Faire de la langue arabe une option comme une autre, par Jean-François Copé
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Au cœur de mon engagement politique, la question de l'identité nationale prend une place de premier plan. Alors que je sens notre nation tiraillée par des tensions et des doutes, je veux réaffirmer avec force le besoin d'unité, sans lequel l'exaltation permanente de la diversité n'a pas de sens. Dans cette perspective, je récuse l'explication différentialiste qui inviterait à considérer le port de la burqa dans la sphère publique comme une pratique légitime, au nom d'un héritage culturel ou religieux. La tribune que j'ai signée sur Slate le 4 juillet affirme clairement mes convictions à ce propos. Je suis pour une loi d'interdiction de la burqa dans l'espace public, précédée d'une phase de dialogue pour expliquer aux personnes concernées ce qui est en jeu.
Dans ce contexte, la proposition que j'ai avancée récemment de développer l'enseignement de la langue arabe au sein de l'Education nationale a suscité un débat et quelques incompréhensions. Comme si ces deux positions, sur la burqa d'une part et sur la langue arabe d'autre part, étaient incohérentes. Je crois au contraire qu'elles s'inscrivent dans la même logique de fidélité aux valeurs de la République et dans la même dynamique de renforcement de notre communauté nationale.
Ma proposition sur la langue arabe part d'un constat simple : aujourd'hui, quand un jeune veut apprendre l'arabe dans notre pays, il s'adresse en priorité à la mosquée, plutôt qu'à l'école. Quand on regarde les chiffres, on s'aperçoit en effet qu'au primaire, 36 000 élèves sont pris en charge par l'Education nationale via le dispositif des ELCO (enseignements de langue et culture d'origine). Ce système a été lancé par des accords bilatéraux passés dans les années 1980 notamment avec l'Algérie, le Maroc et la Tunisie. Il met à la disposition de l'Education nationale des enseignants étrangers détachés en France pour enseigner l'arabe. Au secondaire, seuls 4 800 élèves suivent des cours d'arabe dans le cadre des collèges et des lycées. Il y a donc près de 8 fois moins d'élèves au secondaire qu'au primaire. Comment expliquer cette déperdition?
On voit aussi qu'un département sur deux n'offre pas de formation d'arabe au secondaire, ce qui oblige 1 800 élèves à prendre des cours par correspondance auprès du CNED (Centre national d'enseignement à distance). En revanche, plus de 65 000 jeunes en âge d'être scolarisés suivent des cours d'arabe dispensés par le secteur associatif. Or aucun contrôle n'existe sur cet enseignement: il peut être d'excellente qualité comme donner lieu à des dérives voire à des récupérations intégristes à l'insu des parents.
Comment expliquer un tel écart entre la demande pour apprendre l'arabe dans notre pays et l'offre de l'Education nationale? Il y a sans doute une méfiance liée à une confusion simpliste qui règne trop largement: proposer d'enseigner l'arabe dans nos classes reviendrait à installer l'islam au cœur même de l'école laïque. L'arabe est ainsi peu à peu assimilé à une langue essentiellement identitaire ou religieuse dont l'apprentissage serait un réflexe communautariste. Pourtant, il ne devrait pas y avoir plus de blocages avec l'arabe que pour d'autres langues étrangères, auxquelles sont attachées d'importantes communautés d'immigration dans notre pays, comme le portugais, l'italien ou l'espagnol.
Il est légitime pour des parents de souhaiter que leurs enfants apprennent la langue d'origine de leur famille. Non seulement pour garder un lien vivant avec leur histoire familiale, mais surtout pour leur ouvrir des opportunités. Les zones de langue arabe, les pays du Golfe ou le Maghreb par exemple, sont en pleine croissance et sont demandeuses de jeunes français arabisants et bien formés. Sans développer l'apprentissage de l'arabe à l'école, la France prive certains de ses jeunes de vraies opportunités de carrière. A l'heure où l'on s'inquiète du chômage des jeunes et l'on insiste sur l'importance de maîtriser des langues étrangères, il serait étonnant de continuer à se fermer des débouchés sur près de 300 millions de personnes dans le monde.
Le malaise actuel est d'autant plus paradoxal que la France a toujours été novatrice dans son ouverture aux langues orientales. Une longue histoire unit la France à la langue arabe: François 1er a été le premier à ouvrir en 1530 une chaire d'arabe en France. En 1905, l'arabe a fait son entrée dans les concours de recrutement de la fonction publique tandis qu'une agrégation d'arabe était fondée. Depuis 1975, l'arabe est proposé aux élèves du secondaire comme une langue vivante 1, 2 ou 3. La France est d'ailleurs le seul pays occidental à enseigner la langue et la civilisation arabe depuis le primaire jusqu'à l'université, en s'appuyant sur un corps d'enseignants titulaires de la fonction publique, recrutés par concours. On connaît aussi la grande oeuvre de l'orientalisme français, de Champollion jusqu'à Massignon en passant par Corbin ou Charles de Foucauld, qui témoigne de la fascination et de l'amour de notre pays pour les civilisations d'Orient. Au regard de cette grande tradition, la possibilité d'apprendre l'arabe en France devrait donc être une simple formalité.
L'Education nationale semble prendre peu à peu conscience du problème. Elle a donc défini en 2008 quelques orientations pour changer la donne: l'implantation de filières d'excellence; la création de 6èmes bilangues anglais-arabe et de nouvelles sections internationales; le développement d'un enseignement inter-établissements dans les lycées de centre ville des grandes agglomérations ou encore l'implantation de l'arabe dans les formations du tourisme, de la restauration et de l'hôtellerie. Ces propositions vont bien sûr dans le bon sens, mais suffiront-elles à répondre à l'urgence de la demande?
Des bassins regroupant un potentiel important d'élèves issus de l'immigration et désireux d'apprendre l'arabe sont aisément identifiables dans les grandes agglomérations. Un maillage répondant mieux aux besoins peut être mis en place. Pourquoi ne pas mettre en place un grand plan de développement de l'arabe, analogue à celui auquel on assiste pour le chinois aujourd'hui? Pourquoi ne pas ouvrir plus de places au CAPES et à l'agrégation d'arabe? Pourquoi l'Education nationale, dans le cadre des ELCO, ne renforcerait-elle pas ses exigences en termes de méthode, programme et formation tout en élargissant le dispositif ?
«Qu'ils apprennent déjà le Français!». J'entends déjà les réactions de ceux que cette proposition dérange. Là n'est pas la question. L'instruction du français doit évidemment être renforcée. Son apprentissage est l'une des raisons d'être de l'Education nationale quand l'arabe ne doit être qu'une option offerte à ceux qui le souhaitent, sans se substituer à l'indispensable maîtrise de l'anglais. Apprendre une langue en plus, ce n'est pas un frein, c'est toujours un atout.
Jean-François Copé
Image de Une: Lecture du Coran Ali Jarekji / Reuters
Mis à jour le 11/09/2009 à 15h53








































L'enseignement de l'arabe à l'école est souhaitable. C'est l'ignorance qui favorise les dérives communautaristes. La France donnera un signe d'ouverture.
Même si j'admets que c'est une coïncidence cette tribune est bienvenue. Vous êtes un protagoniste malgré vous de la vidéo accablante pour Mr Hortefeux. Vous paraissez d'ailleurs embarrassé par les propos de votre collègue. Cette tribune vous permet de prendre opportunément de la distance et de la hauteur face à la polémique qui enfle.
"En revanche, plus de 65 000 jeunes en âge d'être scolarisés suivent des cours d'arabe dispensés par le secteur associatif. Or aucun contrôle n'existe sur cet enseignement: il peut être d'excellente qualité comme donner lieu à des dérives voire à des récupérations intégristes à l'insu des parents"
avec l'argument marketing securitaire, cela devrait "politiquement" passer et faire taire les «Qu'ils apprennent déjà le Français!» (c'est le meme type d'electorat que l'on pourrait etiqueter de "nationalistes- court-termiste ).
Les arguments les plus sensés sont toutefois les suivants:
1) Avec le rapprochement de la France avec les pays méditerranéens, les echanges cooperatifs, culturesl et economiques vont s'amplifier. Parler l'arabe sera un atout sur le marché du travail, mais aussi pour developper plus activement ses partenariats.
2) L'arabe comme matiere a l'ecole va permettre de mieux integrer les eleves en difficulté d'origine magrebine. Comme generaement les eleves les plus mauvais a l'ecole sont ceux dont les parents ne parlent pas francais a la maison, ils seront par contre les plus avances en cours de langue arabe. Cette facultes leur permettra de retrouver confiance en eux et dans le systeme educatif et donc au final, d etre meilleur en francais.
la boucle est bouclée!
Le renforcement de l'enseignement de l'arabe à l'école est effectivement souhaitable, et cette tribune est réellement la bienvenue.
On pourra tout de même regretter l'absence d'un espace présentant plus en détail les avantages en termes économiques et coopératifs à parler arabe, plutôt qu'un laïus continu sur le besoin de briser une forme de communautarisme, et ainsi permettre à d'autre élèves que ce appartenant au "potentiel important d'élèves issus de l'immigration et désireux d'apprendre l'arabe" de s'y intégrer également.
Il faut d'abord que tout le monde ait de bonnes bases en français et en mathématiques.Ensuite la langue de lla mondialisationet de l'avenir c'est l'Anglais.
Donc donnons déjà ces atouts là et ensuite quand ces savoirs seront maitrisés laissonsle chois à partir du lycée d'appendre l'arabe ou le wollof.
L'intégration ça commence par la langue qui donne une façon de penser commune aux habitants de ce pays.
La proposition de François Copé ne vaut pas que pour l’Arabe. Nous avons sur le territoire français des gens de toutes origines qui pratiquent encore la langue de leurs parents ou qui, même s’ils ne la pratiquent pas eux-mêmes, sont environnés par cette langue.
Chacun sait combien il est difficile à un jeune monolingue entrant au collège d’arriver à parler une nouvelle langue, surtout quand les méthodes d’enseignement ne sont pas vraiment adaptées à cet apprentissage.
La France a des dizaines de milliers de jeunes qui parlent une deuxième langue, ou qui potentiellement pourrait en apprendre une très rapidement car ils ont déjà la musique en tête. C’est un gâchis de ne pas utiliser ce potentiel. Notre pays pourrait ainsi disposer d’une multitude de personnes parlant arabe, turc, arménien, chinois, bambara, portugais, vietnamien, etc. Cette connaissance associée à une formation serait un atout considérable pour les échanges internationaux, qu’ils soient économiques ou culturels.
Alors pourquoi ne pas avoir dès le primaire des classes bilingues. La deuxième langue serait choisie en fonction des origines des immigrés présents dans la région. Ici on pourrait avoir quelques classes en arabe, ailleurs ce serait en polonais ou en roumain.
Une telle organisation ne peut apporter que de la valeur ajoutée. Des gens formés utiles à la France, des immigrés qui sont souvent en échec scolaire seraient revalorisés, des postes d’enseignants disponibles pour des gens d’origines étrangères, un brassage plus important des cultures (ces classes seraient évidemment ouvertes aux petits Français « pure souche » qui souhaiteraient apprendre une autre langue).
Alors Mr Copé quand en parlez-vous à Luc Chatel ?
A quand l’enseignement de la langue de bois dans les établissements publics ?
Parce que franchement JF Copé, tout le monde n’a pas accès à l’ENA pour pouvoir décrypter votre langage !
Vous qui êtes un européen convaincu, pourquoi ne proposez vous pas que l’ensemble des langues des différents pays présents dans l’espace européen, soient accessibles dans toutes les écoles de la république, sur la simple demande de l’élève qui le souhaite ?
Soit approximativement 120 langues et dialectes à proposer, comme par exemple, l’allemand, l’anglais, le russe, le grecque, le danois, l’italien, le finnois, l’estonien, le hongrois, le portugais, etc....
Puis, lorsque vous aurez suffisamment recruté de professeurs (et oui, plus de langues plus de profs, c’est un petit peu en contradiction avec la politique actuelle du gouvernement), vous pourrez passer à l’étape suivante, l’enseignement dans les écoles de la république, des langues du monde entier pour ceux qui le souhaitent…
Que « d’atouts » en perspective, pour les jeunes de demain…
Le rapport de cause à effet avec la sublime intervention de Mr Hortefeux ne fait pour moi aucun doute. Déculpabilisez-vous, et continuez à jouer plus avec des mots qu'avec des idées.
langue de bois +1
Bismillahi...
J'ai bien rigolé en lisant le commentaire de Jen Sairien...
Je lis dans sa bio (wikipedia) que JFC a fait ses études à l'école active bilingue de paris (pas très plouc, mais on ne choisit pas sa famille...). Il aurait du nous faire cet article an anglais (ou en arabe?)
Alhamdulillah....
Oui, ce serait très certainement bien d'enseigner l'arabe à l'école...
Mais n'y a-t-il pas d'autres problèmes prioritaires au sein de l'éducation nationale ?
Les conditions d'enseignement des matières principales n'auraient-elles pas besoin d'être améliorées ?
Est-ce que les jeunes apprendront aussi mal l'arabe qu'ils apprennent mal le français ?
C'est bien joli de vouloir mettre du sucre dans un café, mais quand le café est mauvais, ca ne sert pas à grand chose.
PS : Vous avez quelque-chose contre le CNED ? (NB : L'enseignement de l'arabe n'est pas le seul que de nombreux jeunes suivent par le CNED...)
A quoi sert de laisser un commentaire à ce monsieur, étant donné son intérêt évident à y répondre (Cf les commentaires sur son dernier article sur la taxe écologique).
Comme tout bon homme politique qui se respecte, monsieur Copé parle, écrit beaucoup, mais oublie toujours de dialoguer.
Les discours, les grands discours, les idées, les grandes idées sont toujours bons à être étalés afin de se faire remarquer. Répondre à ses détracteurs, c'est une autre histoire: ça prend du temps et ça ne rapporte que trés peu de points de popularité.
Comme tous les politiques, monsieur Copé nous constatons votre priorité: "soyons vu pour être connus, étalons les bons sentiments pour être élus. Une fois élus, le peuple des "veaux" peut continuer à meugler".
Mes arabisants me disent que c'est seulement récemment, par par les soins de le Télévision Al-Djazeera que l'on commence à unifier les langues arabes. Les vaiantres locales sont assez différentes. Il n'y a pas d'enseignement supérieur technique (biologie, ingénierie, commerce...) en arabe, pas de droit unifié entre les pays arabophones, les musulmans chinois, indiens ou indonésiens (1e pays musulman) ne parlent pas arabe. Azouz Begag résume tout cela: pas utile d'enseigner l'arabe. (Lequel de ces arabes faudrait-il privilégier dans l'enseignement?). Bon courage.