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En 1983, la finale de Roland-Garros opposait Noah à Wilander, pas «Yannick» à «Mats»

Temps de lecture : 2 min

Yannick Noah sert le dernier point du match contre Mats Wilander, le 5 juin 1983.
Yannick Noah sert le dernier point du match contre Mats Wilander, le 5 juin 1983.

C'est devenu l'un des sujets principaux d'irritation des fans de tennis qui suivent Roland-Garros devant leur télévision: le fait que les commentateurs, notamment ceux de France Télévisions, diffuseur du tournoi en France, appellent quasi-systématiquement les joueurs par leur prénom.

Sachez qu'à chaque fois que j'entends "Rafa", "Jo", etc..., j'éviscère un bébé panda http://t.co/ai8wdSqen2 #RG2015

— Mickael Desportes (@Mika_LD) 1 Juin 2015

Au point que 20minutes.fr a même consacré une intéressante enquête à cette pratique, dans laquelle les envoyés spéciaux sur le tournoi avancent leurs raisons: proximité avec les joueurs, désir de ne pas se répéter, caractère individuel du tennis... et chauvinisme, bien sûr.

De ce point de vue-là, était-ce vraiment mieux avant? Pour le savoir, nous avons réécouté dans son intégralité la légendaire finale de Roland-Garros 1983, remportée en trois sets par Yannick Noah face au Suédois Mats Wilander (6-2, 7-5, 7-6). Ce jour-là, le commentaire du match est assuré par le seul journaliste Hervé Duthu –le consultant Jean-Paul Loth, capitaine de l'équipe de France de Coupe Davis, a pris place en tribune aux côtés de Patrice Hagelauer, l'entraîneur de Noah.


Et si, en 2h24 de jeu, on l'entend beaucoup parler de «Noah», «Yannick Noah» ou du «Français», le nombre de fois où on l'entend l'appeler simplement «Yannick» tient sur les doigts d'une main: «Il s'en sort bien là Yannick, après une première volée un peu courte», à 1-2 dans le premier set, ou encore «Je tiens à signaler que Yannick joue tout aussi bien qu'au court de la première manche», à 2-2 dans le second. Et il faut que Noah fasse un break que l'on imagine décisif à 5-5 dans la troisième manche (il perdra son service ensuite avant de remporter facilement le tie-break) pour entendre Duthu lâcher un spontané: «Oui Yannick!»

En comparaison, la bande-son de la demi-finale Tsonga-Wavrinka, vendredi, ressemblait le plus souvent à ça, par exemple lorsque Jo-Wilfried Tsonga revient à un set partout:

«Que des erreurs pour Stan, à part un coup gagnant de Jo et un bon service. Pour le reste, en fond de court, ça a été des erreurs.»

Ou lorsque Wawrinka remporte le deuxième set:

«Allez Jo, il faut sauver cette première balle de set. [...] Aïe, aïe, aïe. [...] On regrettera ces six balles de break que le Français n'a pas réussi à convertir, là où Stan a été bon.»

Comme pour Noah-Wilander, nous avons tenté de comptabiliser les occurrences de «Jo» et de «Stan», mais face au flot de prénoms, un décompte exhaustif s'est vite avéré impossible à faire: disons juste que nous avons réussi à recenser une centaine de «Jo» et une trentaine de «Stan». Ce qui était déjà présent (il suffit d'écouter ce résumé du JT du 5 juin 1983 ou l'après-match de la finale, où «Noah» passe, émotion et proximité aidant, à la trappe au profit de «Yannick» chez les commentateurs) est devenu la norme, quasiment constant. Mais 1983, c'était une autre époque: celle, par exemple, où un commentateur pouvait rester muet pendant l'intégralité du premier jeu d'un match...

Grégor Brandy Journaliste

Jean-Marie Pottier Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).

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