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Diphtérie, rougeole: deux piqûres de rappel vaccinales

Corynebacterium diphtheriae, coloration de Gram. Via Wikimedia Commons.

Corynebacterium diphtheriae, coloration de Gram. Via Wikimedia Commons.

Le retour de ces deux maladies infectieuses témoigne de la nécessité de maintenir une forte couverture vaccinale chez les enfants. Il coïncide avec un début de pénurie des vaccins pédiatriques et une reprise des discours anti-vaccinaux.

On la tenait pour éradiquée, on avait tort. Un enfant de six ans vivant à Olot (Catalogne) a été infecté par la bactérie responsable de la diphtérie. Il a été hospitalisé le 3 juin dans une unité de soins intensifs où il se trouve dans un état grave. Les autorités sanitaires ont indiqué que les parents avaient choisi délibérément de ne pas faire vacciner leur enfant, et ce en dépit des dispositifs en vigueur qui imposent cette vaccination par ailleurs gratuite.

Il s’agit du premier cas confirmé de diphtérie diagnostiqué en Espagne depuis près de trente ans, rappelle El Mundo. L’enfant a été pris en charge par les spécialistes de l’hôpital Vall d’Hebron de Barcelone. Environ 150 personnes, des membres de la famille ou d’autres ayant pu approcher l’enfant dans son école ont été alertées pour subir d’urgence des examens médicaux. Il s’agit de vérifier si elles n’ont pas été infectées par Corynebacterium diphtheriae, la bactérie responsable de cette maladie contagieuse par voie aérienne. L’enfant venait de participer à une sortie scolaire, ce qui complique la recherche des personnes à risque.

Mort par asphyxie

Les principales manifestations, spectaculaires, de la diphtérie sont les conséquences d’une infection des voies respiratoires supérieures qui peut conduire à la paralysie du système nerveux central, du diaphragme et de la gorge, entraînant la mort par asphyxie. L’infection à Corynebacterium diphtheriae est hautement contagieuse. Le mode de transmission se fait par voie aérienne lors de contacts directs avec des malades ou des porteurs sains. «La période d’incubation de la diphtérie est habituellement de deux à cinq jours. Le symptôme le plus caractéristique de cette maladie est la présence de "fausses membranes" blanchâtres au niveau des amygdales, rappelle l’Institut Pasteur à Paris. La bactérie responsable de la maladie peut être présente dans la gorge et les fosses nasales. Une angine dite "diphtérique" est la forme habituelle de la maladie. Elle est caractérisée par une pharyngite, de la fièvre, une tuméfaction du cou et des céphalées.»

Une fois le diagnostic confirmé, le traitement de la diphtérie consiste à administrer en extrême urgence un sérum «anti-diphtérique» par voie d'injection intramusculaire ainsi que des antibiotiques spécifiques. Lorsque le traitement est administré trop tard, la personne infectée peut mourir par asphyxie dans des circonstances particulièrement douloureuses.

Les autorités sanitaires espagnoles semblent avoir ici été confrontées à des difficultés étonnantes: l’impossibilité de trouver du sérum anti-diphtérique. Selon plusieurs médias, le ministre espagnol de la Santé aurait dû faire appel à l’OMS et aux autorités américaines avant que cette thérapeutique soit, in fine, trouvée en Russie et convoyée par l’ambassadeur russe en Espagne. C’est la un scénario a priori peu vraisemblable compte tenu des stocks a priori disponibles dans différents centres européens.

Qu’en est-il de la situation en France? «Grâce à une bonne couverture vaccinale, la diphtérie est bien contrôlée en France, précise l’Institut Pasteur. Le dernier cas "autochtone" déclaré date de 1989. Après plus de dix ans sans aucun cas notifié, huit cas d’infection avaient été rapportés entre 2002 et 2012. Tous étaient des cas survenus chez des personnes qui avaient contracté l’infection à l’étranger –des personnes qui n’étaient pas vaccinées ou qui l’étaient de manière incomplète. Aucune de ces personnes n’est décédée.» En France, la diphtérie est l’une des trois vaccinations qui demeure obligatoire dès la prime enfance, avec le tétanos (primo vaccination avec rappel à 11 mois) et la poliomyélite (primo vaccination et rappels jusqu'à l'âge de 13 ans). Les personnes titulaires de l'autorité parentale «doivent veiller au respect de cette obligation.»

«La rougeole continue à circuler en France»

Toutes les autres vaccinations contre les maladies infectieuses sont simplement «recommandées» –dont la rougeole, une infection virale qui inquiète depuis quelques semaines les autorités sanitaires françaises. Le 2 juin, l’Institut de Veille Sanitaire (InVS) publiait ainsi le communiqué suivant:

«La rougeole continue à circuler en France. Une épidémie est déclarée en Alsace depuis mi-avril, comme le souligne le dernier point épidémiologique de l’InVS en date du 1er juin 2015. On dénombre 199 cas de rougeole déclarés depuis le début de l’année sur le territoire, dont plus de 150 cas déclarés en Alsace. Parmi eux, 9 cas ont été hospitalisés, soulignant la gravité de la maladie.

 

La rougeole est une maladie infectieuse parmi les plus contagieuses, et l’une des plus grandes causes de morbidité et mortalité dans le monde. La France a connu depuis 2008 une flambée épidémique avec plus de 23.500 cas déclarés ayant entraîné 1.500 cas de pneumopathie grave, 34 formes neurologiques compliquées avec séquelles graves et 10 décès.»

Ce communiqué était suivi d’une forme d’autocritique des autorités sanitaires françaises devant l’évolution de la situation de la lutte anti-rougeoleuse:

«Malgré les actions conjointes des autorités de santé et des professionnels de santé pour sensibiliser au risque de résurgence de la rougeole, le virus continue de se diffuser progressivement en population générale. Il reste un réservoir de sujets suffisant pour maintenir la transmission du virus, même à bas bruit. La vaccination à deux doses est l’unique moyen de lutter contre la rougeole. Il n’existe pas de traitement spécifique, mais uniquement des traitements symptomatiques (fièvre, écoulement nasal…). D’où l’importance de la vaccination, seule mesure de prévention efficace.»

Baisse de la couverture vaccinale en Espagne

La situation est relativement simple: ce «réservoir» potentiellement infectieux est constitué des «10% de la population des jeunes adultes qui ne sont pas vaccinés et qui sont donc réceptifs à la rougeole». Pour prévenir les futures vagues épidémiques, deux objectifs doivent être atteints: que la couverture vaccinale du nourrisson atteigne le niveau, indispensable, de 95%; que les enfants plus âgés et les jeunes adultes (nés depuis 1980) aient reçu deux doses de vaccin, au besoin par une vaccination de rattrapage. Cette couverture est aujourd’hui comprise entre 41 et 62% chez les enfants nés en 2010. Au cours de l’épidémie de rougeole survenue en France entre 2008 et 2011, dix morts ont été recensées qui auraient pu être évités si ces personnes avaient été protégées de la maladie par un entourage vacciné.

En Espagne, le ministère de la Santé se dit préoccupé d’une baisse, depuis plusieurs années, de la couverture vaccinale, tombée en moyenne à 95%. En France, les données issues des certificats de santé de l’enfant montrent des couvertures vaccinales toujours élevées pour les trois vaccinations obligatoires: autour de 98% à l’âge de deux ans.

La réémergence de la diphtérie en Espagne comme la progression de l’épidémie rougeoleuse en France coïncident avec une désorganisation totale des fabrications et des mises à disposition des vaccins dans les pharmacies d’officine par les principaux fabricants mondiaux, avec des situations sans précédent de pénurie. Cette situation, qui risque de durer plusieurs mois encore, vient compliquer les incitations officielles à suivre les recommandations vaccinales. Elle alimente aussi, sur la Toile, de nouvelles formes, assez pernicieuses, de discours anti-vaccinaux, comme celui du Pr Henri Joyeux. Un discours véhiculant quelques vérités et plusieurs mensonges auquel les autorités sanitaires françaises officielles tardent, dangereusement, à répondre.

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