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Enfin une poupée noire aux cheveux crépus (mais ça n'est pas suffisant)

Photo extraite du Kickstarter d'Angelica Sweeting.

Photo extraite du Kickstarter d'Angelica Sweeting.

«Il est temps pour les parents d'enseigner aux jeunes enfants que dans la diversité, il y a de la beauté et de la force.» Cette déclaration de la poétesse et militante afro-américaine Maya Angelou pourrait également s'appliquer aux fabricants de jouets et aux producteurs de dessins animés pour enfants. Cela faciliterait très probablement la tâche desdits parents.

En ce qui concerne les modèles proposés dans les grandes productions cinématographiques, il existe encore une énorme marge de progression. L'uniformité des personnages Disney a été maintes fois prouvée. Plus précisément, Slate.fr avait également démontré que les cheveux bouclés étaient le modèle capillaire minoritairement exposé aux enfants.

Au rayon des poupées pour petites filles et petits garçons, il suffit de se rendre dans n'importe quel magasin de jouets pour constater que les produits proposés aux enfants sont dans leurs grande majorité des baigneurs ou des poupées blanches. Quand Mattel se décide à commercialiser une poupée Barbie noire, elle est deux fois plus chère que sa copine blanche et blonde. En France, la marque phare Corolle propose sur son site des dizaines de poupons blancs, mais seulement une ou deux poupées noires et une poupée asiatique par catégorie.

Comment s'étonner, alors, que les petites filles noires ou métisses, aux cheveux frisés ou crépus peinent à s'identifier à leurs jouets? C'est exactement ce qu'a pu constater Angelica Sweeting, mère de deux petites filles, auprès de son ainée, Sophia.

«Ma fille n'aimait pas ses boucles et ses frisottis à cause de la poupée que je lui mettais chaque jour entre les mains. Elle voulait de longs cheveux lisses, et a même commencé à se plaindre de ses traits et de sa couleur de peau», raconte la mère au Daily Mail. Après avoir un temps songé à «brûler toutes les poupées» de Sophia, Angelica Sweeting a voulu proposer à sa fille une poupée en laquelle elle pourrait se reconnaitre et qui lui permettrait de lutter contre ses complexes naissants.

Elle fabrique alors elle-même une poupée «dont le visage est celui d'une magnifique fillette noire, avec un nez plus large, des lèvres pleines, de jolies pommettes et des yeux marrons». La poupée a surtout une longue chevelure frisée, faites de vrais cheveux qui peuvent être lavés, brossés, tressés, bouclés au fer ou enroulés dans un turban.

Décidée à pouvoir la mettre à disposition d'un maximum d'enfants, elle lance une campagne sur Kickstarter, qui très vite atteint près de 40.000 dollars de financements. De nombreuses femmes se prennent en photo avec la photo et publient le résultat sur les réseaux sociaux avec le hashtag #imnaturallyperfect


 

 

Beauty!! #imnaturallyperfect #angelicadoll

Une photo publiée par _____ naturally perfect. (@naturallyperfectdolls) le


 

 

Angelica favors so many different women of color. #imnaturallyperfect #theangelicadoll

Une photo publiée par _____ naturally perfect. (@naturallyperfectdolls) le


Si elle obtient les financements suffisants, Angelica Sweeting s'est engagée à fabriquer la poupée en série et à leur adjoindre des carrières professionnelles intéressantes et valorisantes «parce qu'il est temps que les petites filles aient accès à de nouveaux standards».

L'initiative est évidemment en tout point réjouissante et n'est pas sans rappeler celle de Taofick Okoya, un homme d'affaires nigérian qui, après avoir cherché en vain une poupée noire pour sa nièce, avait lancé sa propre collection de poupée baptisée «Queens of Africa».

On ne peut en revanche que déplorer le fait qu'à chaque fois, il s'est agit d'une initiave personnelle financée par le crowdfunding ou une fortune personnelle. Les grandes marques, elles, continuent à proposer les mêmes produits standardisés aux enfants, en faisait fi des sentiments que peut susciter le fait de jouer avec des objets en qui on ne se reconnaît pas. Certes, une récente campagne pour les produits Dove avait évoqué  les complexes de ces petites filles qui ont parfois «envie de s'arracher les cheveux» ou qui «tirent sur leurs boucles pour les détendre». Mais l'heure n'est plus au bilan mais au passage à l'acte. Il est temps que tous les fabricants de jouets se décident enfin à proposer des produits qui ne soient pas source de détestation de soi pour des millions de fillettes.

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