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Roland-Garros, le chaînon manquant de Novak Djokovic

Novak Djokovic sur le court central après sa victoire contre Richard Gasquet en huitièmes de finale, à Paris, le 1er juin 2015 | REUTERS/Gonzalo Fuentes

Novak Djokovic sur le court central après sa victoire contre Richard Gasquet en huitièmes de finale, à Paris, le 1er juin 2015 | REUTERS/Gonzalo Fuentes

Alors qu’il s’apprête à affronter Rafael Nadal en quarts de finale, le numéro 1 mondial pourrait bien rester «maudit» du côté de la Porte d’Auteuil et devoir se contenter de trois des quatre tournois du Grand Chelem.

Dans l’histoire du tennis, sept joueurs seulement ont remporté au moins une fois l’un des quatre tournois du Grand Chelem constitués des Internationaux d’Australie, de France, des États-Unis et de Wimbledon. Dans l’ordre du temps, Fred Perry, Donald Budge, Rod Laver, Roy Emerson, Andre Agassi, Roger Federer et Rafael Nadal sont devenus ces champions accomplis sachant que Budge, en 1938, et Laver, en 1962 et 1969, ont réussi l’exploit suprême de les gagner tous les quatre lors d’une même saison.

Novak Djokovic, déjà vainqueur dans le passé de l’Open d’Australie, de Wimbledon et de l’US Open, deviendra-t-il, dimanche 7 juin, le huitième homme à avoir ce rendez-vous de la perfection au niveau de son palmarès en s’imposant pour la première fois à Roland-Garros? Dans l’hypothèse où le Serbe s’emparerait de la Coupe des Mousquetaires dans quelques jours, il serait également cette année, après son triomphe à Melbourne cet hiver, le premier joueur à mi-Grand Chelem depuis Jim Courier en 1992, et donc prêt à se mettre dans les pas de Donald Budge et de Rod Laver.

Alors qu’il s’apprête à affronter Rafael Nadal en quarts de finale de cette édition de Roland-Garros 2015, la question prend évidemment une tournure plutôt dramatique, d’autant que l’Espagnol l’a dominé six fois sur six dans le passé en terre parisienne. Avec sur sa route Nadal, qui a, au meilleur des cinq manches, triomphé lors de 93 des 94 matches qu’il a disputés sur terre battue, Djokovic pourrait bien rester, en quelque sorte, «maudit» du côté de la Porte d’Auteuil, en devant se contenter de trois des quatre tournois du Grand Chelem. C’est ce qui rend encore plus palpitant ce duel de Roland-Garros, mercredi 3 juin, sur le central.

Mésaventures

«Gagner Roland-Garros est important, avait dit Djokovic à la presse internationale dans le sillage immédiat de son dernier titre en Australie. Mais si je n’y parviens pas, ce ne sera pas la fin du monde. Je vais continuer à tout faire pour y arriver. J’ai été très, très près, et c’est ce qui me permet de croire que je peux franchir la dernière marche

Prudent, à l’aube de ce quart de finale dont il est le léger favori, Djokovic a préféré partager, lundi 1er juin, le fardeau de l’attention avec Nadal:

«La pression est sur nous deux, mais les gens attendent de lui qu’il gagne

Nadal a relativisé à son tour:

«Si je perds ce quart de finale, ma vie ne va pas changer.»

La pression est sur nous deux, mais les gens attendent de lui qu’il gagne

Novak Djokovic

Avant Djokovic, 19 joueurs ont dû se «limiter» à trois des quatre tournois majeurs au terme de leur aventure sportive (par ordre alphabétique et entre parenthèses, le titre du Grand Chelem qui leur a manqué):

Dans cette longue liste, en plus de Djokovic, déjà deux fois finaliste à Roland-Garros, Rosewall, quatre fois en finale de Wimbledon, et Lendl, deux fois finaliste à Wimbledon, sont ceux qui ont frôlé le plus fréquemment la plénitude absolue. Mais les supporters du très populaire Edberg n’ont pas oublié non plus que le Suédois a raté d’un rien le sacre à Roland-Garros en 1989, lorsqu’il a été battu par Michael Chang lors d’une finale en cinq manches.

 

Novak Djokovic lors de la cérémonie de remise des trophées après sa défaite à Roland-Garros contre Rafael Nadal le 8 juin 2014 | REUTERS/Vincent Kessler

Les mésaventures des Australiens Jack Crawford et Lew Hoad sont, elles, singulières car, en 1933 et 1956, ils avaient triomphé lors des trois premiers tournois majeurs avant d’échouer, à New York, en finale du quatrième respectivement face à Fred Perry et Ken Rosewall. Jimmy Connors peut, lui, regretter le fait de s’être vu refuser l’accès à Roland-Garros en 1974, année où il écrasa la saison de tennis en s’imposant en Australie, à Wimbledon et à l’US Open, et d’avoir ensuite boudé les Internationaux de France jusqu’en 1978 inclus, au cœur de ses meilleures années. Pour d’autres, moins d’amertume, comme Pete Sampras, demi-finaliste une fois à Roland-Garros en 1996 quand Yevgeny Kafelnikov ne lui avait pas laissé l’ombre d’une chance.

Boucler la boucle

Dans les vingt cas de ces champions «satisfaits à 75%», Roland-Garros est le chaînon manquant le plus fréquent, avec neuf recalés pour quatre en Australie, quatre à Wimbledon et trois à l’US Open –avec une nuance pour l’Australie, puisqu’au temps des Mousquetaires Cochet, Lacoste, Borotra, dans les années 1920, rares étaient, en effet, ceux qui pouvaient se permettre l’aventure de ce très long voyage en bateau. Sinon, la spécificité de la terre battue n’a pas permis à des attaquants comme notamment Arthur Ashe, John Newcombe, Boris Becker et Pete Sampras de pouvoir toujours s’exprimer comme ils l’entendaient à Paris et il est presque «miraculeux» que Roger Federer ait réussi à s’octroyer un succès Porte d’Auteuil au temps de l’insubmersible Rafael Nadal.

À l’inverse, des champions aux pieds a priori aussi peu «jardiniers» que Mats Wilander, Ivan Lendl et Guillermo Vilas (même s’il a gagné l’Open d’Australie quand l’épreuve se déroulait sur herbe, mais face à une concurrence limitée) ont tous échoué nettement sur le gazon de Wimbledon.

Vous pouvez écrire ce que vous voulez pour vendre l’histoire. Non, ce n’est pas la rencontre de l’année

Rafael Nadal

Parmi les sept joueurs ayant remporté les quatre titres du Grand Chelem, le mieux «payé» a été, en quelque sorte, Andre Agassi, dont le succès à Roland-Garros, en 1999, pour boucler la boucle, a été un vrai petit miracle.

 

L’Américain a eu le mérite de commencer par le plus dur en ouvrant son palmarès en Grand Chelem à Wimbledon, en 1992, sur une surface qui lui était, en principe, défavorable, et de finir le travail sur une terre battue où il n’était plus attendu.

«C’est tellement spécial, a-t-il reconnu le 6 juin 1999 dans la salle de conférence de presse de Roland-Garros. Le fait d’avoir gagné tous les tournois du Grand Chelem parle de lui-même. Je suis vraiment bouleversé et incapable de traduire avec des mots ce que je ressens en ce moment.»

Seront-ce les mots, dimanche prochain, de Djokovic à Paris? Il serait presque «injuste» de ne pas voir le n°1 mondial consacré à Roland-Garros. Mais Nadal n’en a, lui, justement rien à faire.

«Vous pouvez écrire ce que vous voulez pour vendre l’histoire, a souligné le Majorquin. Non, ce n’est pas la rencontre de l’année

Seulement l’un des matches les plus décisifs de la carrière de Djokovic et, qui sait, de l’histoire du tennis si le Serbe venait à enchaîner des succès à Melbourne, Paris, Londres et New York en 2015.

 

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