Égalités / Culture

Les romans donnant la parole aux femmes gagnent peu de prix

Temps de lecture : 2 min

Une œuvre a moins de chances d’être récompensée par un prix littéraire si elle a été écrite par une femme ou si son narrateur offre un point de vue féminin.

Yellowed pages | Horia Varlan via FlickrCC License by / modifié par Slate.fr
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Nicola Griffith, auteure de science-fiction anglo-saxonne, a régulièrement été récompensée, mais par des prix spécialisés. Dans un post publié sur son blog et relayé par le site AdWeek, elle s’est demandé si les écrivaines avaient aussi peu de chance qu’elle quand il s’agissait des prix littéraires les plus prestigieux.

À partir de données sur les lauréats de six des plus grands prix des quinze dernières années, elle a décidé de prendre deux facteurs en compte: le sexe de l’auteur et la perspective de la narration (féminine ou masculine).

Résultat: une œuvre a moins de chances d’être récompensée si elle a été écrite par une femme ou si son narrateur offre un point de vue féminin.

Prestige

Exemple, sur la période 2000-2015, le Pulitzer a récompensé huit fois sur quinze un roman écrit par un homme à propos d’un homme. Pire, aucun roman récompensé ne donnait la place à une femme comme personnage principal.

«Ce résultat veut dire que les femmes ne sont pas intéressantes, estime Nicola Griffith. Elles ne comptent pas.»

Même chose pour le National Book Award. Le Man Booker Prize, qui a récompensé neuf fois un homme, porte bien son nom. En revanche, la médaille Newberry, qui récompense chaque année le meilleur livre pour enfants, à des statistiques inverses: dix femmes ont été récompensées ces quinze dernières années, principalement pour des histoires mettant en scène un personnage principal féminin.

Roman écrit par un homme à propos d’un homme

L’auteure explique donc que, plus le prix est important et prestigieux, moins les femmes ont de chance d’être récompensées. Et ce, malgré la création de nombreux prix dédiés aux écrits de femmes, comme le prix Bailey’s, au Royaume-Uni, ou le prix Montalembert du premier roman de femme.

Fin 2013, l’Observatoire des inégalités réalisait une étude semblable à celle de Nicola Griffith, sur une échelle temporelle beaucoup plus large. «Au total, sur 663 prix littéraires décernés depuis le début du XXe siècle, 16% ont été attribués à des écrivaines, soit 108 femmes lauréates», explique l'observatoire.

«La voix des femmes ne sont pas entendues, conclut l’auteure sur son blog. Les femmes représentent plus de la moitié de notre culture et, si la moitié des adultes dans notre culture n’a pas de voix, alors on ne vit pas la moitié de l’expérience mondiale, on n’en retient rien et rien n’est construit à partir d’elle. L’humanité n’est que la moitié de ce qu’elle pourrait être.»

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