France

L'affaire Vincent Lambert ne fait que commencer

Temps de lecture : 2 min

Dans un hôpital suisse, en 2011. REUTERS/Michael Buholzer.
Dans un hôpital suisse, en 2011. REUTERS/Michael Buholzer.

Est-ce la fin de l’affaire Vincent Lambert? C’est d’ores et déjà une date dans l’histoire. La Cour européenne des droits de l’homme a, vendredi 5 juin, autorisé «l’arrêt des soins» de Vincent Lambert (entendre l’arrêt de sa nutrition et de son hydratation). Elle estime que cette mesure conduisant à la mort ne violerait pas «le droit à la vie» du tétraplégique.

La Cour a dit, «par 12 voix contre 5, qu’il n’y aurait pas violation de l’article 2 [de la convention européenne des droits de l’Homme, régissant le droit à la vie, ndlr] en cas de mise en oeuvre de la décision du conseil d’Etat autorisant l’arrêt des soins», a solennellement rapporté son président, Dean Spielmann.

L’AFP rappelle que l’arrêt rendu ce vendredi est définitif et sans appel. Pour autant, il pourrait ne pas marquer l’épilogue de cette tragédie sans précédent. La décision d’arrêt de l’alimentation «a été prise par un médecin et ne peut être mise en oeuvre que par ce médecin». Or ce médecin –le Dr Kariger – n’est plus en fonction au CHU de Reims, fait valoir Me Jean Paillot, l’avocat des parents de Vincent Lambert. En cas d’échec de leur requête, ceux-ci solliciteraient donc une nouvelle décision médicale, qu’ils pourraient à nouveau contester en justice si elle leur était défavorable, estime l’avocat.

A l’opposé, l’avocat de Rachel Lambert voit «mal comment un juge administratif irait contre une décision de la Cour européenne et du Conseil d’Etat». Ce à quoi Me Paillot rétorque qu’il y a «des éléments nouveaux» changeant la donne, comme le fait que «Vincent a recommencé à déglutir».

Pour les uns Vincent Lambert n’est pas en fin de vie mais handicapé. Et, qui plus est un handicapé qui ne bénéficie plus des soins que réclame son état (à commencer par la kinésithérapie adaptée). Pour les autres, c’est un tétraplégique en état végétatif chronique qui aurait demandé à ne jamais continuer à vivre dans cet état.

Entre ces deux visions de la médecine et de la vie, la justice a tranché. La justice administrative française, puis celle, européenne, des droits de l’homme. Cet homme doit mourir «au nom du droit à la vie». La justice, celle des hommes, n’est pas, elle non plus, sans paradoxes.

Et maintenant? Quel médecin, quelle équipe soignante, acceptera d’arrêter de nourrir et d’hydrater un homme dont nul ne sait quel est l’état de conscience? Un homme qui, avant son accident, n’a jamais manifesté par écrit quelle était son exacte volonté. Après le droit, la médecine et la morale: l’affaire Vincent Lambert ne fait que commencer.

Jean-Yves Nau Journaliste

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