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Petit guide pour séduire Pablo Iglesias

Pablo Iglesias, le 9 mars 2015. REUTERS/Paul Hanna

Pablo Iglesias, le 9 mars 2015. REUTERS/Paul Hanna

Le leader de Podemos s'est séparé de sa compagne Tania Sanchez, mais également de Juan Carlos Monedero, l'un de ses plus vieux compagnons de route en politique. Comment accrocher ce cœur à prendre?

Pablo Iglesias n'en finit pas de se séparer. Le 30 avril 2015, le secrétaire général de Podemos se faisait lâcher par Juan Carlos Monedero, l'un de ses plus vieux compagnons de combat. Le n°3 de ce nouveau parti qui compte créer la surprise aux élections générales espagnoles, larguait poliment mais fermement Iglesias au motif de tensions internes. Un mois auparavant, c'est sa relation avec Tania Sanchez, la députée du parti d'extrême gauche Izquierda Unida qui explosait en plein vol. Quelques heures avant les résultats des élections municipales andalouses, premier grand test électoral pour Podemos, Pablo et Tania, le couple le plus anti-système d'Espagne, annonçaient leur rupture officielle via leurs comptes Facebook respectifs transformant ainsi l’ultra médiatique leader en premier candidat célibataire des élections générales de l'histoire espagnole.

«Nous aurions préféré ne jamais avoir à écrire ça ici. Nous aurions préféré que notre vie privée ne soit qu'à nous mais, pour nous, cela est impossible. Nous écrivons cela pour éviter les rumeurs et les débats mal intentionnés, et nous vous demandons du respect, les affaires personnelles ne devraient pas être l'objet de débat public, même si les protagonistes sont des personnes publiques. Nous ne sommes plus un couple, nous nous aimons beaucoup, nous nous admirons, nous nous respectons, nous sommes des compagnons et partageons les mêmes aspirations de changement politique, pour lesquelles nous continuons d'oeuvrer. Seulement, nous ne sommes plus un couple. Ce post contient les seules déclarations publiques de notre part sur ce sujet.

Tania et Pablo

Tania, la femme la plus courageuse et celle que j'admire le plus

Pablo

Pablo, l'homme qui a tout changé et que j'admire le plus

Tania»

Une situation inédite qui n'a pas tardé à provoquer des réactions enflammées sur les réseaux sociaux.

 

Salut @Pablo_Iglesias_  écoute, maintenant que tu es célibataire et tout, quand tu veux on prend un Calimocho dans une manif! Allez!

 

Pablo Iglesias est célibataire, c'est pour moi

 

Célibataire... et beau les filles! Pablo Iglesias et Tania se séparent: les raisons

Érotique du pouvoir ou véritable Pablomania? En centralisant depuis plus d'un an l'attention médiatique, le leader a logiquement concentré les regards et les fantasmes... et s'est même fait peloter en public.

De quoi nous poser une question plus qu'essentielle dans cette période électorale et sentimentale houleuse: comment séduire Pablo? (Pour ceux qui ne seraient pas émus par le genre catogan, point levé et bracelet en cuir, n'en dégoûtez pas les autres, merci.)

1.Rassembler des indices

L'avantage avec Pablo Iglesias, c'est que ses déclarations sont truffées de petites références personnelles. Livres, groupes, films préférés, ses interventions tiennent plus du passage chez Michel Drucker que de la tribune politique.

«Avant, la vie politique espagnole était très terne, les campagnes très axées sur les programmes économiques, sur des sujets arides. Là, on se retrouve avec un jeune homme qui ne voit pas d'inconvénient à parler de sa vie personnelle, de ses goûts», explique Jorge Santiago Barnes, docteur en communication politique.

Une nouveauté qui présente un très gros avantage pour draguer: rassembler des indices pour se muer en partenaire idéal n'a jamais été aussi simple (et que celui qui n'a jamais prétendu avoir vu l'intégrale d'Ozu pour obtenir un rencard jette la première pierre...)!

Rassembler des indices est important, mais encore faut-il pouvoir disposer de données précises. Et sur cela, le leader de la gauche espagnole n'est pas toujours d'une aide très précieuse. En effet, que faire une fois que vous saurez qu'il aime «lire, se rendre à la campagne, courir, se promener avec son chien et aller au cinéma»?

Mieux vaut laisser tomber ces informations, trop banales pour un profilage efficace, pour s'intéresser aux préférences culturelles de notre bachelor antisystème.

2.Aimer HBO, le rapcore et les petits chiens

En Espagne, à moins d'avoir vécu dans une grotte ces 12 derniers mois, personne n'ignore que Pablo Iglesias est un grand fan des série d'HBO, et notamment de Games of Thrones, série à laquelle il n'a cessé de se référer depuis le début de sa courte carrière, à grand coup de leçons politiques pour les nuls.

Bref, si  le nom «Lannister» évoque pour vous celui d'une bière artisanale irlandaise, un rattrapage urgent s'impose. Car, à moins de n'avoir jamais vu la série, comme le Roi d'Espagne, savoir dessiner les blasons et connaître par cœur les devises des familles de Westeros peut s'avérer un atout drague décisif.

En cas d'hermétisme invétéré aux séries américaines, se tourner vers la musique peut s'avérer plus hasardeux que prévu. De ce côté-là, Pablo Iglesias affiche en effet un éclectisme assez étrange, du rapcore politique énervé des Chikos del Maiz et Habeas Corpus, au réhabilitateur du pasodoble en Espagne, Carlos Cano


Leçon à tirer de ce spectre musical aussi cohérent que le compte rendu d'une journée d'école par un enfant de 4 ans: les amateurs de folk onirique devront chercher un autre point commun. A moins que dans leur adolescence ils aient acheté le Black Album de Metallica... Dans ce cas, évoquer l'épisode d'un air détaché peut s'avérer payant. Nothing Else matter est devenu la dernière référence mainstream du leader de Podemos en interview.

Côté littérature, les préférences de Pablo Iglesias sont beaucoup plus évidentes, avec l'écrivain activiste Ben Hamper, collaborateur et ami de Michael Moore, et comme livre de chevet une biographie de Juan Negrín, le très controversé chef du gouvernement de la seconde république espagnole, condamné à l'exil par Franco. Si pour vous toutefois, l'engagement en littérature rime avec les œuvres complètes de Paco Rabanne, passez directement à l'approche «ami des bêtes». Car Pablo est totalement gaga de son animal de compagnie, une petite chienne répondant au nom de Lola. Comme il le confiait dans une interview à la Crónica de Salamanca en 2014:

«Quand tu arrives avec tous tes problèmes, ton stress et les tensions […], avoir un petit animal qui se meurt de bonheur quant tu rentres, qui se met à sauter et à courir dans la maison, et sortir au parc avec elle me réconcilie avec la vie.»

Ainsi, HBO + rapcore politique + littérature alternative + yorkshire = partenaire idéal. En bref, sachez être mainstream quand il le faut.

3.Afficher une frugalité franciscaine

Les références culturelles ne font pas tout. Votre style de vie est tout aussi essentiel si vous ambitionnez d'accrocher le nouveau leader de la gauche espagnole à votre tableau de chasse. Et à ce niveau-là, un seul mot d'ordre: la frugalité.

Pablo est un homme très simple, son vestiaire peut en témoigner. Si dans votre monde simplicité et efficacité s'apparentent plus à une veste Hedi Slimane qu'à une parka In extenso (la marque textile d'Auchan où Iglesias confessait acheter ses vêtement avant la campagne), préparez-vous à quelques ajustements. Car le candidat de Podemos n'est pas prêt à se sophistiquer de sitôt ainsi que l'analyse Antoni Gutiérrez, chroniqueur politique et auteur du blog Micropolitica.

«Pablo Iglesias a un comportement délibérément austère qui a à voir avec une demande de la société espagnole et européenne d'une nouvelle moralité, de vivre avec peu, de vivre simple. Cet aspect de la frugalité quasi franciscaine est aussi en connexion avec le message du pape François.»

L'heure est donc au dépouillement dans la drague. Que le départ récent de Juan Carlos Monedero serve d'exemple: la presse nationale espagnole a un temps attribué la rupture entre le parti et son idéologue à un éventuel scandale de fraude fiscale opérée par l'ex n°3 du parti. Une affaire qui aurait fait baisser Podemos pour la première fois dans les sondages.

Moralité: si vous voulez séduire Pablo, soyez sûr(e) d'être parfaitement réglo. Pas de compte offshore, pas de Rolex, pas de trop perçu avec Pôle emploi, ni même d'oubli volontaire de la redevance TV... Le leader a fondé sa campagne sur la transparence et l'exemplarité. Traduction: ne vous attendez pas à vous bidonner tous les soirs avec Pablo. Dans cette même interview de la Crónica de Salamanca, ce dernier déclare:

 «Quand j'aime beaucoup quelqu'un, ce que j'adore, c'est lui faire voir ce film qui me fait pleurer à chaque fois comme une madeleine: Les Invasions Barbares

Démonter le bipartisme espagnol ne laisse pas franchement de place pour la déconne au quotidien. Selon Carmelo Moreno, politologue et spécialiste des relations entre humour et politique:

«La politique a acquis un voile grave, solennel. Et il semblerait que les nouvelles générations de politiques tel que Pablo Iglesias l'aient énormément assimilé. Il semblerait que l'humour soit désormais synonyme de frivolité.»

4.Se faire menacer par des fachos

Passer votre samedi soir entre une boîte de kleenex et un Pablo sanglotant ne vous fait pas peur? Vous êtes prêt(e) à passer à l'étape la plus périlleuse de l'opération séduction: devenir le héros/l'héroïne à la hauteur du mythe Iglesias. Comme le détaille Antoni Gutiérrez, l'éruption du «personnage» de Pablo Iglesias dans la vie politique espagnole est fortement associée au stéréotype du héros:

«C'est quelqu'un de courageux, qui parle clairement, qui défie et s'affronte à tout. Jusqu'à son image y compris physique, le rapproche de ce stéréotype héroïque, il y a quelque chose de Quichotte, de Capitaine Trueno en lui...»

Exit la petite vie tranquille, les brunchs dominicaux et les cours de yoga entre midi et deux. Pour partager la vie de Pablo, ce qu'il faut avant tout, c'est de l'intensité dramatique au quotidien.

En témoigne le profil de l'ex-compagne d'Iglesias, Tania Sanchez, connue pour son fort caractère, son franc parler et son engagement communiste sans concession qui l'a notamment conduite à recevoir des menaces de mort de la part de groupes néo-nazis et à devoir être sous protection policière. Se faire régulièrement menacer par des fachos vous aidera à coup sûr dans votre quête. Mais cela ne suffira pas. Pour convaincre, soyez également prêt(e) à vous faire dégager sans ménagement.

Antoni Gutiérrez rappelle:

«L'idée du héros est presque toujours associée à des sacrifices dans la vie personnelle: le héros renonce à tout, il est associé à l'abnégation et au sacrifice. Il ne doit pas être forcément célibataire, mais c'est quelqu'un qui est disposé à renoncer à tout, y compris à sa vie intime.»

5.Disparaître sans la ramener

Si vous pensiez vivre heureux(se) pour toujours avec votre nouveau Prince de la démocratie participative, descendez de votre nuage. L'image du héros célibataire, ou mieux encore, quitté, peut peser lourd dans les sondages. C'est ce que souligne l'expert en image politique Jorge Santiago Barnes:

«En se séparant, il se transforme en victime, et cela génère naturellement de l'empathie. L'idée, c'est de dire qu'il se trouve dans un moment délicat personnellement, mais que même comme cela, il est en train de lutter pour transformer le pays.»

Sans compter que le succès de Podemos, et par extension, celui de son leader, a été construit sur une promesse: celle de la rupture. «Ainsi il ne se présente pas comme un candidat traditionnel, dans une stabilité émotionnelle, avec une femme ou une petite amie, mais célibataire, libre, alternatif parce que ce qu'il veut c'est un pays nouveau libre et alternatif. Le meilleur reflet de ce qu'il propose, c'est lui-même», poursuit le spécialiste. Moralité: avec Pablo, misez sur les amours clandestines.

6.Savoir rester dans l'ombre

Pécho c'est bien beau, mais sur le long terme, l'équation se complique. Car Pablo a besoin d'une âme sœur à la hauteur de son héroïsme, certes, mais qui ne lui fasse pas trop d'ombre non plus.

Pour Jorge Santiago Barnes:

«Le fait qu'il ne puisse pas partager le leadership est une bonne explication à son nouveau célibat. Tout ce qui élimine l'attraction peut être perçu comme négatif. Pour cela je pense que jusqu'aux élections, on ne le verra pas avec une petite amie.»

Vous vous imaginiez déjà faire liste commune avec votre élu pour commander vos produits «kilomètre zéro» à la coopérative alimentaire? Écrire à quatre mains ses discours sur le coin d'une nappe en papier dans un local alternatif? Que neni. Rester dans l'ombre serait la condition sine qua non pour durer auprès du candidat de Podemos. En cas de succès aux élections, ne vous attendez pas à capter un peu plus la lumière. En Espagne, monarchie constitutionnelle, les rêves de «First Lady» prennent rarement forme.

«La Première dame, celle qui réveille tous les intérêts et attire tous les regards, a toujours été la Reine, et non l'épouse du Premier ministre, président du gouvernement. D'autant plus que tout au long de la vie démocratique espagnole, les épouses des présidents ont joué un rôle très discret et autonome, avec une exposition médiatique minimale», précise Antoni Gutiérrez. Seul contre-exemple à citer, le cas de Carmen Romero, épouse du président du gouvernement Felipe Gonzalez, qui a exercé la charge de députée durant le mandat de son mari.

7.Virer droite «tradi»

Reste que la nouvelle coqueluche de la gauche antilibérale a montré à maintes reprises qu'il savait prendre la tradition à contre-pied. En cas d'élection, peut-être pourra-t-il surprendre en rénovant le rôle de la compagne du président. Ce serait la moindre des choses à faire, à la vue de ce portrait robot de son âme sœur idéale: un être disponible, prêt à tous les sacrifices, charismatique et cultivé mais sachant rester dans l'ombre... 

Si vous n'avez pas le profil de cette Cendrillon alternative, ne perdez pas espoir. Chaque règle à ses exceptions. Astuce ultime pour séduire Pablo: le prendre à son propre jeu de la rupture. Jorge Santiago Barnes a sa petite idée sur la question:

«Les gens imaginent la prochaine fiancée d'Iglesias comme très moderne, très alternative, anticonformiste. Je la vois avec un profil beaucoup plus conservateur. Une jeune femme de bonne famille, qui aurait été éduquée dans un collège religieux. Cela lui permettrait de toucher un électorat dont il n'a pas les voix. Ce serait une symbiose à moitié parfaite.»

La solution pour séduire Pablo pourrait ainsi être aussi simple que de se coiffer d'un serre-tête en velours et de s'encarter au Partido Popular, la droite conservatrice au pouvoir qui a impulsé la très controversée loi contre l'avortement. En amour comme à la guerre, tous les coups sont permis. Mais il y a quand même des limites…

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