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Indice Mipex: la France pas bonne élève en matière d’intégration des migrants

La carte de l'indice Mipex, outil de comparaison et d’évaluation des politiques d’intégration | Capture d'écran

La carte de l'indice Mipex, outil de comparaison et d’évaluation des politiques d’intégration | Capture d'écran

Une étude pointe la faiblesse du système d'intégration français, particulièrement pour ce qui concerne l'éducation, l'apprentissage de la langue française et le nombre de classes adaptées pour les enfants de migrants.

Vous avez lu Gérard Noiriel dans vos années d’études ou tout simplement entendu cent fois à la radio ou à la télévision que la France était «une terre d’accueil pour les migrants». Eh bien non, ce n’est plus vrai, et ce, depuis plusieurs années.

Par exemple, en Europe, la France n’est plus le pays préféré des migrants et des réfugiés depuis 2012, selon Matthieu Tardis, chercheur au Centre migrations et citoyenneté de l'Institut français des relations internationales (Ifri), interrogé par l’AFP. L'Allemagne a reçu par exemple en 2014 plus de trois fois plus de demandes d’asile que la France (200.000 contre 63.000). L’Hexagone a par ailleurs connu une baisse de ses demandes (-1,2%) alors qu’elles augmentent partout dans le reste de l’Europe (+44%).

17e sur 38 pays

Une étude conjointe du Migration Policy Group, à Bruxelles, et du Centre pour les affaires internationales (CIDOB), à Barcelone, en partenariat avec l'association France terre d’asile, vient apporter quelque éclairage à cette situation, en démontrant que nous accueillons assez mal nos migrants, notamment en matière d’éducation.

Cette étude est réalisée au moyen d’un index, le Mipex, un ensemble de 144 indicateurs qui mesure dans 38 pays «ce que font réellement les gouvernements pour promouvoir l’intégration des migrants». Sont concernés les 28 pays de l’Union européenne ainsi que 10 autres pays: Australie, États-Unis, Canada, Islande, Japon, Nouvelle-Zélande, Corée du Sud, Norvège, Suisse et Turquie.

Loin d’être sur le podium de tête des meilleurs élèves, la France n’est qu’au 17e rang, avec une note de 54 sur 100. Elle obtient même seulement 36 points sur 100 pour ce qui est de l’éducation.

Peu de classes adaptées

Il y a un écrémage énorme qui exclut beaucoup de gens. On juge qu’ils ne sont pas prioritaires. On manque en fait de moyens

Pierre Henry, directeur général de France terre d’asile

Dans ce domaine, le pays est à la traîne. Tout d’abord, très peu de migrants primo-arrivants et signataires du contrat d'accueil et d’intégration (CAI) ont accès à une formation linguistique ‒ un peu moins de 400 heures en moyenne. Ils ne sont que 20.000 à l’obtenir sur 100.000 signataires.

«Il y a un écrémage énorme qui exclut beaucoup de gens. On juge qu’ils ne sont pas prioritaires. On manque en fait de moyens. Il faudrait au moins les doubler», juge Pierre Henry, directeur général de France terre d’asile.

Une deuxième faiblesse du système réside dans le nombre de classes adaptées aux enfants de migrants, insuffisantes aux yeux de l’association.

Satisfecit pour la lutte contre les discriminations

Outre l’éducation, la France est aussi lanterne rouge de la résidence longue durée et de l’accès à la nationalité française, en raison des conditions restrictives d’attribution: elle est par exemple le 3e pays le plus faible parmi tous ceux évalués pour la résidence. Elle arrive aussi en queue de peloton pour le regroupement familial (30/38).

La meilleure note de l’Hexagone est obtenue dans la lutte contre les discriminations (77/100) «grâce à des engagements du gouvernement sur les droits de l’homme et à l’action efficace du Défenseur des droits», souligne l’équipe du Mipex dans un communiqué.

Ombre du FN

Alors que François Hollande vient de refuser la proposition généreuse de la Commission européenne de répartir plus équitablement les demandeurs d’asile au sein de l’Union européenne, cette étude sonne comme une autre preuve du durcissement de la politique d’immigration sous la gouvernance du PS. «Il n'est pas question qu'il y ait des quotas d'immigrés», a réaffirmé le président de la République en visite à Berlin, qui sait que le nouveau système obligerait la France à en accueillir plus, tout en déchargeant l’Allemagne.

Paris craint trop que son geste n’ouvre la voie au Front national et préfère le statu quo à l’effort de pédagogie et d’explication vis-à-vis des Français. Qui seraient sans doute plus enclins à la solidarité s’ils connaissaient les chiffres.

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