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En Bavière, la visite d'un camp de concentration n'est obligatoire que pour certains élèves

Auschwitz I à travers des clôtures barbelées (Pologne) en 2014  | Paul Arps via Flickr CC License by

Auschwitz I à travers des clôtures barbelées (Pologne) en 2014 | Paul Arps via Flickr CC License by

Un député bavarois ne souhaite pas imposer ces visites aux élèves musulmans ni à ceux inscrits dans des établissements spécialisés.

Durant leur scolarité, les lycéens bavarois sont tenus de visiter un ancien camp de concentration ou un centre de documentation sur le nazisme en approfondissement du programme scolaire consacré à l'étude du Troisième Reich et de l'Holocauste. Une obligation assez rare en Allemagne, la plupart des Länder se contentant de conseiller ce type de sortie scolaire, mais qui ne vaut pas pour tous les élèves.

C’est pour cela que, début mai, le député bavarois Günther Felbinger, membre du petit parti Freie Wähler («Électeurs libres»), a proposé d'étendre cette obligation à tous les élèves de Bavière. L’objectif: que les jeunes inscrits dans des filières d'enseignement technique ou que ceux qui fréquentent des établissements spécialisés en raison de leurs difficultés d'apprentissage puissent eux aussi prendre conscience de l'horreur de l'Holocauste en se rendant dans un de ces lieux de mémoire.

Cette idée de visite obligatoire d'un ancien camp de concentration à été lancée à l'origine par le président du Conseil central des juifs d'Allemagne, Josef Schuster. Comme il l'expliquait début 2015 au quotidien Neue Osnabrücker Zeitung, «la théorie et les cours, c'est une chose, l'expérience concrète sur place, appréhender de façon plastique, c'en est une autre».

Mais le parlement de Bavière, tenu par la très conservatrice CSU, la branche bavaroise de la CDU, a rejeté la proposition du député avec des arguments pour le moins troublants, rapporte le quotidien bavarois Main Post. Le député CSU Klaus Steiner a ainsi argué que parmi les élèves qui fréquentent une «Mittelschule», un type d'établissement scolaire destiné aux élèves qui envisagent des études courtes, se trouvent de nombreux enfants de réfugiés et de migrants, ce qui selon lui pose problème:

«Parmi eux se trouvent de très nombreux enfants issus de familles musulmanes, qui n'ont aucun rapport avec notre passé. Nous devons aborder ce sujet avec prudence avec ces enfants.»

Aptitude à visiter un ancien camp

À ses yeux, les élèves inscrits dans un établissement spécialisé ne constituent eux non plus un public apte à visiter un ancien camp de concentration:

«Une approche attentive est nécessaire, surtout vis-à-vis des élèves qui souffrent d'un handicap cognitif et émotionnel.»

«L'époque nazie est-elle trop compliquée?» s'interroge le quotidien bavarois Augsburger Allgemeine, faisant écho aux réactions des députés de l'opposition. Gisela Sengl, députée verte au parlement bavarois, estime par exemple que, «pour comprendre les atrocités qui ont été commises durant l'époque nazie, on n'a pas besoin d'avoir un certain QI».

Pour comprendre les atrocités qui ont été commises durant l'époque nazie, on n'a pas besoin d'avoir un certain QI

Gisela Sengl, députée verte au parlement bavarois

Günther Felbinger a également qualifié de non-sens l'argument de Klaus Steiner selon lequel il ne faudrait pas imposer ces visites aux élèves musulmans, soulignant que «les enfants musulmans doivent aux aussi se confronter à l'histoire allemande».

Bien que le Troisième Reich occupe toujours une place centrale en cours d'histoire dans les lycées allemands, la visite d'un ancien camp de concentration ne semble plus aller de soi. En 2012, le quotidien berlinois Der Tagesspiegel rapportait ainsi que le nombre de groupes d'élèves visitant le camp de concentration d'Oranienbourg, situé au nord de Berlin, s'était réduit de moitié entre 2007 et 2011.

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