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L'échec social-démocrate de François Hollande

François Hollande et Pierre Gattaz, en janvier 2014. REUTER/Philippe Wojazer.

François Hollande et Pierre Gattaz, en janvier 2014. REUTER/Philippe Wojazer.

Le président affirme une ligne claire, mais ne fait rien de cohérent pour la consolider. L'esprit de compromis se heurte au conservatisme des états-majors syndicaux parisiens et à la méfiance persistante des milieux d'affaires

La clef de la social-démocratie est d'établir une fructueuse relation à trois entre le pouvoir politique, les syndicats de salariés et le monde des entreprises. François Hollande a expliqué pendant sa campagne, puis plus clairement encore lors de sa conférence de presse en janvier 2014, qu'il était social-démocrate et qu'il voulait transformer le socialisme traditionnel français, étatiste, pour l'amener vers le modèle germanique qui donne toute leur place aux partenaires sociaux.

Il faut constater que c'est un échec total.

Les syndicats français n'ont pas su profiter de l'arrivée d'un gouvernement de gauche ouvert au pouvoir pour modifier leur analyse sociale et leurs comportements. On peut même dire le contraire. Ils sont en perte d'adhérents et leur crédibilité à pouvoir «changer les choses» est affectée, comme celle de toutes les institutions de ce pays. La crise à la tête de la première centrale, la CGT, n'arrange rien. Sur le fond, à l'exception toujours notable de la CFDT, ils ne jouent toujours pas le jeu au niveau confédéral.

Sur le terrain, le réalisme et l'esprit de compromis ont progressé, mais de façon déclinante avec la taille des entreprises. Plus elles sont grosses, plus le dialogue reste traditionnel. Il ne s'est signé que six accords de maintien de l'emploi dans le cadre de la loi de «sécurisation de l'emploi» de 2013, chiffre qui signe le raté. Les partenaires se sont entendus pour assouplir ce dispositif dans les semaines qui viennent, on verra si le nombre d'accords se multiplie. Mais c'est peu probable.

L'échec en France de cette mesure, qui avait permis globalement à l'Allemagne d'amortir considérablement l'effet de la crise sur l'emploi, dit tout des réticences partagées à changer en profondeur le modèle français. Les grands chefs d'entreprise sont aussi coupables: pour assurer la paix sociale chez eux, ils continuent d'augmenter les salaires plutôt que de s'entendre «à l'allemande» avec leurs syndicats sur la compétitivité future des établissements en France.

Enjeux internes et querelles de clans

Mais en la matière, les principaux responsables sont les appareils parisiens des grands syndicats, la CGT et FO, où les obscurs enjeux internes, les querelles de clans politisés à l'ancienne, interdisent l'élaboration d'une doctrine nouvelle. En outre, il en est du monde syndical comme du monde politique: la menace des jusqu'au-boutistes glace les directions nationales. Nicolas Sarkozy avait avancé en donnant une prime aux gros syndicats pour limiter la surenchère de type SUD. François Hollande, dans une incohérence avec sa ligne sociale-démocrate qu'on a du mal à expliquer, est coupable de n'avoir rien fait pour continuer de modifier la représentation syndicale et parvenir enfin à développer en France la culture du compromis.

La relation avec le monde de l'entreprise est pire. L'échec, ici complet, coûte très cher à François Hollande lui-même puisque le monde patronal est actuellement le pied sur le frein pour l'investissement et l'embauche. Si la reprise venue de l'extérieur (pétrole et euro) va finir par gonfler la croissance et inverser la courbe du chômage, cela ne se fera que lentement à cause du climat détestable qui règne entre les socialistes et le monde des affaires. La faute en revient ici en partie au Medef, lui aussi dépassé par sa base et ses extrémistes. Avec les milliards du Cice et la reprise qui vient, il aurait dû, sans en attendre toujours plus, lancer un appel national à l'embauche.

Mais à sa décharge, François Hollande a vicié la relation au départ. Les socialistes sont arrivés avec une analyse fausse des maux de l'économie française, axée sur la demande insuffisante, alors que le problème est l'offre, la compétitivité insuffisante. François Hollande l'a compris très vite, dès l'été qui a suivi sa victoire, convaincu par Louis Gallois. D'où le Cice. Mais la machine à taxer a été lancée en parallèle et les entreprises ont subi un nouveau «choc fiscal» après celui déjà asséné par Sarkozy-Fillon. Outre que le Cice est compliqué, la majorité socialiste n'a jamais cessé de combattre en arrière-plan cette conversion à un «socialisme de l'offre». La motion A du congrès du PS, signée par Manuel Valls, demande une réaffectation des 40 milliards.

Deux lois qui dérapent

Deux lois parties d'une bonne intention sociale-démocrate se sont retournées en horrible contrainte bureaucratique. La loi sur la pénibilité, demandée par la CFDT, n'est pas illégitime: il est en effet des métiers plus pénibles que d'autres et un départ plus tôt en retraite est à considérer. Mais les fonctionnaires qui écrivent ces textes n'ont pas une once de bon sens et la machine étatiste en a fait un monstre jusqu'au ridicule. Idem pour la loi dite Rebsamen sur le dialogue social. Le ministre du Travail s'est laissé déborder par les députés pour ajouter des contraintes supplémentaires.

Vu du monde patronal, ces zig-zag sont la preuve que les socialistes français sont incorrigibles: ils ont beau déclamer «J'aime l'entreprise», comme le Premier ministre devant le Medef, ils n'ont de cesse concrètement de lui compliquer la vie. C'est vécu comme de l'acharnement idéologique, d'où le climat détestable.

François Hollande en est le responsable. Il affirme une ligne sociale-démocrate claire mais ne fait rien de cohérent pour la consolider dans tous les domaines de l'organisation sociale, et il laisse d'autres la troubler, sinon la contester en permanence. La ligne claire devient trouble. D'où son échec. En deux ans qui lui restent, corriger serait difficile, mais pas impossible. A condition de ne pas s'enfermer déjà, comme c'est le cas, dans la perspective de 2017.

Cet article est également paru dans Les Echos.

 

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