France / Culture

Cannes 2015: un palmarès qui ravit les autorités françaises, mais qui souligne ce qui ne va pas en France

Temps de lecture : 2 min

Le jury présidé par les frères Coen a notamment récompensé un film sur la violence des banlieues («Dheepan») et un autre sur l'horreur économique («La loi du marché»).

Vincent Lindon (gauche) dans La loi du marché de Stéphane Brizé
Vincent Lindon (gauche) dans La loi du marché de Stéphane Brizé

Le palmarès du Festival de Cannes 2015, dont le jury était présidé par les frères Coen, a récompensé plusieurs films français à travers la Palme d'or (pour Dheepan de Jacques Audiard) et les prix d'interprétations (pour Vincent Lindon et Emmanuelle Bercot, qui partage le sien avec l'américaine Rooney Mara). Ce qui a réjoui les autorités françaises. Manuel Valls, qui était présent à Cannes pour quelques projections, a tweeté:

Jean-Paul Huchon, président de la région Ile-de-France, a lui aussi lancé:

Et la Région elle-même:

Chômage, violence

Dheepan, de Jacques Audiard, DR.

On saluera le fair-play de ces autorités, car les films récompensés sont loin des films comme Amélie Poulain ou La Môme, qui font si bien office d'opération de communication touristiques. (On notera d'ailleurs que c'est la troisième fois en sept ans, après Sean Penn pour Entre les murs et Steven Spielberg pour La Vie d'Adèle, qu'un artiste hollywoodien sacre un film français au sujet très contemporain.)

Le film de Jacques Audiard, Dheepan, raconte ainsi l'arrivée en France de réfugiés tamouls, pris dans la violence des banlieues qui leur fait perpétrer des actes dignes des gangs mafieux scorsesiens.

Le très beau film de Stéphane Brizé, La Loi du marché, qui a valu à Vincent Lindon le prix d'interprétation, raconte de son côté la difficuté qu'il y a à exister en tant qu'individu libre sur le marché du travail actuel, rongé par les impératifs de profits, de normativité et d'efficience... Et s'ouvre sur une scène dans un triste bureau de Pôle Emploi, dont on comprend en quelques phrases l'impuissance et les travers.

Seul Mon Roi, de Maïwenn, qui a valu à Emmanuelle Bercot un prix d'interprétation ex-aequo, ne raconte aucune facette sociétale violente du pays... Bercot avait, elle, ouvert le Festival avec un film qu'elle réalisait: La Tête haute. Ce film était un hommage à la manière dont les associations, et la justice des mineurs, font tout leur possible pour aider les enfants auxquelles elles sont confrontées, mais c'était aussi un portrait virulent de milieux sociaux laissés à l'abandon.

Mais s'il ne met pas en avant une société française en bonne santé, ce palmarès 2015 fait en revanche honneur à l'exception culturelle française et à la possibilité toujours renouvelée, grâce au système de financement du cinéma hexagonal, de tourner des films exigeants, qui n'ont pas vocation à devenir des produits commerciaux attirant un public massif. Une exception culturelle sur laquelle s'était fortement engagé le gouvernement précédent.

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