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Le sondage qui contredit les analyses d'Emmanuel Todd sur les manifestations du 11 janvier

Données extraites d'un sondage BVA/CNCDH/SIG réalisé du 3 au 11 mars 2015 auprès d’un échantillon national représentatif de 1040 personnes. Le chiffre à gauche indique le niveau de mobilisation de chaque catégorie en comparaison de son poids dans la population. Quand il est supérieur à 1, la catégorie s'est plus mobilisée que la moyenne.

Données extraites d'un sondage BVA/CNCDH/SIG réalisé du 3 au 11 mars 2015 auprès d’un échantillon national représentatif de 1040 personnes. Le chiffre à gauche indique le niveau de mobilisation de chaque catégorie en comparaison de son poids dans la population. Quand il est supérieur à 1, la catégorie s'est plus mobilisée que la moyenne.

Les «Je suis Charlie» qui ont manifesté en janvier sont-ils de vieux catholiques réactionnaires, islamophobes et racistes? C’est, très grossièrement résumé, ce qu’affirme l’ouvrage controversé du démographe Emmanuel Todd, Qui est Charlie? Deux chercheurs, Vincent Tiberj et Nonna Mayer, démontrent précisément l’inverse dans une passionnante tribune publiée sur Le Monde, en analysant les données d’un sondage commandé par la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) et effectué en mars dernier.

Jusque là, de nombreux chercheurs et commentateurs s’étaient élevés contre la méthode de l’essayiste, qui s'est notamment appuyé sur des données cartographiques et a effectué des déductions à partir de l’origine régionale des manifestants. Mais personne n’était allé jusqu’à faire la démonstration inverse en analysant précisément le profil des personnes qui se sont déplacées le 11 janvier.

Selon le sociologue au Centre d’études européennes et la directrice de recherche émérite au CNRS, Emmanuel Todd est tombé dans un écueil, celui qui consiste à «inférer les comportements individuels des comportements observés au niveau d’un collectif»: «Le territoire n’est qu’un élément parmi d’autres du rapport des individus au monde et à la société. Il faut aussi cerner leur profil socioculturel, leurs orientations politiques et leurs motivations», expliquent-ils.

Et c’est ce qu’ils ont fait, en retravaillant sur les données d’un sondage qui posait divers questions aux personnes ayant déclaré être descendues dans la rue.

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Les manif’, l’expression d’une France «vieillissante»? «Les diplômés du supérieur se sont mobilisés quatre fois plus que les diplômés du primaire», démontrent les chercheurs, qui ajoutent que «les Français nés après 1976 avaient trois fois plus de chances de se mobiliser que ceux nés dans les années 1940 et avant».

Les classes populaires, absentes des cortèges? «Si les classes populaires se sont moins mobilisées, elles étaient loin d’être "absentes" des défilés. Parmi les manifestants déclarés du sondage CNCDH, le nombre cumulé des ouvriers et employés est équivalent à celui des classes moyennes et supérieures», analysent les chercheurs.

Les immigrés, restés chez eux? «La probabilité d’avoir pris part à la mobilisation est plus forte chez les personnes originaires du Maghreb ou de l’Afrique subsaharienne que chez les personnes sans ascendance étrangère ou dont les parents et grands-parents viennent d’un autre pays européen», ajoutent Vincent Tiberj et Nonna Mayer.

Et ainsi de suite. Les arguments d’Emmanuel Todd sont contredits un à un, par l’analyse de données sociologiques précises. Certes, «les données de sondage ont aussi leurs limites», souligne la tribune. Mais de là à considérer que tous les sondés ont menti, c’est tout de même peu envisageable. Il est plus probable que l’analyse de Todd soit légèrement erronnée...

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