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Le PS s'est trouvé une majorité, mais cherche encore des adhérents

Rose fanée par Pierre Laville / Flickr CC License by.

Rose fanée par Pierre Laville / Flickr CC License by.

Seulement 75.000 personnes ont participé au vote sur les motions, dans un parti dont le nombre de militants s'effrite depuis plusieurs décennies. Un reflet d'une tendance générale en Europe.

Au-delà de la victoire de la motion portée par Jean-Christophe Cambadélis, l'autre enseignement du scrutin organisé en vue du congrès du PS à Poitiers est que de moins en moins de militants s'impliquent dans la vie du parti. Sur 130.000 personnes appelées à départager les quatre motions en lice, seules 75.000 auraient participé au vote, selon les chiffres provisoires communiqués par le secrétaire national aux élections, le député Christophe Borgel.

La rose peu à peu perd ses pétales. Selon des données compilées par France TV Info, ils étaient 280.000 adhérents en 2006, soit plus de deux fois plus que pour ce congrès: à elle seule, cette année-là, Ségolène Royal, victorieuse de la primaire réservée aux adhérents, avait recueilli près de 109.000 voix, 30.000 de plus que le nombre de votants jeudi... Depuis, on a assisté à un effritement régulier: 232.000 adhérents en 2008, 203.000 en 2009, 174.022 en 2011,  170.000 en 2013, 160.000 en 2014.

Tendance à la baisse depuis trente ans

Les chiffres de la participation s’effondrent aussi: on est bien loin des scores de la première moitié des années 2000, où respectivement 84% et 77% des inscrits avaient voté lors des congrès de Dijon et du Mans. Depuis Reims, en 2008, la participation plafonne à un peu plus de 50% des inscrits.

Depuis trente ans, il y a bien une «tendance baissière», reconnaît l’historien du PS Alain Bergounioux, encarté au parti. Mais il y a aussi des cycles, relativise-t-il, qui sont liés à l’exercice du pouvoir. Ainsi, il y aurait eu selon lui une remontée du nombre d’adhérents à la veille de l'élection présidentielle, qui suscite à chaque fois des inscriptions. Le cycle de baisse dans lequel nous sommes serait quant à lui largement dû à l’exercice du pouvoir, qui démobilise les militants. «Les périodes d’exercices de pouvoir créent plus de mécontentements que de satisfaction», résume l’historien.

Qui donc s’en va chez les militants socialistes? Difficile à dire. Il n’y aurait pas de différence sociologique précise entre les militants qui restent et ceux qui s’en vont, selon Alain Bergounioux. Le parti est assez homogène: «Ce ne sont pas les ouvriers qui s’en vont et les bourgeois qui restent.» Une étude pilotée par les chercheurs Claude Dargent et Henri Rey pour le Cevipof, publiée en décembre 2014, a en effet montré que les cadres et professions intellectuelles supérieures d’un côté et les professions intermédiaires de l’autre représentaient 50 et 20 % des adhérents du PS, soit 70% au total, contre environ 40% dans la population française. Certaines fédérations sont cependant plus touchées, mais ceci s’explique en général par des évènements précis, et non par une sociologie locale particulière. Les Bouches-du-Rhône, touchées par l’affaire Guérini, ont plus perdu, tout comme le Pas-de-Calais, mis sous tutelle pendant un temps.

Pari des primaires

C’est plus largement une désaffection de la politique, largement décrite et illustrée par les chiffres de participation aux élections générales, qui est aussi à l’origine de cette baisse. Les citoyens désertent les formes de mobilisation classiques et préfèrent des structures moins partisanes, moins «professionnelles» et plus proches d’eux. La chercheuse Hélène Balazard décrit dans un livre sorti ce mois-ci, Agir en démocratie, des salles combles aux réunions des London Citizens, un groupe de pression britannique regroupant près de 250 associations membres, qui mêle les principes du syndicalisme et de l’enquête sociale en partant des demandes des citoyens. A l’opposé, les observateurs de la vie politique ne peuvent que constater des salles «clairsemées» ou «à moitié vides» aux débats organisés par les partis, comme le faisait remarquer le journaliste de Médiapart Stéphane Alliès dans un récent article.

La tendance est générale et touche tous les partis, de gauche comme de droite, dans toute l’Europe. Lors de l'élection du président de l’UMP en 2014, la participation a légèrement dépassé les 58%, après 54% en 2012; elle est même descendue à 27% en 2013, quelques mois après la guerre ouverte en Fillon et Copé. Le SPD allemand avait près d’un million d’adhérents au milieu des années 1970, il en a désormais moins de 500.000, ajoute Alain Bergounioux.

Jusqu’à quel niveau cette baisse peut-elle aller? Un parti peut-il se passer d’une base militante forte et impliquée? Les primaires peuvent-elles susciter de nouvelles vocations et pourront-elles changer la donne? C’est en tous cas le pari que fait le PS, et désormais l’UMP. Pour l’instant, cela n’a pas vraiment été efficace, ou très ponctuellement...

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