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Le changement, c’est maintenant… en Italie

Le Premier ministre italien, Matteo Renzi, au palais Chigi, à Rome, le 15 mai 2015 | REUTERS/Remo Casilli

Le Premier ministre italien, Matteo Renzi, au palais Chigi, à Rome, le 15 mai 2015 | REUTERS/Remo Casilli

Matteo Renzi n’avait a priori ni marges de manœuvre politiques ni moyens financiers mais il a un projet, de l’énergie et sait contourner les obstacles.

Quel est le jeune chef de gouvernement européen qui transforme le plus profondément son pays? Ce n’est ni Manuel Valls, qui n’a pas beaucoup de marges de manœuvre, ni Alexis Tsipras, de la gauche grecque radicale, qui peine à inscrire son programme dans la réalité et n’a pas beaucoup de moyens. C’est incontestablement Matteo Renzi, qui n’avait a priori ni marges de manœuvre politiques ni moyens financiers mais qui a un projet, de l’énergie et sait contourner les obstacles.

Mais qui en France parle encore de Matteo Renzi? Le sujet intéressait quand ce jeune homme était parti sans complexes à la conquête de la mairie de Florence, puis du Parti démocrate et enfin du poste de président du Conseil. Son histoire était belle, avec de l’action et des rebondissements. Il a encore fait la une quand il a parlé de «pacte de stupidité» à propos des règles budgétaires européennes et quand il s’est entendu avec Silvio Berlusconi pour faire passer ses réformes constitutionnelles. Tout cela sentait un peu le soufre.

Mais ce qu’il a fait ensuite pour redresser son pays est passé un peu inaperçu de ce côté des Alpes. Comme si une politique de centre-gauche n’était pas assez spectaculaire pour mériter des commentaires. Il faut dire qu’entre les problèmes grecs, la menace d’une sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne ou la montée de Podemos en Espagne, l’actualité continentale a été très riche ces derniers temps.

Sortie de la récession

Pourtant, il faut regarder d’un peu plus près ce qui se passe chez nos voisins, qui sortent enfin de quatre années de récession. Le taux de croissance au premier trimestre (0,3%) n’a rien d’exceptionnel, mais c’est le premier chiffre positif depuis quatorze trimestre, si l’on excepte le modeste 0,1% enregistré au troisième trimestre 2013. La plupart des instituts de conjoncture, y compris le FMI, le créditent d’une croissance de 0,7% sur l’ensemble de l’année 2015, ce qui est peu, mais marque un vrai retournement. À l’évidence, la politique de la Banque centrale européenne, la baisse de l’euro et celle des cours du baril de pétrole sont pour l’essentiel à l’origine de ce redressement, mais il est clair que, sans la politique menée par Matteo Renzi, l’Italie n’aurait pas été en mesure de profiter de cet environnement favorable.

L’action du Premier ministre est d’autant plus remarquable –et efficace– qu’elle s’exerce sur tous les fronts: politique, avec la réforme des institutions et du mode de scrutin, économique et social, avec le plan de relance de mars 2014 et la loi sur le travail. Certes, il faut éviter de tomber dans le panégyrique: Renzi a pu prendre ces mesures parce que les précédents gouvernements, notamment celui de Mario Monti, avaient commencé à faire bouger les lignes et avaient engagé la remise en ordre des finances publiques. Il est plus facile, par exemple, de lancer un programme de relance quand vos prédécesseurs ont adopté des mesures très rigoureuses qui vous laissent la possibilité d’infléchir la politique budgétaire dans le sens d’une moindre rigueur.

Premier bilan à méditer à Athènes

Tsipras et Varoufakis auraient tout intérêt à prendre quelques leçons de diplomatie auprès de leurs voisins romains

Il n’en reste pas moins vrai que le bilan de ses quinze premiers mois de gouvernement est déjà impressionnant. Nommé président du Conseil le 22 février 2014, il présente dès le 12 mars son plan de relance: baisse de l’impôt sur le revenu pour les salariés qui touchent moins de 25.000 euros nets par mois, baisse de 10% de l’impôt sur la production (calculé sur la valeur ajoutée des entreprises, celui-ci pèse à la fois sur l’investissement et l’emploi), amorce du remboursement de la dette des administrations publiques envers les entreprises (le dynamisme des petites et moyennes entreprises du Nord avait été doublement mis à mal par la hausse des impôts et les retards de paiement des divers organismes publics), rénovation des écoles, création d’un fonds pour aider les jeunes à faire leurs études ou trouver un emploi.

Malgré une baisse parallèle de certaines dépenses publiques, le coût de ce programme entraîne un ralentissement du rythme de l’assainissement des finances publiques. Mais cela passe à Bruxelles, car les précédents gouvernements italiens ont fait preuve de sérieux en ce domaine et Matteo Renzi a su vendre son plan à ses collègues européens, qui commencent à comprendre que les excès de rigueur budgétaire peuvent être nuisibles.

Notons à ce propos que la Grèce de MM. Tsipras et Varoufakis, certes dans une situation beaucoup plus difficile, auraient tout intérêt à prendre quelques leçons de diplomatie auprès de leurs voisins romains. Des positions radicales sont sans doute très stimulantes sur le plan intellectuel et ont un grand retentissement médiatique mais elles ne permettent guère d’avancer concrètement.

Entreprises et institutions publiques

Dès le mois suivant, en avril, Matteo Renzi procède à des changements à la tête d’entreprises publiques et innove en plaçant une femme à la tête de l’ENI, le groupe national d’hydrocarbures. À cette occasion, il annonce une réduction des salaires de tous ceux qui détiennent les plus hauts postes publics.

Désireux d’avoir un État italien plus efficace et moins dépensier, il lance une grande réforme des institutions qui doit s’achever à la fin de cette année: réforme du Sénat, qui aura désormais un rôle principalement consultatif et ne sera plus en mesure de s’opposer aux textes votés par la Chambre des députés, suppression des 110 provinces et des 3.000 postes de fonctionnaires correspondants, modification du mode de scrutin pour les élections à la Chambre de façon à permettre la formation de majorités plus stables.

Dans le même souci d’efficacité, il fait voter fin 2014 une loi sur le travail qui lui permet un lancer un grand chantier de réformes par décrets. Principale innovation: la création d’un nouveau contrat de travail offrant une protection croissante, minimale pendant deux ans, mais pouvant offrir ensuite jusqu’à 24 mois d’indemnités en cas de licenciement. Ce contrat créé au début de 2015 s’applique seulement aux nouvelles embauches. L’objectif est de réduire l’écart entre la situation des salariés ayant un emploi précaire et celle de ceux qui sont embauchés avec un contrat à durée indéterminée (CDI). Pour assurer le succès de ce nouveau contrat, il est prévu une exonération complète de cotisations sociales pendant trois ans.

Des réformes pas forcément très populaires

Autre innovation: les cas où les salariés pourront obtenir en justice après un licenciement abusif leur réintégration dans l’entreprise et le versement des arriérés de salaires sont désormais très strictement limités. Les anciennes dispositions étaient considérées comme un frein à l’embauche en CDI. En contrepartie de cette sécurité juridique, les entreprises concernées doivent verser des indemnités de licenciement dont le montant est prévisible.

Par ailleurs, le gouvernement lance une politique de l’emploi «active» confiée à une agence nationale pour l’emploi. Pour recevoir leurs indemnités de chômage, les bénéficiaires doivent coopérer activement avec l’agence soit pour rechercher un travail soit pour participer aux formations proposées.

Des résultats… plus tard

Ces réformes (il aurait fallu en citer bien d’autres, comme celles destinées à introduire plus de concurrence sur certains marchés) ne sont pas forcément très populaires (le Parti démocrate vient d'ailleurs de recueillir des résultats mitigés lors des élections régionales), même si certaines vont davantage dans le sens d’une meilleure protection des travailleurs, comme l’introduction d’un salaire minimum dans les secteurs qui ne sont pas couverts par des conventions collectives. Certains syndicats se montrent franchement hostiles à la politique du président du Conseil, d’autres se montrent très réservés. De fait, on ne peut pas dire que Matteo Renzi ait poussé très loin le dialogue social. Mais il avance et sera jugé sur les résultats.

Pour l’instant, les chiffres ne donnent aucune indication d’une réelle amélioration: en mars, le taux de chômage est monté à 13%.  Le seul véritable progrès se retrouve dans les indices de confiance. Dans ses prévisions de printemps, la Commission européenne estime que le chômage ne baissera que marginalement cette année et  se stabilisera en 2016: si les perspectives d’embauches s’améliorent, comme cela est attendu, des gens découragés qui se tenaient à l’écart du marché du travail devraient se déclarer demandeurs d’emploi. Et cela peut faire du monde: le taux de chômage des jeunes atteint 59,7% en Calabre, 58,1% dans les Pouilles… Bref, ce n’est pas gagné.

Mais, si l’on en croit l’OCDE, toutes les réformes déjà réalisées ou en cours devraient conduire à un PIB supérieur de 6% dans dix ans à ce qu’il aurait été en maintenant le statu quo. Cela devrait finir par se voir.

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