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Organisation de la Coupe du monde 1998: adversaire de la France, le Maroc est soupçonné d'avoir acheté une voix

Jack Warner, le 27 mai 2015. REUTERS/Andrea De Silva.

Jack Warner, le 27 mai 2015. REUTERS/Andrea De Silva.

C'est ce qui ressort des documents publiés par la justice américaine dans le cadre du vaste scandale qui frappe la Fifa.

Selon des documents publiés par la justice américaine dans le cadre du scandale qui frappe actuellement la Fifa, le Maroc, adversaire malheureux de la France dans la lutte pour l'attribution de la Coupe du monde 1998, est soupçonné d'avoir à l'époque acheté la voix d'un des votants.

L'information se trouve dans le résumé des charges retenues contre Chuck Blazer, l'ancien président de la Concacaf qui a servi d'informateur dans l'enquête après avoir été poursuivi pour fraude fiscale. La justice américaine y décrit un «schéma de corruption relatif à la Coupe du monde 1998»:

«Dans les mois qui ont précédé le vote, Blazer a voyagé avec le co-conspirateur #1 [...] au Maroc à l'invitation du comité d'organisation local. A l'époque, le co-conspirateur #1 occupait un certain nombre de postes, dont certains de haut rang à la Fifa et à la Concacaf.

 

Une fois au Maroc, Blazer était présent quand un représentant de la candidature marocaine a offert un pot-de-vin au co-conspirateur #1 en échange de sa promesse de voter pour le Maroc lors du comité exécutif désignant l'organisateur du Mondial 1998. Le co-conspirateur #1 a accepté l'offre.

 

Après le voyage, le co-conspirateur #1 a demandé à Blazer de prendre voix avec des membres du comité d'organisation marocain pour savoir quand le paiement serait effectué. Blazer a ensuite discuté de ce sujet avec des représentants du comité d'organisation marocain à plusieurs reprises, dont certaines ont eu lieu par téléphone depuis les bureaux de la Concacaf à New York.

 

Même si le paiement a eu lieu, [...] la France a été choisie au détriment du Maroc pour organiser la Coupe du monde 1998.»

Extrait du détail des charges publié par la justice américaine.

Il n'est pas très difficile de savoir précisément qui est ce mystérieux «co-conspirateur #1»,  dont le nom n'est pas cité. Le détail des charges retenues contre les quatorze inculpés dont les noms ont été annoncés mercredi 27 mai, publié par la Fifa dans un autre document, permet de comprendre qu'il s'agit de Jack Warner, qui était alors président de la Concacaf et s'est rendu au Maroc en 1992 et en 2004 avec Blazer:

«A partir du début des années 1990, [...] Warner a commencé à monnayer son influence et à exploiter sa position officielle pour son gain personnel. Parmi d'autres choses, il a commencé à demander et accepter des pots-de-vin en relation avec ses fonctions officielles, y compris la sélection du pays hôte des Coupes du monde 1998 et 2010 [...]»

Ce document-là ne s'attarde pas sur l'épisode de 1998 (ce qui explique probablement pourquoi les premiers articles publiés ce mercredi laissent bizarrement planer le doute sur le pays concerné, France ou Maroc, par la tentative de corruption...) mais davantage sur celui de 2010: selon la justice américaine, Warner s'est vu offrir en 2004, lors d'un voyage au Maroc avec Blazer, 1 million de dollars s'il votait en faveur du pays pour la Coupe du monde 2010, mais a appris à son collaborateur que l'Afrique du sud avait déjà promis de verser 10 millions de dollars en faveur de l'Union caribéenne de football (CFU). Une somme dont il a détourné une partie à son profit personnel, selon les accusations de la justice américaine.

Dans les deux cas, le Maroc avait donc échoué à obtenir l'organisation de la plus prestigieuse compétition de football. En juillet 1992, la Fifa lui avait préféré la France par 12 voix contre 7; en mai 2004, l'Afrique du sud par 14 voix contre 10. Selon des informations publiées à l'époque par l'hebdomadaire Jeune Afrique, Warner avait voté pour le Maroc en 1992 et l'Afrique du sud en 2004.

Les unes de L'Equipe du 1er et du 2 juillet 1992.

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