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Palmyre, joyau de l'histoire de l'humanité et prison du clan Assad

Temple de Baal avec l'agora de Palmyre Bernard Gagnon via Wikimedia CC License by

Temple de Baal avec l'agora de Palmyre Bernard Gagnon via Wikimedia CC License by

Palmyre, prise par les troupes de l'Etat islamique, abrite des chefs-d’œuvres deux fois millénaires et les geôles les plus célèbres de la dictature syrienne.

L’Etat islamique vient de prendre le contrôle total de la ville de Palmyre, aussi appelée Tadmor. Les troupes intégristes sont donc maîtresses d’une ville-clé à plus d’un titre: située près de champs d’hydrocarbures, la cité est un point important sur la route de Damas. Elle est surtout l’emplacement d’une prison emblématique du régime dirigé par la dynastie Assad et de vestiges de l'Antiquité, rappelle Vocativ.

Lors des derniers mois écoulés, les soldats de l’EI ont montré le peu d’affection qu’ils nourrissaient à l’égard d’un passé porteur de deux pêchés indélébiles: avoir eu lieu avant l’apparition de l’islam, et dater de l’époque où on adorait des dieux nombreux, sous la forme de statues (l’idolâtrie est sévèrement condamnée dans le Coran, comme ici dans la sourate des prophètes). Le musée des antiquités de Mossoul, l’ancienne Ninive, a déjà subi la colère des extrémistes. A présent, c’est la situation à Palmyre qui inquiète la directrice générale de l’Unesco, Irina Bokhova dans un article de la BBC:

«La guerre met en danger un des sites les plus importants du Moyen-Orient, ainsi que la population qui y habite.»

Celle qu’on a surnommée la Venise des sables plonge profondément ses racines dans l’histoire de l’humanité. Dans le livre des Chroniques dans l’Ancien Testament, on dit du Roi Salomon qu’«il bâtit Tadmor dans le désert». Très ancienne, Palmyre prend son essor au Ier siècle avant Jésus-Christ, explique la BBC, alors qu’elle intègre le territoire romain en -41.

Palmyre se dresse au sommet d’une oasis de palmiers dattiers. Elle est le carrefour d’intenses échanges commerciaux. Au IIIe siècle, elle fait même brièvement sécession avec l’empire romain et domine du sud de la Turquie actuelle jusqu’à l’Egypte. Elle est conquise par les arabes en 634.

Les autorités syriennes ont indiqué avoir évacué la majeure partie des habitants de la Palmyre d’aujourd’hui ainsi que des centaines de statues antiques. Mais des lieux comme le temple de Baal, l’amphithéâtre, les colonnes sont aux mains de l’EI.

Palmyre n’abrite pas seulement ces reliques venues du fond des âges, elle possède aussi l’une des prisons dans laquelle le régime Assad enferme ses opposants depuis des décennies. En 1980, comme s’en indignait il y a quelques années le Syrian Human Rights Commitee (SHRC), celle-ci fut même le théâtre d’un massacre des plus violents.

Alors que son frère le président Hafez el-Assad venait de faire l'objet d'un attentat, Rifat el-Assad, oncle de Bachar, a fait tuer environ 1.000 prisonniers islamistes dans leurs cellules par les «brigades de défense» qu’il commandait. Plus largement, selon le SHRC en 2007, c’est 17.000 personnes qui ont disparu après leur arrivée dans les geôles de cette prison. 

Et ce chiffre est à actualiser car, fermé en 2001, le centre pénitentiaire a retrouvé ses fonctions en 2011 au début de la guerre civile. En faisant main basse sur la prison de Palmyre, l’Etat islamique va faire coup-double: prendre l’une des bastilles de Bachar el-Assad et renforcer ses troupes. 

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