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A quoi ressembleraient les unes des journaux si l'on utilisait les prénoms des hommes politiques?

Najat Vallaud-Belkacem à l'Assemblée nationale à Paris le 3 février 2015. REUTERS/Charles Platiau

Najat Vallaud-Belkacem à l'Assemblée nationale à Paris le 3 février 2015. REUTERS/Charles Platiau

«L'épreuve du feu pour Najat»

Tel était le titre d'un article du Parisien consacré à la réforme du collège, publié le 19 mai. Et ce titre n'a pas plu du tout à de nombreuses personnes, dont le minisre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports Patrick Kanner, qui s'en est indigné sur LCI:

«Quand je vois un grand journal titrer "Aujourd’hui, c’est l’épreuve du feu pour Najat", excusez-moi, ce sont des familiarités qui me choquent, c’est-à-dire que Najat Vallaud-Belkacem est une grande ministre de l’Education nationale et qu’elle mérite le respect de tous et de toutes. [...] On ne les a jamais appelés Alain [Savary], Claude [Allègre] ou Luc [Ferry]. [...] Là je pense qu’il y a vraiment eu des raccourcis autour de Najat Vallaud-Belkacem et que manifestement… je parle de familiarité avec une ministre, une ministre et j’insiste là-dessus.»

En fait, Le Parisien est loin d'être le premier à procéder ainsi, à l'image du Journal du dimanche en août dernier:

Interrogé à ce sujet dans la matinale de France Info, le 20 mai, la ministre de l'Éducation nationale semblait plutôt résignée:

«Depuis le début de ma vie politique, il en est ainsi, donc j'ai fini par m'y habituer. Je ne sais pas s'il faut trouver ça choquant ou pas. On est souvent plus familier avec les femmes qu'avec les hommes en politique.»

 

Jean-François Achilli: «C'est regrettable?»

 

«Ça dépend comment c'est fait, dans quel esprit, c'est fait. Parfois, c'est sympathique. Parfois, oui, on aimerait être vu comme un homme politique comme les autres et donc ne pas avoir de traitement particulier.»

Najat Vallaud-Belkacem n'est pas la seule dans ce cas.

Le Figaro Madame a consacré un long article ce week-end à cette fâcheuse tendance qu'a parfois la presse d'appeler les femmes politiques par leur prénom.

Et la France n'est pas la seule dans ce cas. Aux Etats-Unis, par exemple, le magazine Newsweek avait choqué en 2009 en titrant:

«How do you solve a problem like Sarah?» («Comment résout-on un problème comme Sarah?»)

Si c'est la photo –qui avait été prise pour le magazine «Runner's World»– qui avait retenu l'attention, on retrouvait là encore l'usage du seul prénom pour désigner Sarah Palin. Un problème qu'évoquait le site féministe Jezebel avant l'élection présidentielle 2008:

«Les femmes ont plus de chance d'être mariées à des hommes plus célèbres qu'elles, et sont plus susceptibles de prendre le nom de leur mari. Mais ces deux choses (et la dernière peut-être un peu moins) méritent de changer. Et une façon de le faire serait de montrer aux femmes politiques le même respect qu'aux hommes. Parce qu'appeler quelqu'un par son nom de famille est une marque de respect –une démonstration que cette personne est une adulte et que l'on ne peut pas être familier avec. En mettant en avant leur prénom, Clinton, Palin et [Kay Bailey] Hutchison font peut-être passer le message qu'elles sont sympathiques et pas menaçantes –mais si Obama et McCain n'ont pas eu à faire ça, pourquoi le devraient-elles?»

Pour prouver l'absurdité de cette pratique, nous avons décidé de n'utiliser que les prénoms d'hommes politiques pour une série de titres d'article de presse, tout comme Buzzfeed avait réécrit en les appliquant à des hommes des articles à tonalité sexiste écrits sur Najat Vallaud-Belkacem. Voici ce que cela pourrait donner en une du Monde, du Parisien, du Point et de L'Express:

Brexit: L'Europe face à la menace Cameron.


Le préféré, c'est Juppé


Ce que valent vraiment Sarkozy, Juppé et les autres
La rupture de Fillon


Et maintenant... Valls

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