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Et si «Supermoon» avait sauvé Sophie Hunger du burn-out?

Sophie Hunger (DR).

Sophie Hunger (DR).

Souvent qualifiée de globe-trotteuse, la chanteuse suisse se redéfinit en «vagabonde» avec son nouvel album. Et si ce n’est pas toujours glamour, elle a su transcender ses états d’âmes et son épuisement sur douze balades lumineuses et revigorantes. Entretien.

Sophie Hunger a l’air encore un peu fatiguée pendant cette journée d’interview. La Suisse-Allemande donne désormais ses entretiens en français, ce qui confère à ses propos un caractère plus direct. Elle cherche parfois ses mots, et ses silences sont souvent évocateurs.

La chanteuse vient d’achever Supermoon, son cinquième album studio. Le précédent s’appelait The Danger of Light et s’est écoulé à 250.000 exemplaires. Une mise en lumière qui n’a pas été sans conséquence: de nombreux concerts, puis un live en 2013 (The Rules of Fire), ont quelque peu entamé sa bonne humeur et son enthousiasme. Sophie Hunger ne s’est pas brûlé les ailes mais elle a cramé quelques cartouches.

Imaginez que vous effectuiez plus de 200 déplacements professionnels par an, que votre valise soit votre meilleure amie et que vous fassiez sécher votre linge derrière la salle de réunion. Et qu’en plus, on vous demande d’être créatif. Tout le temps. Forcément, mécaniquement, quelque chose s’émousse. C’est ce qui est arrivé à Sophie Hunger l’an passé. «Ce n’était pas très dramatique, tempère la chanteuse, mais j’ai tourné presque sans interruption pendant six ans. Nous devons toujours tourner pour gagner notre vie, vous comprenez…» Un artiste aura du mal à vivre uniquement avec le fruit de ses ventes d’albums, même si elles sont bonnes. Les musiciens sont donc «contraints» de se produire en concert tout au long de l’année. Sophie reprend doucement: «J’étais… fatiguée, je ne voulais plus trop aller sur scène ni être dans la lumière tous les soirs. J’ai eu envie d’être un peu… cachée pour un moment.»

L’artiste n’est pas fâchée avec son public, au contraire. Si on l’écoute, ce dernier lui aurait donné assez confiance pour ne pas jouer. Certaine (à raison) qu’on n’allait pas l’oublier de sitôt:

«C’était plus important pour moi de ne pas voir la scène, les objets. Je voulais sortir de la structure. Le bus, les loges, la valise… Cette valise me faisait péter un câble. Je ne pouvais plus la voir... Tu te rends compte, tes amis ont des arbres et toi, tu as une valise!»

L’Européenne part donc aux Etats-Unis et habite San Francisco pour quelques mois. Elle se ressource mais  il ne faut pas longtemps pour qu’elle se remette à composer. Au calme, juste pour elle.


Supermoon pourrait être qualifié de disque introspectif, peut sembler triste ou mélancolique. Mais la chanteuse a un autre avis sur le sujet:

«J’ai passé beaucoup de temps seule avec les morceaux. J’étais une étrangère en Californie. J’étais isolée et j’étais bien comme ça. Beaucoup de textes tournent autour de cette idée. C’est quoi être un étranger?»

«La Californie, c’est un endroit où tout le monde est un étranger»

Une sensation que Sophie Hunger a souvent connue. Fille de diplomate, elle a beaucoup déménagé. Son activité lui fait faire le tour du monde, en revenant rarement chez elle. D’ailleurs, chez elle, c’est «un peu comme une chambre d’hôtel sauf que j’y retrouve mes livres», plaisante-t-elle à moitié. Alors, à San Francisco, elle se pose un peu et cesse d’être en mouvement. Sauf qu’elle ne connaît pas du tout son environnement:

«L’Europe, c’est la maison pour moi. La Californie, c’est un endroit où tout le monde est un étranger, même ceux qui y habitent depuis longtemps.»

Comme toute personne qui prend un aller simple pour la Californie, Sophie Hunger a l’impression qu’elle pourrait tout recommencer à zéro. A 32 ans, tout est possible (si on a un visa, quand même). «Mad Miles», road song planante, évoque justement cette solitude heureuse dans la vie à Los Angeles, un soir de Nouvel an: «J’ai essayé de donner un morceau à ce sentiment, à ce que m’évoque la Californie en général.» Débarquée trois jours plus tôt, elle se promène dans un quartier résidentiel où l’esprit de la fête ne se fait pas spécialement sentir. Et Sophie Hunger fait le point sur sa vie, sans vraiment savoir ce que vont être les années à venir. En bonne artiste, son analyse du sentiment est paradoxale:

«C’était un peu triste mais pas tant que ça, car j’ai aimé ce sentiment. C’était un sentiment honnête. J’espérais retrouver l’envie de jouer.»


Sophie prend également le temps d’écouter de la musique. C’est la jeune Australienne Courtney Barnett qui l’accompagnera pendant son périple:

«Elle m’a sûrement sauvé un petit peu… J’ai aussi écouté War On Drugs, Caribou et évidemment Bruce Springsteen, l'album Nebraska

Ces différents sentiments la nourrissent et c’est naturellement qu’elle recommence à écrire. Et à songer au retour. Elle rencontre des musiciens et taquine la guitare avec eux:

«Quand je suis revenue, j’avais environ dix chansons prêtes… Et j’avais envie.»

Les paroles du morceau-titre «Supermoon» sont évocatrices: «I’m empty but I’m never alone» («Je suis vide mais jamais seule»). «Ce n’est jamais facile d’expliquer ce que j’ai pu ressentir pendant cette période… La vie est beaucoup plus floue que les mots, tu as sans doute une meilleure vision de ce que j’ai pu ressentir!», explique-t-elle en rigolant. «Et j’ai une nature à foncer, travailler et pas vraiment à réfléchir sur moi-même.» Certains analysent, Sophie Hunger veut trouver des solutions en faisant des choses. En enregistrant un disque, par exemple: «Ça aussi, ça m’a peut être sauvé…»


«Il faut tout de même tourner pour gagner de l'argent»

Exit le coup de blues, revoilà Sophie Hunger prête à repartir à l’abordage des salles européennes comme avant? Pas vraiment. Deux ou trois choses ont changé.

Aujourd’hui, elle a envie. Son disque sorti depuis quelques jours, elle entame une tournée européenne, qui passe le 19 mai par la Cigale à Paris:

«J’ai eu le privilège de pouvoir passer une année sans concert mais il faut tout de même tourner pour gagner de l’argent. Et puis, c’est mon métier et je l’aime!»

Cette tournée sera en revanche moins gourmande en temps que la précédente. Cent cinquante concerts, ça fait deux cents jours en dehors de chez soi, c’est peut-être un peu trop… Cent vingt dates feront l’affaire. Cela lui permettra de poser (et défaire, parfois!) sa valise dans son nouvel appartement de Berlin afin de continuer à entretenir cette envie de composer, de jouer et, tout simplement, de vivre un peu pour elle-même.  «Parce que, à la fin, la musique, si tu n’as pas plus envie de jouer, ça ne marche pas.»

Supermoon

Two Gentlement Records / Caroline International France


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