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Voilà les six défis qui attendent l'Europe aujourd'hui

REUTERS/Damir Sagolj

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Dix ans après l’échec du Traité constitutionnel, ces défis semblent colossaux. On se demande comment les responsables européens pourraient encore travailler à cette «union sans cesse plus étroite» dont parle le traité de Lisbonne, ersatz de Constitution.

Pendant les dix ans qui ont suivi le rejet par les Français –et les Néerlandais– du Traité constitutionnel, l’Union européenne a géré deux crises successives: la crise institutionnelle née de l’abandon de cette quasi-constitution remplacée par un «traité simplifié» et une crise économico-financière qui a ébranlé l’acquis fondamental de la précédente décennie, la monnaie unique, mais ne l’a pas détruit. Considérant le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide, on peut même penser que la zone euro sort renforcée de la crise. Ses dirigeants ont su s’affranchir du carcan des traités pour consolider des mécanismes de stabilité, aptes à affronter d’éventuelles nouvelles secousses.

Ils ont certes innové mais ils ont surtout colmaté les brèches sans apporter de remèdes aux maux frappant une grande partie des pays européens: la faible croissance et le chômage de masse. La double crise institutionnelle et financière surmontée, les responsables européens auraient dû pouvoir travailler à cette «union sans cesse plus étroite» dont parle le traité de Lisbonne, ersatz de Constitution. Le risque est grand qu’il n’en soit rien, si l’on dresse la liste des problèmes urgents qui les attendent...

1.Le «Grexit»

Le «Grexit» ou possible sortie d’Athènes de la zone euro occupe les ministres des finances depuis des mois et même si un accord était trouvé dans les prochains jours sur la fin du deuxième plan d’aide, la Grèce ne serait pas sortie d’affaire pour autant.

2.Le Brexit

Le «Brexit»: David Cameron n’a pas attendu bien longtemps après la victoire conservatrice aux élections générales pour relancer son projet de référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l’UE. En principe, le Premier ministre est pour mais il ne fera campagne pour le «oui» que s’il obtient des concessions de ses partenaires. Il veut un statut spécial –on est tenté de dire encore plus spécial, tant les Britanniques se sont ménagé des opting out dans les obligations européennes. A Paris comme à Berlin, la ligne est claire: on est pour que Londres reste dans l’UE mais pas à n’importe quel prix. Qu’est-ce qui est acceptable et qu’est-ce qui ne l’est pas? La question risque d’occuper les fonctionnaires et les décideurs politiques pendant des mois.

3.La fragmentation du paysage politique

Il n’y a pas que la Grande-Bretagne ou la Grèce qui menacent, pour des raisons différentes, les fondements de l’UE. Loin de témoigner d’une forme de cohésion, les récentes élections dans plusieurs pays européens ont montré une fragmentation du paysage politique, en Europe comme à l’intérieur des Etats. Parfois, c’est la montée d’un populisme de droite mâtiné de nationalisme xénophobe. Ailleurs, ce sont des tentations séparatistes qui sont à l’œuvre ou des protestations contre les politiques d’austérité menées au nom de l’UE. Partout, une protestation identitaire se dresse à contrecourant de la mondialisation. 

Ces tendances s’étaient déjà manifestées au moment des élections européennes de 2014. Elles sont confirmées, de l’Espagne à la Pologne, de la France à la Finlande, dans les scrutins nationaux. De nouvelles générations d’acteurs politiques sont apparues, notamment en Grèce et en Espagne, qui ne se reconnaissent pas dans les caciques de la démocratie parlementaire. Elles ont l’impression, largement justifiée, qu’elles ne sont pas représentées dans les instances européennes, ni à la Commission où se retrouvent des politiciens aguerris par des années au pouvoir, ni au Parlement européen où les deux grandes forces traditionnelles, le Parti socialiste à gauche et le Parti populaire à droite, verrouillent les débats pour le meilleur et pour le pire.

4.La gestion de l'immigration

Le slogan «l’Europe qui protège» est mis à mal par la gestion des immigrants qui frappent à ses portes. L’UE a été prise au dépourvu par l’augmentation des candidats à l’asile politique qui franchissent la Méditerranée au péril de leur vie. Le chaos en Libye, où la disparition de l’Etat a supprimé le contrôle exercé naguère par Kadhafi sur les migrants, au nom de l’Europe, a ouvert de nouvelles voies de passage. Les Européens ne peuvent ni les fermer pour des raisons tant humanitaires que pratiques, ni accepter tous les migrants sans risquer de nourrir les discours xénophobes et les réflexes identitaires. La mutualisation des moyens de contrôle et la solidarité dans l’accueil des migrants sont des tests pour l’esprit européen. Il est à craindre que peu les passent avec succès.

 REUTERS/Damir Sagolj

5.Le rapport à la mondialisation

L’immigration pose bien sûr la question du rapport de l’Europe au reste du monde. A l’ouest, la négociation sur le traité de libre-échange transatlantique soutenu par les plus libéraux des Européens et considéré avec méfiance par les réfractaires à la mondialisation.

6.La crise ukrainienne

A l’est, Vladimir Poutine a sorti les Européens de leur béatitude post-guerre froide. L’annexion de la Crimée et la guerre dans l’est de l’Ukraine ont écorné un des deux piliers de la construction européenne –l’Europe, c’est la paix–, après que l’autre pilier –l’Europe, c’est la prospérité–, eut été miné par la crise économique. L’UE a surmonté l’épreuve ukrainienne imposée par la Russie, sans doute du mieux qu’elle le pouvait. Malgré les divergences entre Etats membres, elle a maintenu son unité dans l’application des sanctions économiques. Deux grands pays, la France et l’Allemagne, se sont employés à maintenir de dialogue avec Vladimir Poutine, pour obtenir au moins un cessez-le-feu, faute d’une solution pérenne.

Cette Europe, en crise économique, incertaine de son identité, est-elle vraiment si attrayante qu’on le pensait à l’est à la fin du siècle dernier?

Mais une des politiques communes de l’UE est tombée victime de la crise ukrainienne: le partenariat oriental. C’est cette idée de proposer aux anciennes républiques soviétiques une association étroite avec l’UE sans aller jusqu’à l’adhésion qui a mis le feu aux poudres à Kiev. C’est elle que les menaces de Moscou ont tuée (sauf pour l’Ukraine elle-même). Des deux côtés, sans l’avouer vraiment, on tire un trait –provisoire?– sur ce partenariat oriental. L’UE pour ne pas avoir l’air d’ajouter une nouvelle provocation à l’égard de Moscou; les candidats potentiels pour ne pas s’exposer à de nouvelles mesures de représailles de la part de la Russie. Et cette Europe, en crise économique, incertaine de son identité, s’interrogeant sur ses valeurs, est-elle vraiment si attrayante qu’on le pensait à l’est à la fin du siècle dernier?

L’énumération des défis qui attendent l’UE dix ans après l’échec du Traité constitutionnel est impressionnante. Loin d’être une source de découragement, elle pourrait inciter les responsables européens à vouloir «sortir par le haut». C’est ce que semblent vouloir faire Angela Merkel et François Hollande quand ils proposent un approfondissement politique de la zone euro, comme réponse à la tentation insulaire britannique. S’il s’agit simplement d’un geste tactique, il risque de rejoindre la liste des vœux pieux jamais suivis d’effets. S’il s’agit d’une ambition sérieuse et partagée, il est urgent de sortir des conclaves diplomatiques et d’y associer les citoyens pour leur expliquer et réussir à la convaincre. Et retrouver le soutien des opinions qui sont devenues au pire eurosceptiques et au mieux euro-indifférentes.

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