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Le PS dans la hantise d’un grand déclassement politique

Le président François Hollande sur un bateau lors du festival «Les Tonnerres de Brest», le 14 juillet 2012 | REUTERS/Jean-Sébastien Evrard

Le président François Hollande sur un bateau lors du festival «Les Tonnerres de Brest», le 14 juillet 2012 | REUTERS/Jean-Sébastien Evrard

Seule l’émergence d’un mouvement social d’envergure pourrait mettre en danger un pouvoir rose pâle en déclin. On n’en voit guère les prémisses, mais les eaux dormantes d’aujourd’hui ne seront peut-être pas éternellement calmes...

Un spectre hante le PS: celui du surgissement d’un mouvement qui signerait son déclassement sur la scène politique française. Ce parti de taille modeste, dont quelques 40.000 militants viennent de ratifier l’orientation, domine la gauche française depuis quatre décennies. Cette position lui assure une précieuse rente de situation dans les rendez-vous électoraux en contraignant, bon gré malgré, bien des citoyens à lui apporter leurs suffrages au moment décisif «contre la droite».

Mais tous les partis sont mortels. Et le PS, en fin de cycle politique dès lors qu’il ne reste plus grand-chose des ingrédients de la renaissance du congrès d’Epinay (1971), est aujourd’hui particulièrement fragile. Au-delà de la griserie qui accompagne l’exercice du pouvoir, ses dirigeants en sont parfaitement conscients. Ils expriment même parfois cette angoisse par des déclarations proprement stupéfiantes.

Un grand président méconnu

«Il reste encore deux ans pour que les Français prennent conscience que François Hollande est un grand président», vient de déclarer François Rebsamen dans une interview au Monde. Le ministre du Travail, proche du chef de l’État, souhaite que celui-ci se représente en 2017 et qu’il «raconte l’histoire de son quinquennat»... Nul doute que les yeux des électeurs se dessilleront alors et qu’ils apprécieront enfin à sa juste mesure le héros de l’Élysée.

Storytelling d’une renaissance hollandaise

Le storytelling de la possibilité d’une renaissance hollandaise a démarré. Les conteurs officiels nous chantent déjà le désir présidentiel de battre campagne et célèbrent ses initiatives de «proximité». Ces belles représentations ont pour objet d’occulter un danger majeur: celui d’une élimination humiliante du président sortant dès le premier tour de la prochaine présidentielle.

Dans l’état actuel de l’opinion, cette hypothèse demeure nettement la plus probable. Les conséquences d’un tel scénario seraient autrement plus graves, pour le PS, que les suites du 21 avril 2002. Les socialistes avaient alors résisté à la contre-performance de Lionel Jospin, la réduisant à des considérations tactiques et personnelles.

L’élimination du PS au tour décisif de la présidentielle de 2017 ébranlerait autrement la rue de Solférino. Les cartes seraient vraisemblablement rebattues dans une gauche française en profonde crise identitaire à l’issue d’une expérience gouvernementale qui aurait été jugée désastreuse par son propre électorat.

Syriza et Podemos, les précédents espagnol et grec

Une autre déclaration témoigne aussi des craintes de nos socialistes. «On veut faire Syriza, on veut faire Podemos, en tout cas moi, à l'intérieur du Parti socialiste», a osé Jean-Marc Germain, ancien «frondeur» et soutien de la motion Cambadélis pour ce congrès.

«C'est beaucoup plus difficile à faire qu'en Espagne et en Grèce parce que, dans les deux cas, ça s'est fait contre le gouvernement par des grandes mobilisations citoyennes», observe le député des Hauts-de-Seine. «Nous on doit faire ça en étant une formation politique qui n'a pas forcément l'intérêt spontané des Français», explique-t-il avec un délicat euphémisme.

Les récents succès municipaux de Podemos, notamment à Barcelone et Madrid, ont marqué les esprits au PS. Historiquement proches du PSOE, parti affaibli par le surgissement d’une nouvelle force politique issue de la contestation populaire, les socialistes français n’en avaient pas moins salué celle-ci en 2011: «Le PS partage la révolte des Indignés», avait-il tweeté, ce qui amuse aujourd’hui beaucoup les réseaux sociaux.

Force politique issue de la contestation populaire

Le premier secrétaire a bien saisi le danger puisqu’il a conjuré les militants socialistes de «se réapproprier le terrain» pour «ne pas être à la merci en France d’un mouvement comme Podemos». On voit pourtant mal comment les adhérents du PS pourraient mobiliser les populations en soutenant une politique gouvernementale qui, aux dernières nouvelles, entend réduire les protections du droit du travail ou encore les compensations dues au titre de la «pénibilité».

L’idée d’exprimer la contestation sociale au sein même d’un parti au pouvoir est pour le moins saugrenue. Le précédent grec ne peut, à l’inverse, être oublié. Le Pasok, parti socialiste historique de la gauche hellène, a été balayé par une coalition de forces radicales regroupées sous la bannière de «Syriza».

Cette histoire a beaucoup fait rêver du côté de Jean-Luc Mélenchon. D’où les fermes mises en garde de Cambadélis:

«Entretenir le fantasme d'un Syriza français, en voulant affaiblir le Parti socialiste, ne provoquerait rien d'autre que la bérézina de la gauche française.»

Comme si toute contestation de l’hégémonie socialiste devait plonger la gauche dans la déroute.

Les eaux dormantes

Pour le moment, le PS n’a guère à craindre de concurrence sérieuse sur sa gauche. Le Front de gauche a largement perdu de son pouvoir d’attraction au fil de ses divisions, des incohérences des uns et du sectarisme des autres. Les écologistes ne savent plus trop sur quel pied danser, partagés qu’ils sont entre soif de reconnaissance institutionnelle et tentation de flatter le mécontentement populaire.

Seul l’émergence d’un mouvement social d’envergure pourrait mettre en danger le pouvoir rose pâle. Or on n’en voit guère les prémisses. La dernière grande mobilisation syndicale date de 2008, et elle s’était traduite par une défaite sur la réforme des retraites. La jeunesse reste étrangement tranquille si l’on songe aux multiples misères qu’elle subit.

Le FN, vecteur du désarroi

La faiblesse traditionnelle de la «société civile», en France, ne favorise pas les processus d’auto-organisation qui ont donné naissance au mouvement espagnol des «Indignés» puis à «Podemos». Le sectarisme non moins traditionnel qui mine la gauche française empêche, par ailleurs, les convergences politiques qui ont accouché de «Syriza» en Grèce.

L’hyper-individualisme contemporain génère, notamment dans la jeunesse, une dérivation vers des stratégies de débrouille ou de carrière individuelles. Un phénomène sans doute accentué dans notre pays où l’individualisme fait partie du patrimoine national.

Enfin, et peut-être surtout, la colère politique est ici aimantée par le Front national. Tant que les classes populaires utiliseront cette formation comme vecteur de leur désarroi, l’émergence d’une gauche concurrente du PS est peu probable. La manière dont ce parti désigne le FN comme ennemi principal, au risque assumé de le valoriser, n’est certainement pas sans rapport avec cette analyse.

Et pourtant, les eaux dormantes d’aujourd’hui ne seront peut-être pas éternellement calmes. L’histoire française est riche de soubresauts et de révoltes populaires. De nombreux citoyens sont mentalement entrés dans une sorte de sécession démocratique. Nous fêtons, le 29 mai, les dix ans du rejet, par référendum, du traité constitutionnel européen. Le non-respect, par les gouvernants, de ce verdict populaire est resté en travers de la gorge de plus d’un électeur. Et c’est lorsqu’on ne croit plus au vote que l’on descend dans la rue.

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