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Pardon Maman d’avoir tué tes cellules, volé tes nutriments et pris le contrôle de tes hormones

 «Le voyage miraculeux», installation en bronze de Damien Hirst à Doha (Qatar) | Isabell Schulz via Flickr CC License by

«Le voyage miraculeux», installation en bronze de Damien Hirst à Doha (Qatar) | Isabell Schulz via Flickr CC License by

En cette fête des mères, j'aimerais m'excuser pour la pire chose que j'ai sans doute pu lui infliger. Une calamité que vous avez, vous aussi, imposée à votre mère.

La fête des mères est un jour pour exprimer son amour, sa gratitude et sa culpabilité. Oui, je me sens coupable pour tout ce que j'ai pu faire subir à ma mère pendant des années. C'est un jour pour lui dire pardon et pour admettre tout ce qu'elle a fait pour moi. En cette fête des mères, j'aimerais m'excuser pour la pire chose que j'ai sans doute pu lui infliger. Une calamité que vous avez, vous aussi, imposée à votre mère.

Chère Maman: j'aimerais te dire pardon. Pardon de t'avoir manipulée, dévalisée, pardon d'avoir pris le contrôle de ton système sanguin et grignoté une partie de ton corps. Comme tout individu en vie aujourd'hui, j'ai fait tout ça, moi, avant même ma naissance et grâce à un organe qui n'est même plus en ma possession. Bien évidemment, je ne t'ai pas infligé ce calvaire consciemment, de la même manière que je ne contrôle pas sciemment mon foie. C'est arrivé, voilà.

Mélange hybride de toi et moi

Tout a commencé quand j'étais un zygote. Je voguais vers ton utérus et j'ai tapé ta paroi utérine. Je ne suis vraiment pas fière de ce que j'ai fait ensuite, mais je n'avais pas toute ma tête. (D'accord, ce n'est pas une excuse, mais sache que je n'étais qu'un amas de cellules.)

Je me suis servi de ma couche cellulaire externe pour envahir ton utérus et en détruire certaines parties. Cette couche de cellules, c'était mon trophoblaste, qui, tel une colonie de serpents voraces, s'est insinué dans ta paroi utérine, a tué tes cellules et gobé tes nutriments. Grâce à ce trophoblaste, je me suis enfouie dans ton utérus comme un parasite, jusqu'à ce que je sois parfaitement encastrée dans tes tissus.

Embryon in utero | Global Panorama via Flickr CC License by

Ensuite, j'ai un peu pété les plombs. Suivant le manuel du parfait petit embryon, mon trophoblaste a grossi pour devenir un amas cellulaire emmêlé à tes vaisseaux sanguins. Au sein de cet amas, j'ai creusé des sortes de trous qui se sont remplis de ton sang. Et tous ces interstices sanguinolents sont devenus mon placenta, soit l'un des organes les plus bizarres de la planète.

Le sang, c'était le tien, mais les tissus qui l'entouraient se sont développés à partir de mes cellules à moi. Et parce que tes vaisseaux sanguins ont fusionné avec mon trophoblaste pour créer cet ensemble de vésicules, mon placenta a été un organe hybride mélange de toi et moi. (Nous avons partagé un organe, quoi de mieux pour tisser des liens!)

Parasitage sanguin

Ensuite, dans ces vésicules sanguines, j'ai fait pousser des petites branches turbulentes. Elles se sont remplies de vaisseaux sanguins issus de mon cordon ombilical qui m'ont permis de faire passer mes déchets dans ta circulation sanguine, de pomper ton oxygène et de me goinfrer des nutriments de ton corps.

Le sang, c'était le tien, mais les tissus qui l'entouraient se sont développés à partir de mes cellules à moi

Là, pile poil quand tu pensais que je ne pouvais pas abuser davantage, j'ai commencé à m’incruster dans ton système sanguin. C'est là que les humains peuvent se montrer particulièrement ravageurs. Aucun autre animal n'est un envahisseur aussi implacable. Dans la plupart des espèces, les vaisseaux sanguins de la maman demeurent en toute sécurité les siens, mais les humains ne sont pas des animaux comme les autres.

Mes cellules ont commencé à assiéger les artères dont tu te servais pour approvisionner mon placenta en sang. Ces artères ont dérivé ton sang dans les chambres sanguines de mon placenta, histoire de me fournir en oxygène et en nutriments. Petit à petit, mes cellules se sont mises à remplacer tes parois artérielles pour me permettre, dans les faits, de prendre le contrôle de tes artères placentaires. Et dès qu'elles sont tombées sous ma coupe, je l'ai ai élargies pour qu'elles me livrent un maximum de sang et augmentent, par la même occasion, la quantité d'oxygène et de nutriments passant dans mon placenta (et arrivant donc chez moi).

Mais bon, c'était encore petit bras –le pire du parasitage, c'est pour la suite.

Toujours plus

Et c'est là que je me sens particulièrement mal, et que les choses sont devenues particulièrement dangereuses. Mon placenta s'est mis à secréter des hormones qui ont fait baisser ta pression sanguine et fait grimper ta glycémie. Au mieux, tu as dû avoir la tête qui tourne. Mais, au pire, j'aurais pu nous tuer toutes les deux. Tu aurais pu faire du diabète gestationnel et ta glycémie aurait pu atteindre de périlleux sommets.

On a eu une chance de malade de s'en sortir, tu sais.

Pomper toujours plus de sucre et d’oxygène

Mais, bien sûr, à l'époque, je m'en foutais pas mal. Tout ce que je voulais, c'était pomper toujours plus de sucre et d'oxygène –toujours plus pour moi, moi, moi. Après tout, j'étais un fœtus en développement. Et toi qui pensais que j'avais été fatigante uniquement après ma naissance... La blague.

Bon, ce que je voulais dire en gros, c'est merci. Merci de m'avoir permis de grandir à l'intérieur de toi, de tuer tes cellules, de voler tes nutriments et de prendre le contrôle de tes hormones. Et merci de l'avoir toléré assez longtemps pour que je puisse survivre et arriver au monde heureuse et en bonne santé. En bref, merci d'être ma maman. Bonne fête!

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