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Un photographe danois s'interroge sur les rapports de Visa pour l'image avec Photoshop

À gauche, la photo originale de Doàn Công Tính, non retouchée; à droite, celle exposée au festival Visa pour l’image 2014 | Montage réalisé par le photographe danois Jørn Stjerneklar

À gauche, la photo originale de Doàn Công Tính, non retouchée; à droite, celle exposée au festival Visa pour l’image 2014 | Montage réalisé par le photographe danois Jørn Stjerneklar

Le directeur du festival Visa pour l’image refuse d'exposer pour l’édition 2015 des photographies du World Press Photo parce qu’elles ont été mises en scène. Pourtant, en 2014, l’exposition d’une image particulièrement retouchée ne lui avait pas posé problème.

Dans un article intitulé «Aber warum?» (Mais pourquoi?) sur le site Mayday Press, le photographe danois Jørn Stjerneklar questionne la déontologie du festival de photojournalisme Visa pour l'image et relance une nouvelle fois le débat sur la retouche d'images.

Jean-François Leroy, le directeur du festival, a refusé d'exposer, lors de la prochaine édition, les photographies lauréates du prix World Press Photo. Cette décision fait suite à une polémique déclenchée en mars dernier: un des prix a été retiré au photographe italien Giovanni Troilo, accusé d'avoir mis en scène son sujet. Jean-François Leroy s’était alors expliqué au journal Le Monde

«Quand je pense qu’ils se font fort au World Press d’avoir exclu 20% des sujets cette année à cause de manipulations sur Photoshop… Là, la photo est mise en scène, une légende parle de psychotropes et d’asile alors que la photo d’à côté montre une femme dans une maison de retraite… Il faut être cohérent et exclure!»

Ses paroles ne correspondent pourtant pas à ses actes. Lors du dernier festival, en septembre 2014, une exposition de clichés de photographes du Nord-Vietnam pendant la guerre avait été organisée. Parmi ces photographies faisant écho à la publication de l’ouvrage Ceux du Nord, se trouvait une image particulièrement esthétique... et photoshoppée. À tel point que Jørn Stjerneklar la décrit comme «la photographie documentaire la plus photoshoppée qu’[il ait] jamais vue». 

New York Times, le 10 septembre 2014 | Capture d'écran issue de l'article de Jørn Stjerneklar

«Miroir de la réalité»

C’est en reportage au Vietnam en avril dernier que le photographe danois a rencontré son auteur, Doàn Công Tính, et a découvert le cliché original (visible ici), totalement différent de la version exposée à Visa pour l'image. Il s'interroge aujourd'hui sur les raisons qui ont pu pousser Jean-François Leroy et Patrick Chauvel à exposer l'image à ce point retouchée (des éléments ont notamment été retirés ou ajoutés).

Les débats et les critiques sur la retouche photographique sont récurrents. Pour André Gunthert, chercheur en histoire culturelle et en études visuelles, il s'agit d’«une déploration aussi usuelle que réductrice, qui enferme le photojournalisme dans une fiction intenable», écrivait-il récemment sur son blog L'image socialeEn vérité, la photographie depuis son invention est transformée, recadrée, retouchée. Elle n'a jamais constitué un «miroir de la réalité».

Ces discours contre la retouche des images, réitérés par Visa pour l'image ou le World Press Photo, sont en fait des tentatives de légitimation: ces institutions ont en effet de plus en plus de mal à évoluer et accompagner le photojournalisme vers la nouveauté et l'innovation.

 

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