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L'hôpital public au bord du burn-out

Partout, on demande aux personnels hospitaliers de faire plus et mieux, avec moins et pire. Aujourd'hui, il faut les remettre au cœur des décisions qui concernent l’hôpital. Par Laurent Berger et Nathalie Canieux (CFDT).

Régulièrement, nous allons à la rencontre des salariés et des agents dans les hôpitaux. Ce sont des femmes et des hommes, épuisés et en colère, mais pourtant toujours passionnés par leur travail et qui ne se résignent pas. Ils portent le système à bout de bras.

Car ils nous le disent; ils sont profondément attachés à leurs métiers parce qu’ils ont la certitude que ce qu’ils font a du sens et est utile à la société. Mais ils n’en peuvent plus de travailler dans ces conditions intenables.

Partout, on leur demande de faire plus et mieux, avec moins et pire. Manque de personnel; intensification et dégradation des conditions de travail; remise en cause des règles de santé et de sécurité... Les salariés et les agents du service public hospitalier subissent des restructurations silencieuses depuis des années. Ils sont de plus en plus nombreux à connaître la précarité. Ils sont inquiets pour leur avenir et pour celui des personnes dont ils prennent soin.

Cette situation est la conséquence de vingt ans de choix de politique publique de la santé dictés par des considérations purement budgétaires. Et cela continue! Les dernières annonces prévoient de limiter l’augmentation de la masse salariale à 1,5%, de trouver plus de 700 millions dans les fonds de tiroirs, sans se soucier de mettre en péril le fragile équilibre financier –et social– que certains établissements avaient réussi à trouver.

Ces choix procèdent d’une logique de court terme dont toute la société paiera très cher les conséquences pour l’avenir.

En effet, que peut-on espérer d’un service public hospitalier fondé sur la précarité, l’épuisement, la défiance et l’amertume de ses 900.000 professionnels?

Que coûtent à la collectivité les absences maladies, les inaptitudes, le manque d’attractivité du secteur pour les jeunes?

Comment peut-on vouloir un service public accessible à tous et pousser pour le développement de l’ambulatoire à marche forcée, pour l’augmentation constante de l’activité et la marchandisation de l’hôpital, sur le modèle du privé?

Comment a-t-on pu en arriver là quand on sait à quel point la santé et le soin sont les biens les plus précieux d’une société?

Imaginons que les citoyens soient aux commandes et qu’ils puissent allouer les ressources de la Nation en fonction de leurs priorités. Il y a de grandes chances qu’ils mettent des moyens pour que leurs proches malades soient bien accueillis, biens soignés et pour que les professionnels qui les prennent en charge travaillent dans la sérénité.

Si on veut relever les nombreux défis sociaux, générationnels, qui sont devant nous, et construire une société où la qualité de vie et la qualité du vivre-ensemble importe, il faut arrêter de traiter la santé comme un budget à rationaliser. Il faut une ambition pour le service public hospitalier, et une stratégie cohérente avec celle-ci.

La loi santé reste au milieu du gué. Si elle pose les premières pierres d’un nouveau modèle qui coordonne tous les acteurs autour du patient, elle n’engage pas les investissements nécessaires, ni n’affirme clairement la place de l’hôpital dans ce modèle.

Et pourtant, investir dans les personnels hospitaliers est une urgence et une nécessité absolue. Il faut valoriser leurs emplois, qui produisent des richesses sur les territoires et sont non délocalisables. Il faut leur donner la reconnaissance salariale qu’ils méritent. Et mettre l’accent sur la formation pour développer des alternatives à l’hospitalisation dans le cadre d’un projet de santé cohérent.

Mais surtout, il faut remettre les personnels au cœur des décisions qui concernent l’hôpital. Ils vivent l’hôpital au quotidien, ils sont donc les mieux placés pour identifier ce qui fait problème et construire des solutions pour améliorer la prise en charge des patients. Créons des espaces d’expressions et ouvrons de vraies discussions sur les conditions et l’organisation du travail, sur la qualité de vie au travail!

Aucune stratégie ambitieuse ne peut se faire sans dialogue social. C’est ainsi que nous donnerons aux citoyens le service public hospitalier de qualité qu’ils sont en droit d’attendre.

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