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Un pot-de-vin pour l'attribution de la Coupe du monde 98? Cela ne veut pas dire que la France a corrompu

REUTERS.

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«Fifa: Blazer admet avoir reçu des pots-de-vin pour les Mondiaux 1998 et 2010», titre l'AFP. En anglais, cela donne, sur le compte Twitter de Sky News, «BREAKING: Blazer admits he facilitated acceptance of bribe over 1998 World Cup in France».

Il n'en fallait pas plus pour lancer les réseaux sociaux en mode conspirationniste sur cette France qui aurait acheté l'organisation de la Coupe du monde –avant, pourquoi pas, d'acheter la Coupe du monde elle-même? (rappelons pourtant que les Bleus avaient bénéficié d'un arbitrage tout sauf indulgent pendant la compétition, avec trois cartons rouges mérités, dont un en demi-finale et un en finale). Et ce d'autant que le coprésident du comité d'organisation de la compétition était un certain Michel Platini, aujourd'hui possible successeur de Sepp Blatter.

Le problème, c'est qu'en l'état actuel des informations (dans ce dossier, on n'est sans doute pas au bout de nos surprises), cette analyse relève d'une lecture plus qu'hâtive du dossier. Qu'a dit exactement Chuck Blazer, ancien secrétaire général de la Concacaf, dans sa déposition de «plaider coupable» dont le contenu a été révélé ce mercredi 3 juin?

«J'ai accepté, avec d'autres personnes, aux alentours de 1992, de faciliter l'acceptation d'un pot de vin dans le cadre de la sélection du pays hôte de la Coupe du monde 1998.»


Nulle part il n'est fait mention que ce pot de vin ait été versé par la France: deux autres pays étaient candidats à l'organisation du Mondial 98, la Suisse (finalement écartée du vote en raison de la non-conformité de ses stades) et le Maroc. Et justement, c'est le nom de ce dernier pays qui est mentionné dans d'autres documents publiés la semaine dernière. Dans le résumé des charges retenues par la justice américaine contre Chuck Blazer, on peut lire:

«Dans les mois qui ont précédé le vote, Blazer a voyagé avec le co-conspirateur #1 [Jack Warner, le président de la Concacaf, un des inculpés, ndlr] au Maroc à l'invitation du comité d'organisation local. A l'époque, le co-conspirateur #1 occupait un certain nombre de postes, dont certains de haut rang à la Fifa et à la Concacaf.

 

Une fois au Maroc, Blazer était présent quand un représentant de la candidature marocaine a offert un pot-de-vin au co-conspirateur #1 en échange de sa promesse de voter pour le Maroc lors du comité exécutif désignant l'organisateur du Mondial 1998. Le co-conspirateur #1 a accepté l'offre.

 

Après le voyage, le co-conspirateur #1 a demandé à Blazer de prendre voix avec des membres du comité d'organisation marocain pour savoir quand le paiement serait effectué. Blazer a ensuite discuté de ce sujet avec des représentants du comité d'organisation marocain à plusieurs reprises, dont certaines ont eu lieu par téléphone depuis les bureaux de la Concacaf à New York.

 

Même si le paiement a eu lieu, [...] la France a été choisie au détriment du Maroc pour organiser la Coupe du monde 1998.»

Si on ne peut évidemment pas jurer que l'attribution de la Coupe du monde à la France, par 12 voix contre 7, n'a jamais été entachée d'irrégularités (Jacques Lambert, le président du comité d'organisation, a affirmé n'avoir «aucun doute»), c'est donc plutôt vers le Maroc qu'il faut regarder pour l'instant.

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