Écoutez un extrait exclusif de One Night Stand, le projet délirant de Gaspar Claus

Les musiciens du projet One Night Stand.

Les musiciens du projet One Night Stand.

Violoncelliste surdoué aux mille projets, Gaspar Claus nous présente une soirée folle de collaboration entre musiciens new-yorkais, bientôt disponible en double vinyle (très) limité, avec un extrait exclusif en prime.

Il y a quelques années, Gaspar Claus, violoncelliste surdoué aux multiples visages et aux collaborations incessantes, imaginait le Festival Permanent, concept de festival et de rencontres musicales pouvant avoir lieu n'importe où et n'importe quand, «fourre-tout grâce auquel je sens pouvoir donner un sens par le non-sens à tous ces projets en apparence très éparpillés dans lesquels je suis engagé», selon ses propres mots.

C'est dans ce cadre que sont nées, en avril 2012, les One Night Stand. En concert avec son père, le grand guitariste flamenco Pedro Soler, au Poisson Rouge à New York, Gaspar Claus se voit proposer par les propriétaires de la salle une autre date, en solo cette fois, et dans la plus intime Littlefield. «Mais ça ne faisait pas sens dans mes recherches du moment. Je leur ai dit de booker la date, que je reviendrais vers eux avec une proposition un peu différente.»

À trois semaines de la date retenue, Gaspar Claus décide alors de contacter ses amis musiciens de New York, «sans aucune retenue vis-à-vis de leur style musical». Et tous répondent présent: Sufjan Stevens, Bryce Dessner (The National), Jessie Stein (The Luyas), David Moore (Bing and Ruth), Rémi Alexandre (Syd Matters, Shorebilly), Ben Greenberg (Zs), Jessica Larrabee et Andy LaPlant (She Keeps Bees), Emil Bognar-Nasdor (Dawn of Humans) et Mauro Remiddi (Porcelain Raft). Ils sont alors invités à se réunir à Brooklyn, la veille du concert, avec pour seul mot d’ordre, de «chacun ramener une pièce, une idée musicale qu’il aurait envie de jouer avec les autres. Aucune obligation de faire jouer tous les musiciens, chacun avait la liste des invités et me renvoyait une proposition et la liste de ceux avec qui il avait envie de la jouer.»

Sa soeur Clara, plasticienne, imagine quant à elle «une partition de 20 mètres de long sur laquelle Bryce a fait enregistrer des parties par d’autres musiciens, des bandes sur lesquelles il voulait ensuite qu’on joue, avec une nomenclature bien précise». La soirée est annoncée un peu en catimini et à un tarif incroyable, vu le casting.

Sans accès possible à la salle pour répéter, rendez-vous est pris «dans la toute petite cave d’un bar du quartier. On était serrés comme des sardines.» Une demi-heure est donnée à chacun pour présenter son idée et expliquer aux autres ce qu’il attendait d’eux. Certains profitent de l’opportunité pour sortir des sentiers qu’on leur attribue:

«Mon père est venu simplement avec deux accords. Emil a proposé une partition pour laquelle il nous a bandé les yeux et nous dirigeait avec des sons et des tapes dans le dos. Sufjan voulait montrer sa face extrême et faire un morceau de harsh noise… Moi j’ai écrit une pièce comme je les aime, un voyage en trois mouvements, d’improvisation dirigée.»

Les heures qui suivent permettent à chacun d’écouter, de répéter et surtout d’échanger, pour éviter de tomber dans les pièges du jam, «un moment de plaisir entre musiciens, mais pas toujours partagé par le public. Les univers portés par les amis que je voulais inviter sont tellement forts que j’aurais trouvé ça dommage de noyer ces mondes dans une impro sans filet où chacun laisse la place aux autres. Parce que tout ces gens là sont aussi de fantastiques humains, curieux de l’autre et à l’écoute, humbles.»

Gaspar Claus.

Le lendemain, le public est accueilli par la guitare de Bryce Dessner, en train d’improviser dans un coin, et les sons créés par Emil Bognar-Nasdor à l’aide de bandes magnétiques. Gaspar Claus prend le temps d’expliquer, «dans [son] anglais approximatif», ce que la soirée leur réserve. «Je crois qu’ensuite, nous n’avons plus dit grand-chose, il était assez évident de voir qui était l’auteur du morceau joué. On était à chaque fois tournés vers lui et clairement concentrés sur lui!» Les spectateurs savourent le spectacle, conscients de vivre un moment aussi unique pour eux que pour leurs hôtes d’un soir. Avant d’être raccompagnés par la musique de Rone, autre ami de Gaspar Claus, de passage à New York à l’époque.

Il n’aurait pu rester de cette soirée que quelques photos et les souvenirs des chanceux présents à Littlefield. Mais «comme nous étions vraiment nombreux sur scène, pour une petite salle où nous étions payés à la recette, j’ai proposé aux copains de mettre nos revenus dans un enregistrement multipiste de la soirée. Et leur ai fait la promesse qu’un jour, d’une manière ou d’une autre, j’allais leur filer un beau disque avec cet enregistrement.»

Trois ans après, ce beau disque sera enfin bientôt entre leurs mains, et peut-être entre les vôtres, en édition très limitée. Une campagne de financement participatif a ainsi été lancée jusqu'au 28 juin sur le site Microcultures pour aider à la production, du mix au pressage des disques, d'un double vinyle, uniquement disponible via cette campagne, et accompagné, selon le montant de la participation, de quelques bonus, comme un morceau de la partition créée par Clara Claus. «Comme l’était la soirée, la diffusion de ce disque sera éphémère. L’édition est limitée au temps de la campagne. On crée ainsi de l’urgence, de la rareté. On ne parie pas sur une existence à long terme.»

La campagne servira également à financer les prochaines One Night Stand, car Gaspar Claus ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. «J’ai pleins d’envies, mais rien de décidé encore. Je suis très familier de Tokyo. Reykjavik, il y aurait de quoi faire. Paris, ou pourquoi pas Nantes. Montréal, évidemment. Je t’avoue que tout me semble possible.»

En attendant, écoutez donc au début de l'article un nouvel extrait exclusif de la soirée, encore non mixé donc: la contribution des She Keeps Bees, «It Is What It Is».

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