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Monaco, la formule pour un circuit qui nous sort de l'ennui

Fernando Alonso, Grand Prix de Monaco 2010. REUTERS/Max Rossi

Fernando Alonso, Grand Prix de Monaco 2010. REUTERS/Max Rossi

La routine commence à taper sur les nerfs des fans de Formule 1. Qui en revanche se retrouvent pour le Grand Prix de Monaco, qui avec Singapour –lui aussi en ville–, reste l'un des plus excitants.

La Formule 1 a du mal à se défaire d’un qualificatif qui lui colle désormais au casque: ennuyeuse. Et ce ne sont pas les cinq premiers Grands Prix de la saison courus en Australie, en Malaisie, en Chine, à Bahreïn et en Espagne qui auront contribué à modifier cette perception tant les courses ont notamment été trop dominées par les Mercedes de Lewis Hamilton et Nico Rosberg dans des processions presque ordonnées jusqu’à l’arrivée.

«La piste la plus excitante»

Seul le succès surprise en Malaisie de Sebastian Vettel, sur Ferrari, a permis au paddock de croire à un petit miracle scénaristique avant de replonger dans une forme de routine qui commence à taper sur les nerfs des fans.

A Barcelone, lors du récent Grand Prix d’Espagne, seulement 86.000 spectateurs ont été comptabilisés le jour du Grand Prix, soit 5.000 de moins qu’en 2014, et il n’y avait personne pour croire à la réalité de ce total tant les tribunes étaient clairsemées en certains endroits en dépit de la présence sur la piste de Fernando Alonso.

Heureusement, le Grand Prix de Monaco, disputé dimanche 24 mai, se présente au calendrier pour tenter de ranimer la flamme avec l’aura qui est la sienne, c’est-à-dire avec la réputation du Grand Prix le plus prestigieux de la saison. «C’est le circuit le plus légendaire du calendrier, la piste la plus excitante et la plus délicate», a dit Nico Rosberg, vainqueur à Monaco en 2013 et 2014.

Alors que le Grand Prix de France n’existe plus depuis 2008 et au moment où le Grand Prix d’Allemagne est rayé du programme en 2015 en raison de difficultés économiques et malgré la présence au plus haut niveau de Nico Rosberg et Sebastian Vettel, Monaco continue d’ancrer la Formule 1 dans une histoire foisonnante depuis le lancement du Championnat du monde en 1950. Et ce statut à part pourrait être encore renforcé dans les années qui viennent, puisque le Grand Prix d’Italie, couru sur le mythique, mais vieillissant, circuit de Monza, est à son tour menacé de mise à l’écart par l’intransigeant Bernie Ecclestone, l’argentier de la série.

Monaco résiste

C’est le paradoxe de la Formule 1. Un tracé comme Monaco n’est plus adapté aux canons actuels du Championnat du monde et devrait être, en principe, mis à l’index à cause de ses rues étroites enserrées entre deux rails de sécurité et du manque général d’espace pour les équipes. Des pistes au passé glorieux comme Imola, en Italie, Brands Hatch, en Grande-Bretagne, ou Zandvoort, aux Pays-Bas, n’ont pas survécu aux nouveaux impératifs techniques imposés et ont été abandonnées par la F1 parce qu’elles ne se conformaient plus à la modernité. Mais pas Monaco, qui résiste sans soucis à l’épreuve du temps.

Le Grand Prix reste même indispensable aux yeux des plus passionnés qui sont conscients que les courses peuvent y être également lancinantes parce qu’il est pour ainsi dire impossible de doubler en Principauté, mais comme nulle part ailleurs, les circonvolutions anachroniques de ce circuit de 3,34 km, avec des pièges permanents en cas de relâchement de la concentration, maintiennent l’éveil du spectateur jusqu’au baisser du drapeau à damiers.

En 1996, la course s’était terminée, par exemple, avec seulement... trois pilotes sur la piste avec, comme vainqueur sur Ligier, Olivier Panis qui reste, depuis cette date, le dernier pilote français ayant gagné un Grand Prix. Un violent orage juste avant le départ avait complètement redistribué les cartes et cinq coureurs, dont Michael Schumacher en pole-position, n’avaient pas réussi à boucler le premier tour.

Personne n’a oublié non plus qu’en 1988, Ayrton Senna, le maître des lieux avec six succès, s’était laissé surprendre, tout seul, au virage du Portier, à 11 tours de la fin, alors qu’il se dirigeait paisiblement vers la victoire avec une large avance sur Alain Prost.

En remontant plus loin dans le temps, en 1955, Monaco avait offert l’une des images les plus dramatiques de l’histoire de la F1. Champion du monde en 1952 et 1953, Alberto Ascari avait perdu le contrôle de sa Lancia Ferrari en raison de la fumée émanant de la Mercedes de Stirling Moss qui le précédait. Il s’était déconcentré à la chicane et avait plongé dans le port. 


Heureusement pour lui, plus de peur que de mal avec quelques simples égratignures au visage. Quatre jours plus tard, lors d’essais à Monza, Ascari s’était tué. La chance l’avait cette fois abandonné.

Réussir à bloquer un adversaire pourtant plus rapide, comme Ayrton Senna intraitable face au véloce Nigel Mansell en 1992, peut être un autre spectacle fascinant sur le tourniquet monégasque.

Graham Hill, ancien double champion du monde et vainqueur cinq fois à Monaco, avait résumé, d’une formule, la situation:

«Monaco vous offre tout ce que vous pouvez trouver au bord d’une route: des lampadaires, des arbres, des bordures, des caniveaux, des boîtes de nuit... C’est un tracé routier dans toute l’acception du terme

Ce que ne sont justement pas les circuits modernes sortis de l’imagination de l’architecte allemand Hermann Tilke, maître d’œuvre, entre autres, des récents circuits d’Abu Dhabi, de Bahreïn, ou d’Austin, au Texas, dont le dessin a intégré la nouvelle norme indépassable du sport automobile, la sécurité, véritable cheval de bataille de Jean Todt, le président de la Fédération internationale automobile (FIA). 

Ce sont de belles «autoroutes» avec de larges zones de dégagement en cas de sortie de route, mais à rebours du parcours torturé et bosselé de Monaco où les pilotes, comme les spectateurs attentifs, sont sur un fil du rasoir permanent, notamment dans le passage de la piscine avec une approche faite en aveugle à une vitesse de 260km/h –très excessive compte tenu de l’exiguïté des lieux.

Le dramatique accident de Jules Bianchi, à Suzuka, au Japon, l’automne dernier, n’était pas dû à la piste, mais à la présence incongrue d’un véhicule venu relever une voiture mise hors course. La F1 est devenue très sûre quoi qu’on en dise. Osera-t-on dire trop prévisible?

Monaco est l’un des deux circuits en ville de l’année avec celui du Grand Prix de Singapour et, comme par «hasard», ce sont deux des courses qui captivent le plus parce que l’accident est au coin de la rue et parce que c’est aussi pour cette raison qu’on regarde, ou qu’on essaie encore de regarder, la Formule 1.

Pas question notamment de manquer le départ d’un Grand Prix marqué par le déboulement du peloton en furie au premier virage goulet de Sainte-Dévote avec, parfois, de gros dommages comme en 1980. 


Alors que la F1 imagine encore de s’inventer de nouvelles règles en 2017 en rendant les voitures encore plus rapides et plus bruyantes avec la réintroduction de ravitaillements en essence pendant la course, Monaco, Grand Prix le plus lent de l’année, ne bouge pas d’un centimètre dans son décor de carte postale.

«A chaque endroit, il faut être précis au centimètre sachant que le moindre dérapage peut anéantir votre week-end, a d’ailleurs constaté Lewis Hamilton, vainqueur du Grand Prix de Monaco en 2008. Au volant, tout est question d’adresse et de bravoure, ce qui rend cette course très spéciale

En 2009, quand il s’est imposé au bord de la Méditerranée au volant de sa Brawn GP, Jenson Button a parfaitement résumé l’état d’esprit de beaucoup:

«Avant le week-end, j’ai dit que ce Grand Prix n’était pas plus important que les autres. En fait, c’était juste un mensonge, une façon pour moi de m’enlever de la pression. Gagner ici est unique

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