Monde

Raid contre Abou Sayyaf: jusqu’à quel point les troupes américaines sont-elles présentes en Syrie?

Temps de lecture : 2 min

L’armée américaine ne s’autorise pas à mener des opérations sur le sol syrien... Tout en se ménageant quelques exceptions, à l’image du raid lancé vendredi 15 mai, lors duquel un haut dignitaire de l’Etat islamique a été tué

Des soldats américains de la Delta Company dans la province de Kandahar en Afghanistan, le 13 septembre 2010. REUTERS/Oleg Popov
Des soldats américains de la Delta Company dans la province de Kandahar en Afghanistan, le 13 septembre 2010. REUTERS/Oleg Popov

Le raid américain des forces spéciales américaines mené dans la nuit de vendredi à samedi durant lequel le haut dirigeant de l’Etat islamique, Abou Sayyaf, jouant un rôle important dans les opérations financières de l’organisation, a été tué et sa femme capturée, est moins important pour sa cible qu'en raison du lieu de l’opération: pour cette mission des troupes américaines ont du, brièvement, pénétrer sur le sol syrien. Il y a déjà eu au moins une précédente mission américaine au sol en Syrie, la tentative ratée de délivrer les otages de l'Etat islamique James Foley et Steven Sotloff à l’été 2014. Mais l’exécution d’Abou Sayyaf est la première mission au sol couronnée de succès à notre connaissance, en admettant que l’objectif fut bien de tuer «l’émir du pétrole et du gaz» de l'Etat islamique et non de le capturer vivant.

L'ancien analyste de la CIA Bruce Riedel a par exemple affirmé dans le New York Times que le raid paraissait avoir pour but de capturer une ou deux personnes détenant des informations sur le fonctionnement interne d’ISIS. Les drones, après tout, ont fréquemment été la méthode privilégiée par l’administration américaine pour les assassinats ciblés alors que les Etats-Unis ont mené de nombreuses opérations des forces spéciales au sol récemment, pour capturer des cibles d’Al-Qaida en Lybie et en Somalie.

Ce raid soulève surtout la question de savoir si les Etats-Unis vont mener plus d’opérations au sol à l’avenir en Syrie. La proposition de la Maison Blanche d’autoriser l’usage de la force militaire contre l'Etat islamique, qui n’a pas été approuvée par le Congrès mais peut être interprétée comme une règle que s’impose l’administration à elle-même, spécifie qu’il n’est pas autorisé d’«engager des opérations de combats durables au sol». Cela exclut une occupation permanente à la manière de celle de l’Irak ou de l’Afghanistan, mais le terme «durable» y est présent pour autoriser justement des opérations comme celle-ci: des raids éclairs des forces spéciales ciblant des membres spécifiques de l’organisation Etat islamique ou pour délivrer des otages.

Plus tôt dans la guerre contre l’Etat islamique, les Américains ont été freinés par un manque de renseignement sur place. Le raid visant Abou Sayyaf pourrait être le signe que le niveau d’informations augmente, ce qui pourrait conduire à la multiplication de raids comme celui-ci ou à des attaques de drones ciblant des responsables de l’organisation. Cette opération arrive également à un moment où, après des semaines de déboires et des informations faisant état de querelles internes, l’Etat islamique est à nouveau à l’offensive, s’emparant de plusieurs sites-clé dans la ville de Ramadi, la capitale de la plus grande province irakienne, Al-Anbar (et tout récemment, en faisant tomber une partie de la ville syrienne de Palmyre.)

Abou Sayyaf était d’après certaines informations impliqué dans la gestion des infrastructures pétrolières et des recettes de l’Etat islamique. L’administration américaine a affirmé que les frappes aériennes et les raids par des troupes locales contre ces infrastructures et les itinéraires de contrebande avaient réduit les revenus issus du pétrole qui pleuvaient sur l’Etat islamique l’année précédente, et en faisaient le groupe terroriste le mieux financé de l’histoire, mais il reste un sacré paquet de choses que nous ignorons sur la manière dont l’Etat islamique se finance. Capturer Abou Sayyaf vivant aurait pu contribuer à combler ces informations manquantes, mais la mort du «comptable» de l’organisation est probablement déjà un coup significatif porté à un groupe censé être à cours d’argent.

Newsletters

Qui de la Chine ou des États-Unis dirigera le monde après la pandémie?

Qui de la Chine ou des États-Unis dirigera le monde après la pandémie?

La politique étrangère de Donald Trump est une politique nationaliste, en repli face aux affaires du monde et opposée à l'idée de coopération internationale. Cette attitude résonne particulièrement bien avec l'épidémie de Covid-19. De fait, l'une...

Orbán, l'opportuniste qui s'appuie sur le coronavirus à des fins politiques

Orbán, l'opportuniste qui s'appuie sur le coronavirus à des fins politiques

Le dirigeant hongrois se sert de la pandémie pour asseoir son pouvoir sur la Hongrie et parie sur sa gestion de crise comme tremplin vers une réélection en 2022.

En parlant de «virus chinois», Trump tente de faire oublier sa gestion catastrophique de l'épidémie

En parlant de «virus chinois», Trump tente de faire oublier sa gestion catastrophique de l'épidémie

En suscitant la polémique, le président américain se place en position de critiquer les personnes qui préfèrent parler de terminologie plutôt que de faire la guerre au coronavirus.

Newsletters