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Les réactions de l’opposition irlandaise au mariage gay sont très différentes de celles des opposants français de 2013

Un couple s'embrasse à Dublin alors que les premières estimations sur le référendum portant sur le mariage gay viennent de tomber, le 23 mai 2015. REUTERS/Cathal McNaughton

Un couple s'embrasse à Dublin alors que les premières estimations sur le référendum portant sur le mariage gay viennent de tomber, le 23 mai 2015. REUTERS/Cathal McNaughton

L’Irlande vient d’accorder, par référendum, le droit de se marier aux personnes homosexuelles.

Vendredi 22 mai, un référendum historique a eu lieu en Irlande sur la question du mariage gay. Il prend place 22 ans à peine après la dépénalisation de l’homosexualité dans le pays, comme nous vous l’expliquions ici. Le lendemain, les réactions des partisans du «oui» sont arrivées bien avant les résultats officiels:

«Les principales urnes sont ouvertes. C’est le oui (qui l’emporte). Et même une victoire écrasante à Dublin. Je suis tellement fier d’être Irlandais aujourd’hui», a déclaré Aodhan O Riordain, secrétaire d’Etat pour l’Egalité. 

De leur côté, les opposants au mariage homosexuels ont déjà reconnu leur défaite d’une façon plutôt bienveillante, ou du moins sans animosité, étant donné l’ampleur du score du «oui».

«Tout le monde prédisait une victoire du “oui”… et il semble que ce soit le cas en ce moment. C'est décevant», a déclaré John Murray, membre du groupe de réflexion catholique Iona Institute, qui militait ardemment contre le mariage gay. 

David Quinn, directeur du même institut, a vite reconnu sur la chaîne irlandaise RTE la «claire victoire pour le camp du oui». «C’est objectivement une victoire impressionnante pour le oui», a-t-il ajouté avant d’adresser ses «félicitations» aux partisans du mariage homosexuel.

L’indépendant Mattie McGrath, qui l’un des deux seuls parlementaires ouvertement opposé au mariage gay, a déclaré, dans le live du Irish Times

«Le peuple a parlé. C’est très bien d’avoir un bon taux de participation. Nous devons féliciter le camp du “oui” pour leur victoire et espérer que les promesses faites par les membres du gouvernement vont être tenues.»

Le sénateur Ronan Mullen n’a pas caché sa déception dans le Irish Times, mais a aussi expliqué qu’il y avait «beaucoup de bonté chez les Irlandais, et beaucoup de bonté chez les gens ayant voté “oui” comme chez ceux ayant voté “non”.»

Des réactions qui, malgré un climat largement favorable au «oui» en Irlande, contrastent avec les réactions en France il y a exactement deux ans de cela, quand Parlement français promulguait définitivement le mariage pour tous. À l’époque, les réactions des opposants au mariage pour tous étaient diamétralement opposées à ce que l’on peut voir aujourd’hui en Irlande. Que ce soit au moment du vote au Parlement, de la validation par le Conseil d’Etat ou de sa mise en application, la loi sur le mariage gay n’a jamais cessé de provoquer l’indignation, principalement à droite et dans les mouvement religieux. 

Alors que, lors du vote de la loi par le Sénat en avril 2013, Christian Jacob, membre de l'UMP, estimait que François Hollande prenait «le risque d'une confrontation violente avec les Français», la présidente du Parti chrétien-démocrate Christine Boutin est allée jusqu'à parler de «guerre civile» sur Twitter:

La porte-parole du collectif anti-mariage homosexuel La Manif pour tous Frigide Barjot était allée encore plus loin, dans une déclaration à l'AFP:

«Hollande veut du sang, il en aura! Tout le monde est furieux. Nous vivons dans une dictature»

Et après l’avis du Conseil constitutionnel le mois suivant, même chose: Christine Boutin affirmait que la France allait «entrer en résistance». Hervé Mariton, de l'UMP, donnait rendez-vous à la France aux prochaines élections présidentielles de 2017 afin d’envisager un «autre projet pour la famille». Pour Frigide Barjot, il s'agissait d'une «provocation». Selon, elle, la France était en train de changer de «civilisation»«C'est une révolution institutionnelle. Nous sommes en train de changer de civilisation, de régime», disait-elle. 

Certes, il ne s’agissait pas comme en Irlande d’un référendum, et la classe politique française était bien plus divisée. Il faudra maintenant voir si la mise en place de la réforme irlandaise créera autant de remous qu’en France, où les manifestations et les débats s’étaient prolongés pendant plusieurs mois après la promulgation de la loi. 

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