nice. En 1903, à la suite d’un incendie, le grand hôtel reconstruit est doté d’une aile supplémentaire. Au défilé des ducs et duchesses succède une autre clientèle: les grands d’Espagne, l’aristocratie française et le gratin d’Hollywood, Bing Crosby, Gary Cooper, Frank Sinatra ou Jayne Mansfield.

Ouvert toute l'année

Cet Hôtel du Palais à la façade ocre et pastel aurait pu, dans les années 1960, disparaître du paysage marin, se transformer en appartements privés comme tant de cinq étoiles en France. En dehors de la saison d’été, le palace aux suites de luxe n’attirait personne, les congrès et séminaires n’existaient pas encore et l’hiver, il fallait fermer ce lieu de fêtes et de beautés et congédier le personnel. C’est grâce à Jean-Louis Leimbacher, un hôtelier alsacien au caractère bien trempé, passé par le groupe Accor, que le Palais allait rester ouvert toute l’année, à la grande satisfaction d'une municipalité devenue propriétaire de ce paquebot immobile amarré face à l’océan. Gestionnaire dans l’âme, au fait de tous les systèmes de réservation, Leimbacher s’est démené comme un beau diable pour faire venir des groupes, des séminaires, des «incentives» en basse saison à des tarifs motivants.

Ainsi, le Palais a pu accueillir des présentations mondiales de berlines haut de gamme –des semaines entières de réservations pour des concessionnaires et des journalistes du monde entier. Il fallait remplir les chambres, les suites et occuper le bataillon de cuisiniers, de maîtres d’hôtel, de gouvernantes, de chasseurs et de bagagistes –pas rien. Ainsi a-t-il pu générer un chiffre d’affaires conséquent –20 millions d’euros en 2014– afin de financer les travaux indispensables des suites princières et la création du SPA Guerlain. La gentry française est restée fidèle à la magie du palace enrichi en 2011 des suites Vladimir Romanov, Prince Orlov et Édith Piaf, où les marbres de Carrare voisinent avec le teck de Birmanie et les mosaïques en pâte de verre italienne –on a jamais mégoté sur la restauration à l’identique. Témoin, le Salon Impérial du rez-de-chaussée au plafond de verre et verrière lumineuse où l’on dansait en 1930: Jean-Louis Leimbacher l’a fait revivre en avril 2014, après six mois de travaux d'un montant de 3,3 millions d’euros.

Si bien que lorsque des rumeurs de vente de l’ex-Villa impériale d’Eugénie ont circulé ici et là, tout au long de 2014, personne n’a vraiment cru que la municipalité se séparerait du Palais dans le but de combler ses déficits béants.

Pour l’heure, le palace à la Rotonde reste la propriété de la station balnéaire. Michel Veunac et François Amigorena, son bras droit chargé du tourisme, cherchent à développer la clientèle étrangère, et pas seulement espagnole ou russe, fidèle à Biarritz depuis les années folles. Il faut une ligne Air France Roissy-Biarritz: le changement d’aéroport vers Orly est un obstacle évident pour les vacanciers américains, asiatiques, brésiliens… Alexandre de Juniac, le PDG de la compagnie nationale, s’est dit très concerné par cette requête aérienne.

Le Label France doit contribuer à cet élan nouveau insufflé à la capitale du surf atlantique, où le tourisme représente un emploi sur trois et les 70 hôtels et restaurants 200 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel. En septembre 2015, le Palais va hériter du concours bénéfique d’une chaîne hôtelière internationale genre Oetker (le Bristol à Paris), Barrière, Accor, Four Seasons… dont la mission essentielle sera de promouvoir le joyau biarrot hors des frontières, en Amérique du nord et du sud, en Asie, au Japon et en Chine.

Unifier le répertoire des plats

Dirigé pour l’heure par Jean-Luc Cousty, un gentleman de l’hôtellerie «high class» venu du Lutetia de Paris, le Palais va aussi devoir unifier le répertoire des plats répartis en trois restaurants, dont l’Hippocampe au bord de la piscine.

Au rez-de-chaussée du bâtiment mythique, la superbe Rotonde, un balcon sur la mer, reste un monument de la gastronomie hexagonale –«le plus beau restaurant d’Europe» selon Alain Ducasse. Tout le monde veut s’y attabler, ou alors à la Villa d’Eugénie mitoyenne, plus intime. Deux cartes gourmandes sont proposées aux mangeurs, composées par le grand chef Jean-Marie Gautier. À la tête d’une brigade de vingt pros des casseroles, lui et son second Frédéric Beaujean conjuguent deux styles culinaires, le premier axé sur la tradition classique (jambon basque, foie de canard et haricots verts, filet de bœuf béarnaise et frites, filet de bar aux crevettes, crème brûlée catalane) et le second orienté sur la noblesse des plats et des produits de la région (langoustines en carpaccio au caviar, araignée de mer en fin velouté, rarissime saumon frais de l’Adour, turbot meunière au homard, bar de ligne cuit à la vapeur aux poireaux, agneau des Pyrénées, gâteau de l’Impératrice au chocolat et café...)

C’est ce répertoire élégant, de haute cuisine, qui a valu à Jean-Marie Gautier d’avoir obtenu dans les années 1990 une étoile justifiée, reflétant la maîtrise des apprêts et la quête des saveurs vraies. Alors, pourquoi deux cartes différentes? Le trop-plein crée une confusion regrettable pour les gourmets, troublés par cette abondance d’intitulés gourmands.

La Rotonde, chef-d’œuvre d’architecture néo-classique, devrait-elle prétendre à la seconde étoile, en rapport avec la splendeur préservée de l’ex-Villa d’Eugénie de Montijo? Après tout, le Palais a reçu en 2013 le certificat d’excellence de TripAdvisor et a été classé par Condé Nast Traveler USA au septième rang des Best Hotels d’Europe. La cuisine devrait suivre ce mouvement de passion et d’élévation, selon les mots de Georges Blanc.

Hôtel du Palais

1 avenue de l’Impératrice 64200 Biarritz. Tél. : 05 59 41 64 00. 130 chambres à partir de 330 euros, 30 suites. Menu à 68 euros. SPA, piscines couverte et découverte, jacuzzi, golf miniature, parc sur l’océan.

 

Sofitel Le Miramar, Thalassa Sea & et SPA

13 rue Louison Bobet 64200 Biarritz. Tél. : 05 59 41 30 00. L’ancien Miramar a été transformé par Accor en un institut de thalassothérapie très moderne, aux nombreux soins du corps, massages, jets, aqua gym… 126 chambres avec terrasses sur la mer à partir de 180 euros, plage et piscines. Cuisine classique et produits de saison. Nombreux forfaits cures à partir de 180 euros.

 

Le Regina

52 avenue de l’Impératrice 64200 Biarritz. Tél. : 05 59 41 33 00. 60 chambres à partir de 180 euros, 8 suites. Le dernier « cinq étoiles » au-dessus de la mer, un charme fou, lobby Art Déco et verrière, Restaurant by Georges Blanc, SPA, piscine à ciel ouvert, berline à l’aéroport.

 

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