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La France a besoin d'une nouvelle identité, ses socialistes aussi

François Hollande au Panthéon, le 27 mai 2015. REUTERS/Philippe Wojazer.

François Hollande au Panthéon, le 27 mai 2015. REUTERS/Philippe Wojazer.

Comme la Grande-Bretagne et, dans une moindre mesure, l'Allemagne, la France a perdu les repères de son identité. L'étatisme et l'égalité, ses deux piliers, sont usés. Il faut construire une République moderne.

Le président de la République glorifie au Panthéon la belle histoire de France, la Résistance, au moment où sa ministre de l'Education nationale veut abandonner l'enseignement du «roman national» pour mettre en avant, au même rang que ses grandeurs, les pages noires du pays, comme l'esclavage, la colonisation, la collaboration avec les nazis. «Enfant, tu dois aimer la France parce que la nature l'a faite belle et l'histoire l'a faite grande», enseignait le «roman» du «Petit Lavisse», manuel scolaire de la Troisième République qui perdura jusque dans les années 1950. Entre la repentance décliniste et le panthéonisme, les socialistes français ont perdu les pédales. Il est temps qu'ils redéfinissent ce qu'est pour eux l'identité française, et au passage ce qu'est la leur.

Les socialistes français ne sont pas les seuls à errer. Le Labour britannique, qui vient d'essuyer un échec cinglant aux législatives, est appelé, lui aussi, à reconstruire ce que doivent être à ses yeux les fondements de la Grande-Bretagne au XXIe siècle. Les piliers d'hier étaient deux: le fédéralisme, qui unissait solidairement quatre nations en une (Angleterre, Irlande du Nord, Ecosse, Pays de Galles) et le parlementarisme. Ils sont largement fissurés: l'Ecosse veut faire cornemuse à part et le principe démocratique s'enfonce dans le marais de la crise, des technologies individualistes et de la perte du sens de la civilité.

L'Allemagne, qui est appuyée sur les deux mêmes principes du fédéralisme et du parlementarisme, les a construits trop récemment pour qu'ils paraissent vieillis. La stabilité politique a été une conquête très tardive, sa réunification n'a que vingt-cinq ans. La RFA n'a qu'un problème identitaire: quel doit être son rôle sur la scène internationale?

La France est, elle, sens dessus dessous. Elle n'a pas la même construction que ces deux anciens ennemis, elle s'appuie sur l'étatisme et l'égalité. Mais ces deux piliers sont tout autant ébranlés que ceux d'outre-Manche.

Deux conceptions identitaires opposées

Les travaillistes ont commencé à réfléchir à «une nouvelle histoire nationale». Les socialistes français, pas encore. Ils s'en prennent aux «pseudo-intellectuels» et ils préfèrent parler plus des courants que du fond. François Hollande s'y est essayé au Panthéon. «L'histoire est notre avenir», a-t-il dit devant les quatre cercueils bleu-blanc-rouge. Il a appelé au «devoir de vigilance» et de «résistance» face à «l'indifférence, face au fanatisme, au racisme, à l'antisémitisme», aux «inégalités, aux injustices, aux indécences», et il a ajouté, au risque de disperser ses forces, «aux catastrophes, aux désordres climatiques, à l'épuisement de notre planète». Il a eu raison au passage de tancer ses anciens camarades devenus les gardiens de l'immobilisme:

«La République n'est pas figée. Ce n'est pas un corset dont il faudrait régulièrement recoudre les boutons. La République, c'est un mouvement, c'est une construction, c'est une passion, une passion généreuse, une passion rationnelle, une passion rassembleuse, avec, toujours, toujours, le refus de la fatalité.»

Le choix est en vérité simple entre deux conceptions identitaires qui s'opposent, mais que certains mélangent en créant la confusion. La première identité française, le souverainisme plus ou moins social, plonge dans la période d'après-guerre du gaullo-communisme. Indépendance, célébration de la nation, refus de la mondialisation, engagement minimum sur l'Europe. Son handicap est d'être grandement anachronique. Elle correspondait à une économie fermée, à une classe ouvrière imposante et à un Etat encore puissant et efficace.

La seconde conception correspond à ce que François Hollande, en référence à Pierre Brossolette, a vanté: «La réforme, l'audace, le renouvellement.» Brossolette «ne demandait pas une République. Il n'appelait pas le retour de la République. Il voulait une République moderne, une République ouverte, une République généreuse, une République exigeante».

Il reste au président à préciser comment il construit cette République ouverte et moderne. Le premier pilier d'hier, l'étatisme, est devenu plus gros que l'édifice qui le coiffe. A 57% du PIB, il pèse plus qu'il ne porte. Le deuxième, l'égalité, s'est déplacé, il est planté selon les schémas d'hier, il ne correspond plus aux réels besoins de solidarités d'une économie schumpétérienne, en mutation complète et permanente. Des réformes, il en faut de radicales.

Errance internationale

L'autre errance que nous partageons avec les Britanniques concerne le rôle international du pays. Après la perte de son empire, la Grande-Bretagne a voulu être le pont entre l'Europe et l'Amérique. Celle-ci regarde désormais ailleurs, vers le Pacifique. Londres, qui voulait être à la fois hors de et dans l'Union européenne, est sommé de dire la place qu'il veut occuper. Dans ce sens, la décision de David Cameron de proposer un référendum correspond au bon moment.

Après la perte de son propre empire, la France a décidé de construire la Communauté européenne. Les socialistes de l'époque en étaient des militants. Aujourd'hui, beaucoup sont habités par la vision souverainiste. Et le camp européen est désemparé: la promesse européenne a déçu, il est nécessaire de lui donner un nouvel élan. François Hollande, sur ce sujet, est muet.

En revanche, il occupe pleinement le siège d'une France qui prend les armes en Afrique pour défendre les valeurs universelles. C'est poursuivre «une mission» historique républicaine.

Il est enfin une dernière caractéristique identitaire, que nous partageons avec les Britanniques: être une nation de culture et de sciences. Il serait temps d'y croire à nouveau.

Cet article est originellement paru dans Les Echos.

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