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Les bikers dans la pop culture américaine, de la rébellion cool aux gangs ultraviolents

Claire Levenson, mis à jour le 21.05.2015 à 8 h 02

La tuerie de Waco a réactivé le débat autour de ces groupes largement immortalisés au cinéma et dans les séries.

Marlon Brando dans «L'Equipée sauvage».

Marlon Brando dans «L'Equipée sauvage».

Des membres de plusieurs gangs rivaux de bikers se sont entretués dans un restaurant de la ville de Waco, au Texas, le 17 mai dernier. Neuf personnes sont mortes et 170 individus ont été arrêté. Rapidement, des clubs de motards américains se sont fait entendre dans les médias pour souligner la différence entre les clubs de bikers, des dentistes et des instituteurs qui traînent en Harley le week-end, et les gangs de bikers, dont certains, comme les Bandidos, sont des réseaux criminels dangereux.

Dans la culture populaire américaine, l'image de ces bikers recèle aussi plusieurs facettes, du motard anticonformiste cool au trafiquant de drogue ultraviolent.

Tout a commencé avec Marlon Brando dans L'Equipée sauvage, film de 1953 dont la bande-annonce française résumait ainsi le scénario: «Une bande de motocyclistes déchaînés terrorise un village américain». 


L'histoire est inspirée par les événements de Hollister, une petite ville de Californie envahie pendant un week-end de 1947 par près de 4.000 bikers anciens soldats qui se sont saoûlés et bagarrés un peu partout dans les rues et les bars. Les sept policiers de la ville ont été complètement dépassés, et comme la presse a beaucoup exagéré la gravité des incidents (avec des photos mises en scène), le mythe du motard hors-la-loi a émergé.

L'Equipée sauvage a apporté une touche de glamour à ce mythe. Johnny Strabler, interprété par Marlon Brando, est certes le chef d'un gang, mais c'est aussi un héros séduisant avec un look particulièrement mémorable. La combinaison perfecto, lunettes d'aviateur et casquette est devenue l'essence même de la rébellion chic, loin des motards bedonnants et barbus qui ont été arrêtés au Texas dimanche dernier.

Symbole de transgression, la veste en cuir du motard est d'ailleurs rapidement adoptée par les chanteurs de rock, deux univers qui sont entré en collision en 1969 lors d'un concert des Rolling Stones à Altamont en Californie. Un membre des Hells Angels qui assurait la sécurité de l'événement y a poignardé à mort Meredith Hunter un jeune fan qui tentait de monter sur la scène avec un revolver. La scène a été filmée et on peut la retrouver dans le documentaire Gimme Shelter.


La même année, le film Easy Rider, avec ses deux héros bikers contestataires qui sillonnent le pays «à la recherche de l'Amérique», avait contribué à lier motards et contre-culture de manière positive, et trois ans plus tôt, le journaliste Hunter Thompson publiait un livre sur son année passée avec le gang des Hells Angels, dont il décrivait la violence tout en étant fasciné et amusé par leur mode de vie.

Plus récemment, la série Sons of Anarchy, quoique très violente, perpétue une forme de romanticisation de ces milieux. Interviewé par le Washington Post, un policier qui a infiltré plusieurs gangs de bikers regrette que les films et les séries soient aussi fascinés par ces groupes:

«Les gens regardent Sons of Anarchy et d'autres séries. Ces gars ont l'air plutôt sympa: ils sont incompris, des hors-la-loi comme au bon vieux temps qui se déplacent en moto plutôt qu'à cheval. Même les flics pensent: oh ce sont juste des mecs tatoués aux cheveux longs qui aiment les motos. La réalité, c'est que ce sont des mecs tatoués aux cheveux longs qui aiment les motos, vendent de grosses quantités de métamphétamines, tuent des gens, volent des motos, extorquent de l'argent et tapent des gens dans des bars sans aucune raison.»

Cette description est plus proche des motards vus dans la série True Detective, lorsque Rust Cohle, le personnage joué par Matthew McConaughey, tente d'infiltrer un gang de bikers racistes. Ces dernières années, plusieurs associations ont d'ailleurs souligné les liens grandissant entre mouvances néonazies et gangs de bikers américains. La grande majorité de ces gangs n'acceptent d'ailleurs pas de membres non blancs. On est loin de l'image de rébellion charmante véhiculée dans les films.

Claire Levenson
Claire Levenson (140 articles)
Journaliste
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