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En faisant de l’UMP les Républicains, Nicolas Sarkozy a falsifié la République

Nicolas Sarkozy, le 30 mai 2015. REUTERS/Philippe Wojazer.

Nicolas Sarkozy, le 30 mai 2015. REUTERS/Philippe Wojazer.

Le nouveau parti se voit comme le seul refuge des républicains «authentiques». En réalité, il oscille entre néoconservatisme à l'américaine et défense mensongère de l'héritage «judéo-chrétien» de la France.

Depuis plusieurs mois, on entendait Nicolas Sarkozy, le président de l’ancienne Union pour un mouvement populaire (UMP), déclamer des phrases particulièrement hostiles à l’islam et aux français de confession musulmane. Tantôt il s’agissait de les opposer à la République à titre individuel, tantôt en considération de leur «communauté».

Le message que font passer les militants du parti est clair: nous sommes les «Républicains», les «vrais», les «authentiques» … tandis que les autres Français ne sont que de simples individus se laissant aller aux communautarismes!

Cette rhétorique pouvait également être lue en filigrane dans les propos tenus par Eric Ciotti ou encore Christian Estrosi, qui militaient tous les deux pour une forme de République excluant les musulmans …

La République n’est pas l’apanage d’un parti politique

Mais la véritable question est la suivante: la République est-elle l’apanage d’un parti politique en particulier?

En soi, la dénomination «Les Républicains» ne demeure qu’une simple dénomination politique, comme celle d'une société commerciale… Mais la République n’a jamais été l’apanage d’un parti politique; elle a toujours été l’apanage de la France. Nous voyons de ce pas la critique consistant à affirmer que les socialistes ne sont pas de vrais républicains. Mais nous n’y croyons pas, et cela à plusieurs titres. Comme l’affirmait Jaurès, «sans la République, le socialisme est impuissant; sans le socialisme, la République est vide».

En effet, historiquement, les républicains ont lutté contre un mouvement monarchique ou encore contre les dérives napoléoniennes. Il va de soi que les mouvements monarchistes sont aujourd’hui bien plus classifiés à droite de l’échiquier politique, et nous avons longtemps qualifié Sarkozy de bonapartiste. Alain Duhamel a d’ailleurs parlé de lui comme d'un «Bonaparte en frac»

Ensuite, ce qu’on reproche aux partis politiques ne faisant pas partie des «Républicains» est de ne pas se conformer au triptyque «Liberté, Egalité, Fraternité». Ici, à analyser de plus près, tous les partis politiques sont en tort. Quel parti, à la sortie de son passage au gouvernement, à commencer par l’UMP, a promu une véritable égalité de droit et de fait, a favorisé les libertés, permettant aux uns et aux autres de se respecter et une fraternité globale à la française? Aucun.

Au final, l’utilisation de ce terme va déboucher sur une situation proche des Etats-Unis: les mots sont là, mais les valeurs du parti en sont bien éloignées. D’ailleurs, les Républicains se retrouvent proches de l'idéologie des néoconservateurs américains, dont il ne faut pas oublier que leur déconnexion avec les réalités intérieures leur a fait perdre deux élections…

Vers une République «judéo-chrétienne»?

Au final, la République tant convoitée par les Républicains est falsifiée. Pour constater cette dimension, il suffit de bien apprécier ce tweet de leur président:

Voilà ce que nous a laissé la République, un patrimoine judéo-chrétien? Ce même patrimoine et ces mêmes privilèges contre lesquels tant les Lumières que les avocats du principe de laïcité ont combattu?

En réalité, la République se sent aujourd’hui bel et bien trahie. Pour notre part, nous restons bien évidemment attachés au principe de laïcité, qui nous permet de bâtir notre patrimoine universel et de défendre l’ensemble des grandes libertés, l’ensemble de notre diversité, puisque la République ne favorise aucun culte ni même aucun patrimoine religieux quelconque.

Comment doivent se sentir aujourd’hui les personnes de confession musulmane, pratiquantes ou non, lorsqu’on qu’au final, plutôt que de se plier aux grands idéaux des Lumières, on leur demande de se soumettre au patrimoine de cette «vieille» France judéo-chrétienne, dont certaines personnes ont d’ailleurs contesté les fondements?

La France, fille aînée de l’Eglise, certes (même si beaucoup d’auteurs ont démontré qu’il s’agissait d’une pure fabrication); mais cela fait désormais plus de cent ans maintenant que notre laïcité constitue un acquis: donc pourquoi ne pas parler de patrimoine laïc? De patrimoine républicain?

Nous en concluons que la République n’a pas été représentée, samedi. Elle a été falsifiée.

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