France

Polémique sur le dérapage verbal de Brice Hortefeux

Slate.fr, mis à jour le 17.09.2009 à 11 h 40

«La polémique est déplacée», a déclaré le ministre de l'environnement, Jean-Louis Borloo vendredi sur RTL, à propos des réflexions faites par Brice Hortefeux, le 5 septembre, lors de l'université d'été de l'UMP.

Brice Hortefeux, ministre de l'Intérieur depuis juin dernier, a commis un dérapage verbal lors de l'université d'été de l'UMP, à Seignosse (dans les Landes), samedi 5 septembre. Dans une vidéo que s'est procuré LeMonde.fr, le ministre tient des propos à priori anti-arabes. Alors qu'un jeune homme, militant UMP d'origine maghrébine se joint à lui et à Jean-François Coppé, chef des députés UMP, pour prendre une photo de groupe, Hortefeux déclare «Il ne correspond pas du tout au prototype» (voulant dire stéréotype, et se référant à l'origine du jeune homme). Il ajoute:

«Il en faut toujours un. Quand il y en a un ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes.»

Manifestement, personne ne réagit sur la vidéo. Arrêt sur Images souligne les commentaires des personnes présentes, supposés rassurants sur le statut du jeune homme: «Il est kabyle. Il mange du cochon...» «Ce sont ces phrases qui déclenchent la réaction du ministre.» analyse Arrêt sur Images.

Brice Hortefeux affirme qu'il parlait «des clichés» avec les Auvergnats. Dans un communiqué publié jeudi, il affirme que «pas un seul» de ses mots ne faisait «référence à une origine ethnique supposée d'un jeune militant». Le propos de M. Hortefeux diffusé sur la vidéo, explique-t-on dans son entourage au ministère de l'Intérieur, «fait référence au nombre de clichés déjà pris avec des Auvergnats», après qu'il eut été «assailli» de demandes de la part de ces derniers pour poser avec eux.

Interrogé pour savoir si Brice Hortefeux devait rester ministre de l'Intérieur, Jean-Louis Borloo a déclaré n'avoir «aucun» doute à ce sujet.

La ministre de l'Economie Christine Lagarde a déploré «une vaste polémique» et «trouve complètement incongru d'imaginer qu'il puisse y avoir du racisme dans son coeur». Elle a assuré qu'il ne pouvait s'agir que d'une plaisanterie, en expliquant:

«C'est un type qui est drôle, qui blague tout le temps (...) qui est extrêmement rigoureux et extrêmement droit dans ses principes moraux», a assuré Christine Lagarde sur Canal+.

La Gauche demande sa démission

«La question n'est même pas de savoir s'il faut ou pas qu'il démissionne du gouvernement, mais que fait-il encore au gouvernement à cette heure-ci ?», a réagi Benoît Hamon, porte-parole du Parti socialiste. «Le président de la République doit le démettre immédiatement», a-t-il ajouté. Olivier Besancenot a lui aussi déclaré que le ministre de l'intérieur devrait démissionner.

Martine Aubry s'est dite «choquée et consternée» par les propos «insultants». «Les Français ne peuvent accepter qu'un ministre puisse s'exprimer ainsi. Je ne tolérerai pas que des propos racistes soient tenus dans notre pays», a affirmé la première secrétaire socialiste.

Ces propos extrêmement tendancieux de la part du ministre de l'Intérieur renvoient à l'image qu'il s'était forgée lorsqu'il était «ministre de l'Immigration, de l'Intégration, et de l'Identité nationale», une image de politique très à droite et très hostile à l'immigration. C'est sous son ministère qu'est adoptée la loi qui freine l'immigration d'octobre 2007 et va dans le sens des lois votées depuis 2003.

Fin novembre 2007, il soulevait une polémique en sous-entendant, lors de l'émission Capital sur M6, que les sans-papiers n'étaient pas des «citoyens honnêtes, propres». Le présentateur de l'émission, Guy Lagache, lui demandait s'il y aurait «toujours des sans-papiers sur le territoire français», ce à quoi Hortefeux répondait: «Ben si vous rêvez d'une société idéale dans laquelle il n'y aurait que des citoyens honnêtes, propres (...), la vérité c'est que c'est un combat permanent.»

En juin 2009, Brice Hortefeux était devenu ministre de l'Intérieur, après un passage au ministère du Travail, des Relations sociales, de la Famille, de la Solidarité et de la Ville. C'est Eric Besson, ancien socialiste, qui reprend son ancien poste.

Ce dérapage de Brice Hortefeux intervient le lendemain de la mise en retraite du préfet Paul Girot de Langlade, accusé d'avoir tenu des propos racistes lors d'un contrôle à un aéroport. Le préfet continue de nier les faits et promet d'attaquer en justice son ministre de tutelle: Brice Hortefeux. Langlade avait même taxé Hortefeux de vouloir se faire une «virginité de parfait antiraciste» grâce à cette «cabale» lancée contre lui. Aujourd'hui, il s'amuse de la polémique, et suggère que l'on mette le ministre à la retraite comme on l'y a mis lui-même.

[Voir la vidéo sur lemonde.fr]

Image de une: Capture d'écran de la vidéo du Monde.fr

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