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Soixante-dix ans après la chute du nazisme, le mystère de l'incendie du Reichstag reste entier

L'incendie du Reichstag, le 27 février 1933. Via Wikimédia Commons.

L'incendie du Reichstag, le 27 février 1933. Via Wikimédia Commons.

Berlin, 1933. Dans la nuit du 27 au 28 février, le palais du Reichstag, siège du parlement allemand, s'embrase. Survenu à peine un mois après l'élection d'Hitler, cet incendie criminel sera exploité par les nazis pour asseoir leur pouvoir et créer un climat de peur en Allemagne, signant le début d'une dictature qui ne prendra fin qu'en mai 1945 avec la chute du régime.

Au terme d'un procès s'étant étiré sur trois mois, le militant anarcho-communiste néerlandais Marinus van der Lubbe, âgé de 24 ans, arrêté sur les lieux de l'incendie et ayant reconnu les faits, sera déclaré unique coupable et condamné à mort. Ni l'hypothèse avancée par les nazis d'un complot fomenté par les communistes allemands pour déstabiliser le pouvoir en place, et qui conduisit à l'arrestation de plusieurs responsables politiques communistes, ni celle d'une machination des nazis pour asseoir leur domination, avancée par les militants communistes et répandue au sein de la population allemande, ne furent retenues par le tribunal.

Plusieurs éléments tendaient pourtant à prouver que le jeune homme ne pouvait avoir agi seul, ne serait-ce qu'à cause des multiples départs de feu identifiés à différents endroits du palais du Reichstag, rappelle l'historien américain Benjamin Carter Hett, auteur du livre Burning the Reichstag, paru en 2014, et qui consacre un article-fleuve à ce chapitre trouble de l'histoire allemande sur le site du quotidien Die Welt.

Le verdict rendu par la Cour suprême de Leipzig le 23 décembre 1933 fut le point de départ d'une abondante controverse qui enfla des décennies durant, jusqu'à que l'hebdomadaire Der Spiegel ne fasse consensus en publiant en 1959 une vaste enquête confirmant la thèse d'un acte isolé. Cette série de onze articles était signée Fritz Tobias, du nom d'un fonctionnaire allemand employé à l'Office fédéral de la protection de la Constitution du Land de Basse-Saxe, qui se décrivait comme un «historien amateur».

Selon les recherches de Benjamin Carter Hett, les travaux menés par Fritz Tobias n'étaient pas ceux d'un homme passionné d'histoire et à la recherche de la vérité mais auraient été commanditées par sa hiérarchie, et plus précisément par un petit groupe d'anciens officiers de la Gestapo qui avaient intégré les services de renseignements allemands à la fin de la guerre. L'un d'eux, Walter Zirpins, était mêlé au procès de l'incendie du Reichstag. Les recherches de Fritz Tobias, dont Benjamin Carter Hett pointe les nombreuses approximations et manipulations, ont donc été utilisées à des fins politiques:

«Il commença à mener des recherches sur l'incendie du Reichstag pour défendre Walter Ziprins, à la demande officielle du ministère de l'Intérieur de Basse-Saxe. Plus tard, ses hauts représentants, parmi lesquels le ministre de l'Intérieur Borowski et le ministre-président Kopf, ont vu dans le travail de Tobias un outil puissant pour défendre la Basse-Saxe (et l'Allemagne de l'Ouest) contre l'Allemagne de l'Est et les critiques formulées par la gauche au sujet de la vaste présence d'anciens nazis au sein de la police et des services de l'État.»

Dans un article paru en 2013, le quotidien berlinois Der Tagesspiegel appelait à rouvrir le dossier de l'incendie du Reichstag:

«L'élucidation de l'incendie du Reichstag […] devrait enfin être remise entre les mains d'une institution se trouvant au-dessus des partis politiques. La victime de l'incendie du Reichstag, sur un plan politique et matériel, est le souverain, le peuple, représenté par le Bundestag allemand. […] Il est difficile de comprendre pourquoi personne n'en a encore jamais eu l'idée.»

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