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Le tennis français à Roland-Garros, c’est la filmographie de Pierre Richard

Pierre Richard à Roland-Garros, en 2010. REUTERS/Pascal Rossignol.

Pierre Richard à Roland-Garros, en 2010. REUTERS/Pascal Rossignol.

Va-ton assister aux «malheurs de Jo-Wilfried» sur le Central? Sera-t-il, un peu «distrait», le «jouet» du Suisse Wawrinka? La carrière de l'acteur, grand amateur de tennis, colle en tout cas parfaitement quand il faut commenter les performances des tennismen tricolores Porte d'Auteuil depuis trente ans.

Jo-Wilfried Tsonga deviendra-t-il, vendredi 5 juin, le premier Français à atteindre la finale de Roland-Garros depuis Henri Leconte en 1988? Et, deux jours plus tard, dans un enchaînement extraordinaire de performances, sera-t-il le premier tennisman tricolore capable de s’imposer sur la terre battue parisienne depuis Yannick Noah en 1983? Dans une nouvelle version de On aura tout vu, film de Georges Lautner de 1976 avec Pierre Richard dans le rôle, déjà, de François Perrin, le tennis français s’apprête peut-être à vivre un week-end historique sous les yeux probablement de notre «Grand blond» national, fidèle parmi les fidèles des Internationaux de France.

En effet, assis presque quotidiennement dans la loge de Tennis Magazine aux côtés de Jean Couvercelle, propriétaire du mensuel sportif et ami de très longue date du comédien, Pierre Richard ne devrait pas manquer, en principe, une miette du match entre Jo-Wilfried Tsonga et Stanislas Wawrinka, avec la certitude déjà que le tournoi ne nous fera pas Le coup du parapluie. Un magnifique ciel bleu est annoncé, en effet, au-dessus du court Philippe-Chatrier à l’occasion de ce duel franco-suisse.

Car après tout, la filmographie de Pierre Richard ne serait-elle pas tout simplement adaptée à l’histoire du tennis masculin français depuis le succès de Yannick Noah il y a 32 ans? Face à la victoire, les tennismen français ne jouerait-ils pas éternellement Les fugitifs ou Les rois du gag? A l’image d’un Richard Gasquet, héros possible de Je suis timide, mais je me soigne (ceux qui disent La chèvre sont bien méchants), ne finiraient-ils pas systématiquement Droit dans le mur? Pour la sixième fois en demi-finales d’un tournoi du Grand Chelem, sachant qu’il a déjà été finaliste de l’Open d’Australie en 2008, Jo-Wilfried Tsonga a, lui, heureusement, envie de nous dire La moutarde me monte au nez car, en effet, Trop, c’est trop.

Depuis 1983, cinq Français ont atteint les demi-finales à Roland-Garros: Henri Leconte, Cédric Pioline, Sébastien Grosjean, Gaël Monfils et Jo-Wilfried Tsonga. On repasse le film de leurs «exploits» avec eux et Pierre Richard en espérant, évidemment, que Tsonga ne sera pas Le jouet de Wawrinka dans la suite des aventures du tennis française du côté de la Porte d’Auteuil…

1.Henri LeconteLe Distrait (1986, 1988, 1992)

En 1986, Henri Leconte atteint pour la première fois les demi-finales de Roland-Garros, mais il s’incline en quatre sets face à la révélation suédoise de la quinzaine, Mikael Pernfors, tombeur de Stefan Edberg et de Boris Becker, devenu la nouvelle idole du Central avec sa coupe en brosse et sa gueule de Mickey Rourke. Et là, Leconte nous fait, lui, Le coup du parapluie lors d’un match qu’il domine d’abord avant d’être coupé dans son élan par deux interruptions dues à des averses et d’en sortir complètement dans une nouvelle version de La carapate. «Je pense que sans cette pluie, j’aurais mené deux sets à zéro», dit-il sans convaincre son auditoire.

Deux ans plus tard, Leconte franchit, cette fois, le cap des demi-finales face au Suédois Jonas Svensson et atteint la finale face à un autre Suédois, Mats Wilander. Hélas, dompté 7-5, 6-2, 6-1, il la manque complètement comme il rate négligemment son discours d’après match quand, le pied sur la rambarde, il interpelle le public par un «Je pense que, maintenant j’espère que vous avez un petit peu compris mon jeu» devant une foule qui n’a justement rien compris. En 1992, alors qu’il n’est plus que 200e mondial, le même Leconte distrait, enflamme même les Internationaux de France en se catapultant pour la troisième fois en demi-finales et en prenant encore tout le monde à contre-pied. La carrière de Leconte à Roland-Garros, et ailleurs, est résumée par cette réplique de Je sais rien, mais je dirai tout: «Vous comprenez quelque chose, vous?» «Je préférais avant, c’était plus clair.»

 

2.Cédric PiolineLa course à l'échalote (1998)

Si tous les moyens sont bons pour arriver le premier, alors Cédric Pioline ne ménage pas ses efforts lors d’une édition de Roland-Garros 1998 qui le voit se qualifier pour les demi-finales à l’issue d’un parcours homérique. En effet, il atteint ce stade de la compétition en ayant remporté trois matches en cinq sets contre l’Uruguayen Marcelo Filippini, le Russe Marat Safin et le Marocain Hicham Arazi. Face à l’Espagnol Alex Corretja, il n’a plus d’énergie, cale et est aisément dominé 6-3, 6-4, 6-2. K.O debout, comme électrocuté par une machine à café sachant qu’au regard de son tournoi, cette défaite est trop salée, comme ces œufs d’ailleurs avalés dans La chèvre

 

3.Sébastien GrosjeanC'est pas moi, c'est lui (2001)

Après une victoire éclatante sur Andre Agassi en quarts de finale, sous les yeux d'un Bill Clinton arrivé comme Un chien dans un jeu de quilles, Sébastien Grosjean est trop court en demi-finales face à Alex Corretja, qui le domine aisément 7-6, 6-4, 6-4. «Je n’ai pas trop de regrets parce que je ne pense pas être passé à côté de la partie, concède-t-il. C’est Alex qui a fait un gros match.» L’Espagnol a trop bien joué et le Marseillais s’est heurté à un mur, comme Pierre Richard dans cette célèbre scène de La Chèvre.

 

4.Gaël MonfilsAlexandre le bienheureux (2008)

Gaël Monfils n’est pas loin de pousser Roger Federer dans un cinquième set d’une demi-finale qui tient le Central en haleine. Mais Federer réussit à faire la différence 6-2, 5-7, 6-3, 7-5 pour avoir rendez-vous avec Rafael Nadal deux jours plus tard. «Pour l’immédiat, c’est la fête, préfère sourire Monfils. Je suis fatigué, mais la fête, on va la faire. Après, j’irai voir ma chérie [à l’époque, la joueuse slovaque Dominika Cibulkova, ndlr] sur son tournoi à Barcelone.» Finalement, l’essentiel a été préservé aux yeux du joueur français: «Je ne me suis pas fait manger par l’événement, analyse-t-il. Le truc qu’il fallait éviter, c’était le faux kif.» Alors, pour Gaël, comme Le grand blond, «Champagne, whiskey ou cognac?»

 

5.Jo-Wilfried TsongaLes malheurs d'Alfred (2013)

Tombeur deux jours plus tôt de Roger Federer, Jo-Wilfried Tsonga passe à côté de sa demi-finale contre David Ferrer, vainqueur 6-1, 7-6, 6-2, en imputant partiellement son mauvais départ à l’apathie du public, encore sous le choc de l’explosive et si longue demi-finale Nadal-Djokovic, qui a emballé les spectateurs en début d’après-midi. «Au début, les tribunes étaient à moitié vides, souligne-t-il. C’était un peu bizarre.» Les conditions de jeu peut-être? «Je me disais: "Je vais entrer sur le court à 16 heures, 16h30, c'est parfait, il ne fait pas trop chaud, c’est l’heure où d’habitude je suis bien" et finalement on a commencé à 18h30. Mais ce n'est pas l’attente qui était gênante, ce sont plutôt les conditions avec le vent.» En résumé, Tsonga s’est trompé de lieu, d’horaire et de match, comme Le grand blond s’est trompé d’adversaire ou de chaussure.

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