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Pourquoi François Hollande a choisi Marseille pour lancer la COP21

François Hollande à Marseille, le 4 juin 2015. REUTERS/Claude Paris/Pool.

François Hollande à Marseille, le 4 juin 2015. REUTERS/Claude Paris/Pool.

Politiques, locales et géopolitiques: pour l'Elysée, les raisons ne manquaient pas de choisir la métropole provençale.

Marseille (Bouches-du-Rhône)

Est-ce parce qu'il est le plus âgé, le plus expérimenté ou le plus malin? Tandis qu'il fête ses vingt ans de mandat à la tête de la mairie de Marseille (!), c'est Jean-Claude Gaudin qui s'est présenté avant tout le monde dans l'amphithéâtre de la Villa Méditerranée, jeudi 4 juin. L'institution accueillait en grande pompe le président de la République à l'initiative de son ami, le président de la région Paca Michel Vauzelle, pour lancer la conférence sur le climat qui doit se tenir à Paris au mois de décembre 2015.

«Vous avez raison de rigoler... À Marseille, on rigole tout le temps», lance Gaudin en faisant son entrée dans une salle à moitié hilare, s'asseyant dans les premiers rangs, l'écharpe tricolore en-dessous de sa veste noire. Mais pas de quoi voler la vedette à François Hollande, qui arrive dix minutes plus tard, entouré des pontes locaux et des participants de cette conférence cruciale qui déterminera, peut être, l'empreinte que laissera son mandat dans l'histoire de la Ve République.

Si quasiment tous les médias nationaux ont uniquement retenu la visite, quelques heures plus tard, de l'ancien candidat socialiste aux ex-ouvriers de Fralib, à Gémenos, qui fabriquent désormais du thé via une SCOP nouvellement créée, le ballet de la Villa Méditerranée ne manquait pas d'intérêt pour ceux qui s'intéressent un peu à la Conférence sur le climat, dont l'objectif n'est ni plus ni moins de lutter contre le réchauffement climatique. Pour François Hollande, il s'agissait d'anticiper l'évènement, de le propulser médiatiquement, car aucun accord ne sera entériné à l'issue des deux jours de conférence clôturés par Laurent Fabius vendredi 5 juin. «Ici à Marseille, on veut faire toujours avant Paris», a plaisanté François Hollande. «Mais ce forum vise aussi à démontrer que la Méditerranée travaille ensemble pour relever le défi climatique.»

Au-delà des raisons politiques, choisir la Méditerranée pour mettre en lumière les défis environnementaux n'a rien d'un gadget. Elle est la mer la plus polluée du monde, charriant entre 1.000 et 3.000 tonnes de plastique qui flottent à sa surface, si bien qu'à la vue de ces fragments de bouteilles, sacs d'emballage ou filets de pêches usagées qui s'agrègent les uns aux autres, certains l'ont surnommé le «septième continent». Mais ce n'est pas tout: tourisme de masse, urbanisation excessive des rivages... les stigmates du dérèglement social et environnemental sont encore plus visible ici qu'ailleurs.

Pourquoi? Parce qu'ils pèsent tout simplement sur le destin des hommes qui vivent dans ce bassin. «C'est une blessure à notre identité culturelle», a rappelé Michel Vauzelle, qui ne manque jamais une occasion de célébrer la «communauté de destin» que les Méditerranéens partagent avec cette petite mer fermée, qui rassemble autant qu'elle divise. «Le combat contre le changement climatique est un combat plus vaste encore, c'est un combat pour la résistance et pour une mer pacifiée et fraternelle», a-t-il rappelé.

Véritable cimetière marin, la Méditerranée est également au cœur des enjeux du terrorisme. C'est une plateforme où les populations bougent au rythme des tragédies humaines, en Syrie, en Libye, en Égypte ou ailleurs. «La Méditerranée doit être un exemple de ce qui nous réunit, plutôt de ce qui nous sépare. C'est la même mer que nous partageons, pour le meilleur et pour le pire», a lancé le maire de Marseille, que François Hollande n'a pas contredit: «La vocation de cette région, c'est d'unir et de rassembler.» Avant de détailler les étapes qui mèneront jusqu'à Paris, en décembre 2015, sur un ton volontariste:

«Jusqu'à aujourd'hui, 39 pays ont déposé leur contribution. Ça n'est pas suffisant. Il faut accélérer le processus. Il y a urgence car les effets de la dérégulation climatique se sont déjà sentir. Aujourd'hui, il n'y a plus de débat sur le réchauffement climatique. Le bassin méditerranéen est en d'ailleurs un exemple: les risques climatiques y sont très élevés.»

Sécheresse, sécurité sur les zones littorales, pluies diluviennes, déplacements de population: c'est comme si la Méditerranée résumait les enjeux du climat et contenait en elles les ingrédients nécessaires à ses solutions, notamment la coopération entre les pays à long terme. «L'indifférence, c'est l'ennemi contemporain», a répété François Hollande. «C'est un ennemi anonyme.»

En pariant sur la Méditerranée pour incarner ces enjeux, le président de la République a voulu démontrer que la COP21, qui est encore «une abstraction» pour les citoyens, peut se matérialiser dans une réalité humaine plus concrète. À condition que les citoyens, justement, s'y intéressent. Or, en visitant le même jour les ouvriers de la SCOP TI des anciens Fralib, François Hollande a brouillé son message. Et mis l'accent sur un autre enjeu: sa fidélité à son message de 2012 et sa très probable campagne de 2017. Dommage.

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