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C’est quoi un républicain, au fait?

Le logo de la République française TaniaPS via Wikimedia Commons.

Le logo de la République française TaniaPS via Wikimedia Commons.

Alors que les militants de l’UMP viennent d'approuver le nouveau nom du parti, «Les Républicains», nous avons replongé dans nos cours de philo pour résumer l’essentiel de ce concept que tout le monde utilise sans toujours bien le connaître.

Les militants UMP ont approuvé à 83%, vendredi 29 mai, le nouveau nom proposé pour leur parti, Les Républicains, qui a créé une vive polémique ces dernières semaines. Mais au fait, c’est quoi, au juste, un Républicain? Ceux qui se revendiquent comme tel le sont-ils vraiment, et au nom de quel républicanisme? Car si la République aime tous ses «enfants» et ne fait pas de distinction de race, de classe ou de genre, il n’est pas sûr en revanche que tous ceux qui se revendiquent «Républicains» le soient vraiment. Slate vous aide à y voir plus clair.

Les origines grecques et romaines du terme: République et Démocratie

La République est, étymologiquement, la chose publique, Res (chose) publica (publique). C’est un mot d’origine latine, car c’est dans la Rome antique que le concept naît véritablement. Si la Grèce a inventé la démocratie, l’Italie a inventé la République… Soit l’idée d’un Etat fort, qui se substitue aux individus pour accomplir des tâches que les individus seuls ne peuvent remplir. «C’est l’idée de la centralité de la puissance publique qui assumerait le bien commun et c’est aussi celui de l’égalité des citoyens, protégés de la domination par des institutions communes», explique Pierre Crétois, philosophe qui a dirigé avec Stéphanie Roza le récent ouvrage Le républicanisme social, une exception française? et participe aux travaux du Gerep (Groupe d'étude des républicanismes et du bien commun).

L’ouvrage de Platon est certes traduit par La République, mais le terme grec (politeía) renvoie tout aussi bien à l’idée de Constitution, ou d’Etat. Certains philosophes comme Quentin Skinner ont vu pourtant dans la tradition politique héllénistique un autre modèle de républicanisme, caractérisé par une conception différente de la liberté qui, au lieu d’être protégée par l’Etat, est acquise à travers l’Etat, c’est-à-dire à travers la vie civique, qui se confond avec l’individu. L’idée est résumée par cette formule célèbre d’Aristote où l’homme est appelé animal politique, zoon politikon….

La République contre la monarchie

Pendant des siècles, la République va donc être assimilée surtout à la République romaine. C’est seulement à partir du XVIIe siècle, en Angleterre, que le mot prend un autre sens. C’est l’époque de la République de Cromwell, une petite période de 1649 à 1660 pendant laquelle la monarchie est abolie. En France, la Révolution française installe aussi définitivement le terme dans sa nouvelle acception, plus précise: «Avant les événements insurrectionnels, le mot République a un sens très large. Avec la Révolution, la République est ce qui s'oppose à la féodalité, à la monarchie, au pouvoir de quelques-uns ou d'un seul sur tous. Les Républicains sont ceux qui veulent le bien du peuple, pour et par le peuple», explique Juliette Grange, professeure à l’Université François-Rabelais de Tours et qui a notamment écrit L’idée de République.

La République nourrit ses enfants et les instruit. Tableau d'Honoré Daumier (1848).

Un républicanisme à la française

Si tout républicanisme accorde une certaine importance à l’Etat comme garant des libertés publiques, le républicanisme à la française s’est quant à lui teinté d’une couleur particulière, d’abord au XIXe siècle sous la IIIe République, qui met en place une instruction publique, puis au XXe, notamment avec le programme du Conseil national de la Résistance (CNR), qui jette les bases d’un Etat-providence. «Le républicanisme français va au delà de l’obligation pour l’Etat d’assurer la liberté des individus. La République, c’est Marianne, c’est une mère nourricière», résume Pierre Crétois. «Le républicanisme est alors progressiste et "de gauche" en ce qu'il vise la transformation sociale, autrement dit, par l'éducation, la constitution de la liberté intérieure, de la raison critique des personnes», complète Juliette Grange.

Le Parti républicain américain est-il vraiment républicain?

Si la France a son républicanisme, qu’en est-il des Etats-Unis? Le républicanisme du Parti républicain, notamment, serait-il une simple variante du républicanisme historique? Pour nombre de philosophes français, le Parti républicain n’a de républicain que le nom. «Aux Etats-Unis, contrairement à la France, les Républicains sont pour le moins d’Etat et la promotion de la liberté individuelle. Ce sont plutôt des néo-libéraux et des néoconservateurs», fait valoir Pierre Crétois. «Les Républicains américains aujourd’hui ne font pas beaucoup reférence aux Pères fondateurs [de la République américaine, ndlr]. Pour eux, la révolution américaine est un peu le terminus de ce qui se fait aujourd'hui», ajoute sa collègue.

Pour autant, la pensée républicaine n’est pas absente du monde anglo-saxon. En philosophie, il existe un courant incarné par l’historien John Pocock et les philosophes Quentin Skinner et Philippe Pettit, qui a essayé de concilier le républicanisme avec la tradition libérale anglo-saxonne. La liberté est redéfinie dans Républicanisme. Une théorie de la liberté et du gouvernement comme un principe de non-domination, où il ne s’agirait pas seulement, comme dans le libéralisme, d’empêcher l’Etat d’empiéter sur les libertés individuelles, mais aussi que l’Etat fasse en sorte de protéger les individus de possibles rapports de domination entre eux.

Le républicanisme est-il de gauche ou de droite?

Les deux, mon général. Ou plutôt: aucun des deux. Le républicanisme, comme la République, est un concept transpartisan. Si en France, les républicains qui s’affichent en tant que tel sont plutôt classés à droite, il existe aussi des républicains de gauche, comme Vincent Peillon, selon Juliette Grange, ou encore Jean-Pierre Chevènement. Jean-Luc Mélenchon? «L'insistance de Mélenchon sur la figure de la souveraineté populaire, sur les services publics et l'État protecteur ainsi que sur la république des valeurs (égalité, liberté, laïcité, tolérance, solidarité, humanisme universaliste) en font incontestablement un républicain à la française», estime Pierre Crétois. «Il a été républicain à une époque, mais il a chaviré dans des mots d’ordre liés à sa personne, qui sont étrangers au républicanisme, qui fait passer l’intérêt général avant le culte de la personne», juge quant à elle Juliette Grange. La différence entre républicanisme de gauche et républicanisme de droite va se jouer, selon la philosophe, dans «l’amplitude de la transformation sociale» qui est réclamée. Si chaque camp accorde une importance au service public de l’école, les uns vont ainsi plutôt mettre l’accent sur une école récompensant les plus travailleurs, les autres sur le rattrapage des inégalités. «Il y aura une redistribution fondée sur le mérite plus nette à droite», explique Juliette Grange.

«La gauche est fort peu républicaine en France [au sens du concept philosophique, ndlr] donc on a tendance a oublier qu’il existe un républicanisme progressiste. Mais le républicanisme n’est certainement pas de droite de manière constitutive, comme certains tentent de nous le faire croire», commente l’universitaire, fustigeant l’initiative de Nicolas Sarkozy. «Les Républicains de Nicolas Sarkozy ne sont pas républicains. Il s'agit d'un parti néo-libéral pour ce qui concerne la politique économique et la dite "réforme de l'État", et conservateur (non progressiste) pour ce qui concerne la liberté des personnes (en particulier les femmes). C'est aussi un parti, c'est à dire qu'une partie seulement du peuple est présent en son sein.» Selon Pierre Crétois, Nicolas Sarkozy «brouille les pistes en faisant de l'étiquette les républicains une position droitière, commettant ce faisant une OPA hostile sur un élément essentiel  et transpartidaire de l'histoire politique française».

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