Partager cet article

L’économie numérique recrée-t-elle l’économie villageoise artisanale?

À Andernos (France), un foodtruck de poisson, le 5 novembre 2013 | REUTERS/Regis Duvignau

À Andernos (France), un foodtruck de poisson, le 5 novembre 2013 | REUTERS/Regis Duvignau

Les technologies de mise en réseau nous mènent vers des configurations rétro.

Et si on assistait à un nouvel âge du retour à la vie de village? Après le retour à la terre des années 1960, partout aux États-Unis des jeunes urbains diplômés quittent leur emploi (ou ne quittent rien du tout s’ils sont chômeurs) pour embrasser une profession qui répond à une passion artisanale. Il y a vingt ans, remarque le site Venture Beat, si un étudiant avait annoncé à ses camarades de classe qu’il se lançait dans la torréfaction artisanale, tout le monde lui aurait ri au nez. Aujourd’hui, il est plus probable qu’il soit admiré pour un choix de vie qui renoue avec celui de l’époque pré-industrielle.

Le paradoxe de cette évolution, c’est que ce sont les technologies de mise en réseau qui nous mènent vers des configurations rétro. Le logement, les repas, le travail, tous les secteurs sont touchés par ce retour à une ère pré-industrielle numérisée. Le site Etsy a donné aux artisans une chance que leur travail soit vu et acheté partout dans le monde, Airbnb a renouvelé l’activité semi-professionnelle de chambre d’hôte, des plateformes comme oDesk réinventent le travail à la tâche d’avant la généralisation du salariat... Munchery, dernière sensation en date, propose des plats de chefs cuisiniers livrés à domicile.

Villagisation

Il ne s’agit cependant pas vraiment d’un nouvel exode urbain, mais plutôt d’une villagisation des économies urbaines, poursuit l’article. Selon les promoteurs de l’économie numérique et de son fourre-tout sémantique du moment, l’économie collaborative, ces acteurs et bien d’autres proposeraient ce qu’il y a de meilleur dans l’économie villageoise de proximité: une économie de l’offre personnalisée, sur-mesure, qui utilise des technologies basées sur la confiance pour se faire connaître et respecter.

Artisanal branding

Évidemment, la grande différence réside dans le fait qu’un seul ou quelques acteurs pourront «scaler», répliquer ces économies de proximité partout dans le monde, instantanément, et que la vie de village vendue par les prospectivistes du secteur ressemblera plus à un mélange de «retour aux sources» et d’hyper-concentration du capital qu’à un retour massif à l’artisanat indépendant, le «small business» revenu en grâce chez les jeunes qui impulsent cette transformation.

SherpaVentures On-Demand Economy report

Depuis plusieurs années, l'authenticité est l'argument marketing le plus puissant: tout ce qui est petit, fait main, pré-industriel, imparfait, non calibré est couronné de succès. En mars, le site de tendances Fast Company organisait un vote auprès de ses lecteurs pour savoir laquelle de ces tendances était la plus surévaluée. L'un des finalistes était justement l'«artisanal branding», ou la tendance marketing qui consiste à présenter un produit qui a l’air fait à la main par un artisan mais qui ne l’est pas. Il faudra donc à l'avenir se méfier des prophéties trop prononcées qui annoncent un retour au village. Il se pourrait bien qu'il s'agisse d'un modèle économique qui n'a de villageois que le nom.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte