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Bonne nouvelle: il y a moins de buts qu'avant lors de la Coupe du monde féminine de football

L'Américaine Abby Wambach, lors d'un match amical face à la Russie, à Atlanta, le 13 février 2014. Dale Zanine-USA TODAY Sports/REUTERS.

L'Américaine Abby Wambach, lors d'un match amical face à la Russie, à Atlanta, le 13 février 2014. Dale Zanine-USA TODAY Sports/REUTERS.

La baisse de la moyenne de buts et de l'écart entre les équipes reflète l'amélioration du niveau de jeu.

L’une des images les plus marquantes de l'histoire de la Coupe du monde de football féminin est celle de Brandi Chastain exultant au Rose Bowl de Pasadena, en Californie, en 1999. Lorsqu’elle a arraché son maillot et qu’elle est tombée à genoux, les poings serrés, hurlant de triomphe, elle venait juste de marquer le tir au but qui valut aux Etats-Unis de remporter une nouvelle Coupe du monde, à domicile cette fois.

Cette prouesse a fait de l’ombre à un événement de carrure bien plus modeste qui eut lieu le même jour: le tout premier 0-0 de l'histoire de la Coupe du monde féminine. Jamais encore ce n’était arrivé dans le cadre de cette compétition, et voilà que cela se produisait deux fois le dernier jour du tournoi: d’abord lors de la petite finale, et de nouveau lors de la finale.

Au foot, on a plutôt tendance à regretter qu’il n’y ait pas assez de buts marqués. La Coupe du monde de foot féminin est depuis toujours affligée du problème inverse –beaucoup trop de buts. Plus précisément, beaucoup trop de victoires écrasantes. Lors du tournoi de 1999, alors que la moyenne avoisinait les 4 buts par match, les équipes des Etats-Unis, du Brésil, d’Allemagne et de Norvège avaient toutes remporté des victoires avec 6 buts marqués. La Chine avait même gagné un match en inscrivant 7 buts et était sortie victorieuse de la demi-finale face à la Norvège sur le score de 5 -0. Lors du tournoi précédent, en 1995, les Norvégiennes avaient ridiculisé leurs adversaires avec un score cumulé de 23 buts à 1. Un même soir de 1991, le Japon et le Brésil s'étaient respectivement inclinés 8-0 et 5-0.

De 3,84 buts par match en 1999 à 2,69 en 2011

«C’était aussi comme ça avant dans le foot masculin», explique Colin Bell, l'entraîneur qui a mené le FFC Francfort à la victoire lors de la Ligue des champions féminine le mois dernier:

«De nombreux pays n’étaient pas aussi bien formés au jeu que l’Angleterre ou l’Allemagne, et ils se sont fait massacrer. A mesure que la formation s’améliore dans ces pays, évidemment les matchs deviennent plus serrés.»

C’est exactement ce qu’on a pu constater dans les matchs féminins. Le nombre de buts a très nettement chuté depuis l’épisode de Pasadena. De 3,84 buts par match en 1999, on est passé à seulement 2,69 buts, douze ans plus tard, en Allemagne en 2011. Cette baisse des buts coïncide, et ce n’est pas un hasard, avec une amélioration de la compétitivité en particulier et du niveau de jeu mondial en général.

Excepté l’anomalie de la défaite de l’Argentine face à l’Allemagne en 2007 (11-0), le plus gros écart de chaque tournoi n’a fait que baisser de façon constante —de 8 buts en 1995 à 4 en 2011. La marge moyenne est aujourd’hui la moitié de ce qu’elle était autrefois. Dans le même temps, le foot féminin se professionnalise de plus en plus. Comme l'a récemment souligné la milieu de terrain américaine Megan Rapinoe dans un article du Players’ Tribune, le tournoi de cette année —qui a débuté ce samedi 6 juin avec la victoire du Canada face à la Chine (1-0)— sera le premier où la majorité des joueuses des meilleures équipes jouent à plein temps dans des ligues professionnelles.

Malgré l’amélioration générale de la qualité de jeu, attendez-vous au retour de quelques raclées monumentales.

Si les buts sont devenus presque aussi rares que dans les matchs masculins, la tension autour de la Coupe du monde féminine est elle montée d’un cran. Et non seulement les équipes anciennement sans espoir deviennent compétitives, mais l’une d’elles —l’équipe du Japon— a même ébranlé l’emprise du trio Etats-Unis-Allemagne-Norvège sur le trophée la dernière fois.

Ironie du sort, cette intensification de la concurrence devrait mettre un terme à la tendance baissière des buts cette année au Canada. Pour la première fois, la Coupe a en effet été élargie pour accueillir non plus 16 mais 24 équipes, signe de reconnaissance de l’ampleur que commence à prendre cette compétition au niveau mondial. Rien de moins que huit sélections vont donc faire leurs débuts dans la Coupe du monde. En d’autres termes, malgré l’amélioration générale de la qualité de jeu, attendez-vous au retour de quelques raclées monumentales.

Autre raison expliquant une éventuelle augmentation du nombre de buts: le jeu de possession, style rendu célèbre par l’équipe masculine de Barcelone et adopté par le Japon avec beaucoup de succès la dernière fois, a fait des émules. Bien entendu, comme l’a souligné Rapinoe, le gazon artificiel au Canada —que les les joueuses se sont battues en vain pour faire enlever— pourrait nuire aux «équipes plus techniques, orientées vers le jeu de possession» ce qui pourrait conduire à mettre en valeur un «style plus direct».

L’une des équipes qui joue pour la première fois avec un style de jeu tiki-taka, plus orienté possession, c’est l’Espagne. Classée au 14e rang mondial, l’équipe espagnole devrait être l’une des nouvelles venues les plus compétitives, mais même elle entre dans le tournoi avec des attentes —et des structures de soutien— d’un niveau bien inférieur à celles de machines de guerre comme les Allemandes, les Suédoises, les Japonaises et les Américaines.

Difficile pour les tout petits

«Je viens d’Espagne, où en général nous avons 50 personnes sur les gradins», me confie Verónica Boquete, capitaine espagnole et attaquante du FFC Francfort:

«J’espère que nous aurons une super Coupe du monde et que nous pourrons promouvoir notre sport en Espagne. Sinon, nous reviendrons la tête haute, parce que c’est déjà un grand succès pour l’Espagne de participer à la Coupe du monde.»

Pour les autres petites nouvelles, ce sera encore plus dur. Ayez une pensée émue pour la Côte d’Ivoire (au 67e rang, la dernière du classement) et pour la Thaïlande (29e). Elles affronteront l’Allemagne et la Norvège qui, à elles deux, ont été cinq fois en finale et ont remporté trois titres. Ne vous étonnez pas si le groupe produit au moins une journée à 10-0. Trois nations débutantes vont rencontrer les championnes du monde en titre japonaises, qui vont probablement donner du fil à retordre à la Suisse, au Cameroun et à l’Equateur.

Quand les équipes commencent à perdre, «elles baissent les bras et au lieu de perdre 3–0, on se retrouve avec des 6–0, 7–0 ou 8–0»

Colin Bell

On peut également mettre sur le compte de ce manque de structures de soutien le fait que certaines équipes se retrouvent avec des écarts énormes dans des matchs qui auraient pu être serrés. Quand elles commencent à perdre, «elles baissent les bras et au lieu de perdre 3-0, on se retrouve avec des 6-0, 7-0 ou 8-0», déplore Bell. Selon lui, cela reflète un manque d’entraînement de haut niveau dans le football féminin. «C’est une question de sommes que les pays sont prêts à investir dans l’éducation de leurs jeunes filles —au niveau des clubs, et au niveau international», explique Bell. «De nombreux pays essaient, mais ils sont encore loin d’en être au même niveau que, par exemple, ici en Allemagne, ou qu’en Amérique.»

Quoi que ce tournoi 2015 nous réserve, un groupe en particulier devrait produire plus que sa part de matchs serrés et excitants. Le groupe de la mort de cette année compte quatre des équipes les plus expérimentées de la Coupe du monde: l’Australie, quart de finaliste 2007 et 2011, le Nigeria, une des équipes qui a fait le plus d’apparitions en Coupe du monde; la Suède, qui a décroché la troisième place en 2011; et, enfin, les Etats-Unis, arrivés deuxièmes en 2011. Voilà qui devrait être intéressant.

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