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A Tokyo, cette horloge française défie pesanteur et secousses sismiques

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La plus grande horloge-squelette au monde vient d'être inaugurée à Tokyo. Et, cocorico! On doit cette œuvre monumentale, qui s'affiche crânement en vitrine d'un des plus récents magasins branchés de la capitale japonaise, au talent d'un designer français.

Avant d'être suspendue à la façade d'un concept-store du quartier d'Aoyama, auquel elle doit son nom, l'horloge a fait du chemin. Celui-ci relie Besançon au Japon, en passant par Paris: l'histoire de sa conception révèle une suite d'heureux hasards.

En 2013, le décorateur et scénographe japonais Kazunori Matsumura découvre lors d'une visite du salon Maison&Objet les horloges comtoises contemporaines sans cadre d'Utinam, société fondée par Philippe Lebru. Les créations de la firme bisontine, en verre, en inox ou matériaux composites, ont déjà raflé nombre de prix de design et d'innovation. Séduit, Mastumura commande une des pièces pour son atelier de Tokyo.


Plutôt que faire livrer l'horloge, l'acquéreur préfère venir la chercher lui-même, à la source. Arrivé à Besançon, à peine pose-t-il un pied hors du TGV qu'il tombe nez à roue avec la «Matrice», horloge monumentale signée Utinam, installée dans un salon voyageurs. Plus loin, au cœur de la ville, une autre création monumentale de Philippe Lebru attire son attention depuis le fronton du Musée des beaux-arts de Besançon.

Matsumura, avant même de rejoindre les locaux d'Utinam, a décidé qu'il ramènera coûte que coûte une de ces uniques et gigantesques horloges au Japon. Mais, considérant l'importance de l'activité sismique du pays, est-il envisageable de suspendre à plusieurs mètres de hauteur une œuvre lourde d'une tonne, et de surcroît en mouvement? Philippe Lebru et son équipe relèvent le défi. 

Son créateur criera plus tard sa joie devant cet «enchevêtrement de mouvements circulaires et pendulaires», doté d'un pendule long de 4 mètres pour une longueur totale de 5 mètre et 4 mètres de largeur (les roues mesurent entre 1,5 et 2,3 mètres de diamètre). Pour le moment, il va falloir faire preuve d'imagination et mobiliser de nombreux talents et savoir-faire. Autour de l'équipe d'Utinam, Philippe Lebru réunit les experts les plus réputés de l'horlogerie française. La pré-étude de ses dessins est confiée à l’Université de Franche-Comté et à l’École d’horlogerie de Morteau, tandis que sept entreprises spécialisées se partagent la fabrication. L'ensemble des pièces est enfin assemblé dans les bâtiments de la «Friche Culturelle» de Besançon.


En mai 2014, lors de la Biennale de Venise, l’architecte japonais Tomoyuki Utsumi donne l'ultime validation à ce projet quasi utopique, mettant en œuvre des systèmes innovants et inédits.

«Par exemple», détaille Philippe Lebru, «le levier entraîne par sa force gravitationnelle le balancier composé d’aimants permanents, tandis que le cadran formé d’un train épicycloïdal permet de faire tourner un satellite au rythme de la seconde, en périphérie intérieure de celui-ci.»

L'horloge résistera aux tremblements de terre comme aux typhons. Sur une des roues de l'insensée création d'inox, d'aluminium et de matériaux composites, les Japonais découvrent le 9 avril ces mots gravés en français:

«Nous sommes les enfants que le temps fait grandir dans le cercle de la vie.»

Beau comme un haiku, fou comme un projet de Jules Verne.

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