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«Dawoosh»: quand Daesh devient «mignon»

Des membres d'une milice chiite en Irak brandissent le drapeau de l'Etat islamique après avoir pénétré l'une des bases de l'organisation, le 1er septembre 2014. REUTERS/Youssef Boudlal.

Des membres d'une milice chiite en Irak brandissent le drapeau de l'Etat islamique après avoir pénétré l'une des bases de l'organisation, le 1er septembre 2014. REUTERS/Youssef Boudlal.

«Mignon» n’est pas un mot que vous croisez souvent dans la couverture médiatique de la rébellion qui a éclaté en Irak et en Syrie ces derniers mois. Mais Anne Barnard et Tim Arango du New York Times rapportent que les travailleurs humanitaires dans les camps de réfugiés au Liban ont pris l’habitude de se référer aux personnes soutenant l'organisation Etat islamique, localement connue comme Daech, avec le mot «Dawoosh», signifiant «mignon petit Daech».

Etant donné l’idéologie inflexible de Daech, il peut sembler étrange qu’elle ait attiré des partisans. Mais l’émergence du phénomène Dawoosh met en avant le fait que le groupe est en train de gagner les cœurs et les esprits non pas grâce à ses objectifs religieux et messianiques qui ont attiré l’attention de la communauté internationale, ni même par sa brutalité génocidaire, mais bien en s’alignant sur les récriminations des sunnites en Irak et en Syrie. 

L’organisation Etat islamique, en tant que mouvement, a surpris beaucoup de monde par la vitesse de son émergence l’année dernière, mais elle a misé sur les griefs et les courants politiques à l'origine de l'éruption de violence qui a éclaté lors de l’occupation américaine au milieu des années 2000, et peut-être même avant. Sur le site The Intercept, Malcolm Nance, un ancien officier de l’antiterrorisme américain, a étudié le rôle des anciens membres du partie Baas de Saddam Hussein, des «anciens loyalistes au régime» comme disent les militaires américains, dans le commandement de l'Etat islamique. Leur présence n’y est pas nouvelle, mais Malcolm Nance estime que Daesh est «essentiellement un mélange organisé par le parti Baas comprenant des tribus sunnites ou les groupes d’insurgés djihadistes que les Etats-Unis ont combattu depuis avril 2003». Pas surprenant donc que des personnes ayant soutenu ces anciens groupes aient au moins un peu de sympathie pour Daech. 

Il est toujours possible que Daech se détruise de l’intérieur, étant donné que la coalition fait en sorte de la priver de ses financements et que les populations locales commencent à en avoir assez de sa brutalité gratuite, mais pour l’instant, beaucoup ne semblent pas la considérer comme étant pire que les gouvernements de Bagdad ou Damas. C’est en grande partie pour cela que les mois de bombardements aériens n’ont pas vraiment fait bouger le groupe de son territoire et que compter le nombre de combattants de Daech tués n’est pas forcément une bonne mesure des progrès effectués. Les sympathies pour le «mignon petit Daesh» semblent peser bien plus lourd.

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