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Les relations diplomatiques à l’heure du trolling généralisé

Diplomatie du troll | Kenny Louie via Flickr CC License by

Diplomatie du troll | Kenny Louie via Flickr CC License by

Même les ambassadeurs et les États «trollent» et font du «lol» sur Internet. Est-ce bien sérieux? Et est-ce vraiment utile?

Professeur de relations internationales, Daniel W. Drezner explique dans le Washington Post «comment le trolling est devenu le nouveau langage de la diplomatie». Dans la culture internet, le trolling désigne l’action de poster un message ou commentaire insultant, blessant ou ironique dans le seul but d’attirer l’attention et d’énerver le destinataire.

L’instantanéité des réseaux sociaux et le caractère souvent puéril des activités de trolling sont a priori on ne peut plus éloignés de l’univers froid, réfléchi et compassé des relations internationales. Et pourtant, troller l’adversaire est devenu une pratique commune.

Le plus célèbre acte de diplo-trolling est sans doute le tweet de la délégation canadienne à l’Otan au mois d’août 2014. Alors que l’armée russe commence à pénétrer à l’est de l’Ukraine, le compte Twitter canadien publie une carte toute simple, avec les limites actuelles de la Russie, celles de l’Ukraine portant la mention «Pas la Russie», le tout accompagné de ce message facétieux:

«Voici un guide destiné aux soldats russes qui continuent de se perdre et d'entrer “accidentellement” en Ukraine.»

Relayé plus de 42.000 fois sur le réseau, le message est un vrai succès viral.

«Tous blonds» sur Instagram

On est loin des communiqués écrits en langage diplomatique, où chaque mot est soigneusement soupesé

Plus récemment, l’ambassadeur des États-Unis en Turquie s’est moqué publiquement du maire d’Ankara sur son compte Instagram, après une remarque sexiste de ce dernier à propos de la porte-parole du gouvernement américain, qualifiée de «blonde stupide». L’ambassadeur, John R. Bass, a posté dans la foulée une photo de lui avec des cheveux artificiellement blondis accompagnés de la mention «Diplomates américains: nous sommes tous blonds». Très loin là encore de la prudence des communiqués écrits en langage diplomatique, dans lesquels chaque mot est soigneusement soupesé.

Compte Instagram de John R. Bass, ambassadeur des États-Unis en Turquie.

Fin avril encore, le sénateur républicain Tom Cotton, principale voix d’opposition à l’accord iranien conclu par Barack Obama, a fermement «trollé» le ministre iranien de la Défense Mohammad Javad Zarif lors d’un échange sur Twitter.

Memes vs djihadisme

En 2014, le département d’État américain, agacé de constater que l’État islamique excellait dans sa communication en ligne visant à recruter des combattants, a publié une vidéo provocante sur YouTube intitulée «Bienvenue à Islamic State Land» [cette vidéo contient des images qui peuvent heurter]. La vidéo est un montage d’images d’exécutions, d’explosions et de cadavres accompagnées d’inscriptions volontairement ironiques indiquant que «vous pourrez apprendre de nouvelles compétences très utiles pour la Oumma, comme faire exploser des mosquées, crucifier et exécuter des musulmans, provoquer des attentats-suicide dans des mosquées».

Hauts faits de diplo-trolling

«Le voyage n’est pas cher, car nous n’aurez pas besoin de ticket retour», peut-on lire également alors que les images crues montrent les corps de combattants jetés dans une fosse.

En 2013, nous vous parlions d'un autre haut fait de diplo-trolling: les Israéliens ont créé une parodie de compte LinkedIn, le réseau social professionnel, du président iranien Hassan Rohani. Du trolling «de classe A», affirmait le site Media Ite, mené avec un timing parfait: le compte a été ouvert la veille du discours très attendu de Rohani devant l’Assemblée générale de l’Onu en septembre 2013. Rohani y était présenté comme pPrésident de l’Iran, commercial expérimenté, professionnel des relations publiques et partisan de la prolifération nucléaire».

Et des sénateurs américains ont discuté très sérieusement début mai de l'urgence qu'il y avait selon eux de produire des memes internet rigolos pour contrer la propagande djihadiste. Ces trolling en ligne servent-ils vraiment à quelque chose, au-delà d’alimenter les médias? Peut-être bien, et ce, justement en raison de l’amour inconditionnel de ces derniers pour les disputes, clash et autres trolling sur Twitter: ces micro-échanges sont amplifiés au point qu’ils peuvent devenir des faits diplomatiques d’importance. Méfiez-vous donc d’un diplomate qui trolle, il délenchera sans doute la Troisième Guerre mondiale avec un loltoshop.

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