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Au PS, l’ère Cambadélis a vraiment commencé

Jean-Christophe Cambadélis. REUTERS/Charles Platiau.

Jean-Christophe Cambadélis. REUTERS/Charles Platiau.

Le premier secrétaire a su se placer au cœur des équilibres d’un courant majoritaire bigarré. Mais saura-t-il se servir de sa nouvelle marge de manœuvre pour faire pression sur l'exécutif en vue de la prochaine présidentielle?

On peut décidément leur faire avaler n’importe quoi. Les militants socialistes ont prouvé, en ce joli mois de mai, qu’ils étaient dotés d’un estomac à toute épreuve. Bon gré, mal gré, ils viennent d’ingurgiter l’énorme couleuvre que représente la politique gouvernementale au regard des engagements du candidat Hollande de 2012.

Cet acquiescement, qui a porté sur la motion A défendue par Jean-Christophe Cambadélis à quelques 60% des suffrages militants, n’est certes pas marqué du sceau de l’enthousiasme. Seulement un peu plus d’un adhérent du PS sur deux a participé au vote de ce jeudi sur les motions. Mais les contestataires de la motion B essuient bel et bien une défaite. En rassemblant moins d’un tiers des militants dans le contexte actuel, les différentes sensibilités de la gauche du parti, exceptionnellement réunies, font le constat que son centre de gravité s’éloigne de leurs conceptions.

Dévitalisation et droitisation

Car le PS connaît une mue à ne pas négliger. Il est à la fois en voie de dévitalisation et de droitisation. La première affaiblit le parti à tous les niveaux. Les récents scrutins ont rétréci singulièrement son réseau d’élus locaux. Le nombre d’adhérents a fortement chuté au cours de la dernière période. On ne compterait que 130.000 «adhérents actifs» aujourd’hui, contre 170.000 il y a seulement trois ans et 280.000 en 2006.

Il est probable que ce sont les militants les plus critiques à l’endroit du virage «libéral» opéré par l’exécutif qui se sont éloignés sur la pointe des pieds. Ceux qui sont restés, sans doute les plus liés aux positions de pouvoir encore tenues par le parti, sont par nature plus sensibles aux argumentations «réalistes».

Le glissement à droite du corps militant du PS trouve son pendant du côté de son électorat. Aujourd’hui, par exemple, 74% des sympathisants socialistes souhaitent que «l’Etat fasse confiance aux entreprises et leur donne plus de liberté». Ils n’ont pas l’air, ce faisant, de souhaiter comme les «frondeurs» que les aides accordées dans le cadre du «pacte de responsabilité» soient soumises à des conditions de résultats.

Le sacre de Cambadélis

Le vote des militants exprime, en tous cas, un indéniable succès personnel pour Jean-Christophe Cambadélis. Parvenu au poste de premier secrétaire, sur lequel il lorgnait depuis belle lurette, à l’occasion de la déroute municipale socialiste de mars 2014, le voici enfin légitimé par la base et pas seulement par un vote du conseil national du parti.

Le premier secrétaire sera confortablement réélu, la semaine prochaine, par les militants, avec un pourcentage sans doute un peu plus élevé que sa motion (mais peut-être une participation encore plus faible). Son habileté a fait merveille dans la préparation de ce congrès. «Camba» a su mêler astucieusement cinquante nuances de rose dans une motion signée à la fois par Manuel Valls et Martine Aubry.

Il a ainsi su se placer au cœur des équilibres d’un courant majoritaire bigarré. Nul doute qu’il goûte à sa juste mesure cette victoire. Cambadélis est l’une des très rares personnalités politiques à apprécier, pour lui même, le rôle de chef de parti. Marchant sur ses 64 ans, l’ancien militant trotskiste ne nourrit guère d’autre ambition que de sauver la vieille maison socialiste du naufrage qui la menace.

Un rôle central

Tout cela ne nous dit pas clairement comment le nouvel homme fort du PS va utiliser sa marge de manœuvre. Le premier secrétaire est un socialiste modéré, converti à la social-démocratie depuis de nombreuses années, mais peu convaincu par le révisionnisme libéral porté par Emmanuel Macron ou même Manuel Valls.

Au centre du dispositif socialiste, il pourrait peser en prenant appui sur les contradictions internes au vaste courant majoritaire qu’il dirige. Sur la réforme fiscale comme sur d’autres sujets, la motion A comporte des propositions que le parti pourrait gentiment rappeler aux ministres qui l’ont signé. Il y est notamment question de prélèvement de l’impôt sur le revenu à la source et d’un rapprochement avec la CSG. Mais Michel Sapin, ministre des Finances, comme Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales, ont déjà publiquement fait part de leur désaccord ou de leur réticence.

S’il entend ne pas abandonner ses propositions au sort de simples hochets destinés à capter le vote militant, «Camba» devra faire pression sur l’exécutif en faisant voter le parti sur des propositions précises. Christian Paul, tête de file de la motion B, s’est clairement inscrit dans cette perspective dés le lendemain du vote. «Il y a une majorité d'idées pour demander des réorientations», a-t-il déclaré. Tournant «la page de la fronde parlementaire», Paul espère que «c'est au sein du Parti socialiste que des majorités pourront se dégager».

Rien n’assure que Cambadélis se prêtera véritablement à ce genre de jeu. Il pourrait néanmoins y être partiellement incité par la logique même de la fin du quinquennat hollandais. Le président de la République, dont le souhait de réélection ne fait guère de doute, aura besoin d’envoyer quelques signaux de gauche à un électorat qu’il a tant brusqué. La pression du parti pourrait alors lui être utile pour contre-balancer les tropismes droitiers de son Premier ministre et de quelques autres éminences. Sans qu’une réorientation de fond de la politique suivie soit pour autant envisageable...

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