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Existe-t-il un imaginaire européen?

Slate est partenaire du colloque sur la «Renaissance européenne», organisé le 21 mai par le Collège des Bernardins et l'association Anima Mundi à Paris.

Qu’observe-t-on actuellement sur un plan européen? Que nous ont appris l’écoute des acteurs et analystes européens?

La crise de l’Europe est à la fois interne, liée au processus de croissance qui l’a obligée à intégrer successivement des identités nationales très différentes, et externe, due aux conséquences économiques des désordres financiers et de la mondialisation des marchés. Le résultat est une crise morale qui favorise le développement du nationalisme, voir du populisme et des signes de repli sur soi.

Les politiques économiques et les normes juridiques attendent de l’Union Européenne qu’elle parle d’une seule voix, oubliant ce faisant que son existence même et son génie viennent de la diversité de ses peuples. L’Union s’est construite par le haut, ce qui était rendu nécessaire par le contexte de l’après-guerre mais aujourd’hui encore, on cherche à convaincre les peuples de la légitimité de son existence en évoquant deux arguments qui ne portent plus à l’heure actuelle: le maintien de la paix –les nouvelles générations n’ont pas connu la guerre– ainsi que la stabilité et la prospérité économique, alors même que la crise économique que nous traversons ne permet plus d’y croire et semble mettre les peuples en concurrence.


De cette façon, l’Union européenne est devenue comme un surmoi, si l’on définit celui-ci comme une entité supérieure, vécue comme extérieure, un censeur semblant s’imposer aux peuples sans légitimité apparente. Il semble donc qu'elle est prise dans une contradiction: elle ne peut exister sans «surmoi» mais s’il devient trop rigide l’équilibre est rompu; ni sans que le «moi» des différents peuples qui la composent ne puisse exister et soit respecté –encore faut-il que ce dernier soit solide. Or, l’Europe est constituée d’une multitude de peuples, de «moi» ayant chacun leurs spécificités, leurs mémoires. Comme les cellules de notre corps, qui sont à la fois uniques et spécifiques mais font partie d’un organe et participent au bon fonctionnement ou non du corps, les peuples qui composent l’Union européenne participent de ce grand corps tout en maintenant leur unicité.

Aujourd’hui, à l’heure de la communication et des réseaux sociaux, on ne peut plus imposer une union par le haut. Les peuples doivent y trouver leur place et, dans leurs différences, trouver un récit commun permettant de définir ce que pourrait être un dépassement pour chaque peuple européen, un surmoi d’une Union européenne qui retrouverait une légitimité et une réelle raison d’être en permettant aux peuples de se projeter ensemble dans l’avenir. C’est en apprenant à mieux se connaître et découvrir leur imaginaire, que les peuples européens pourraient passer à une meilleure compréhension et acceptation les uns des autres.


Ces constats ont découlé de notre choix de partir de l’Europe de 2013, de revenir à certaines des identités qui la composent, d’étudier les différents «moi» de peuples et de leur imaginaire par rapport à l’Union européenne afin de dégager, éventuellement, un récit commun qui parte de ce que sont les spécificités nationales sans les contourner. De ce fait, dans un premier temps, une étude a été menée de 6 pays européens avec la France, l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne, le Royaume Uni et la Russie en tant que frontière de l’Europe pour entrevoir dans un deuxième temps, dans une approche transversale par thèmes, s’il existe ou non des convergences en terme d’imaginaire et d’inconscient collectif. Existe-t-il un imaginaire européen et si oui de quoi se nourrit-il?

Notre réflexion a porté à la fois sur le passé, le présent et la projection dans le futur des peuples qui constituent une Europe en crise à l’heure actuelle, divisée, doutant d’elle-même et des autres. Sans le soutien des peuples européens, l’Union ne pourra plus fonctionner. Tant que l’on ne touche pas le coeur et les émotions des peuples, les peurs seront plus fortes que l’envie d’être ensemble.

La renaissance part du constat qu’il faut revenir au génie européen, à sa spécificité dans le monde qui est de faire du commun avec la diversité et non l’inverse. L’Europe ne peut fusionner des peuples par l’économie ou le droit, elle ne peut que les associer à partir de valeurs communes de solidarité, d’humanisme, de diversité culturelle et de prévalence du politique au travers de projets européens.

 

Un colloque sur le thème de la «Renaissance européenne», organisé en partenariat avec Slate le 21 mai 2015 à Paris, vient conclure les deux années de recherche organisées par le Collège des Bernardins et l'association Anima Mundi. Le programme est disponible ici. Adresse: Collège des Bernardins, 20 rue de Poissy, 75005 Paris.

 

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