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La diplomatie d’opportunité de François Hollande

François Hollande quitte La Havane, le 12 mai 2015. REUTERS/Enrique de la Osa.

François Hollande quitte La Havane, le 12 mai 2015. REUTERS/Enrique de la Osa.

De Cuba au Mali, de l'Ukraine au Qatar, la politique étrangère du deuxième président socialiste de la Ve République est avant tout caractérisée par le pragmatisme et l'analyse au cas par cas.

La critique de la diplomatie menée par François Hollande tient en une formule: pourquoi condamner Vladimir Poutine et aller serrer la main de Fidel Castro! Ceux qui la prononcent ne sont pas dépourvus d’arrière-pensées de politique intérieure et sont souvent les mêmes qui trouvent des excuses au président russe pour l’annexion de la Crimée et la guerre en Ukraine. Elle a cependant le mérite –en creux– d’interroger les déterminants de la politique étrangère menée par le deuxième président socialiste de la Ve République. Quand François Hollande se rend au Qatar et en Arabie saoudite, est-ce simplement pour défendre les intérêts économiques de la France en vendant des Rafale? Quand il refuse de livrer les porte-hélicoptères Mistral à une Russie agressive, est-il mu simplement par son intérêt pour le respect du droit international?

Quand il est arrivé à l’Elysée, en 2012, François Hollande avait la réputation de ne pas s’intéresser à la politique internationale. Reproche en partie injuste qu’il a en tout cas balayé en se préparant avec soin à ses nouvelles fonctions avec son équipe de campagne. Comme le raconte le journaliste Xavier Panon dans son livre Dans les coulisses de la diplomatie française, de Sarkozy à Hollande, deux conceptions de la diplomatie s’affrontaient dans son entourage: d’une part, les tenants de ce que l’ancien conseiller de Mitterrand et ancien ministre des Affaires étrangères de Jacques Chirac et Lionel Jospin, Hubert Védrine, a appelé «le compromis gaullo-mitterrando-chiraquien», une forme de realpolitik aux antipodes du «droit-de-l’hommisme»; d’autre part, un groupe informel de diplomates et d’experts, baptisé «la secte», inquiet du développement du terrorisme islamiste, soucieux de défendre les valeurs occidentales, prompt à justifier le recours à la force, enclin à soutenir Israël et critique envers l’Iran, toutes caractéristiques propres aux néoconservateurs américains, amis de George W. Bush.

Les premières victoires de «la secte»

Xavier Panon affirme que, dans un premier temps et en partie au moins, «la secte» l’a emporté auprès de François Hollande. Apprenant le 22 septembre 2014 la décapitation d’Hervé Gourdel, otage d’un groupe extrémiste en Algérie, le président parle de «guerre, car c’en est une, contre le terrorisme». Il explique que la situation internationale est «la plus grave depuis 2001», sous-entendu depuis le 11-Septembre et les attentats de New York et Washington. Dans son entourage, on trace une vaste ligne, des camps d’entraînement du Waziristan, au Pakistan, à la péninsule arabique, la Libye, l’Afrique occidentale. Comme s’il s’agissait d’un seul et même ennemi, d’un seul et même combat, contre ce que le Premier ministre Manuel Valls nomme «l’islamo-fascisme».

«L’emploi de la force ne lui pose aucun problème», avoue un de ses conseillers. Y compris sans l’aval de l’ONU, comme il s’y préparait à l’été 2013 pour punir Bachar el-Assad d’avoir utilisé des armes chimiques contre son propre peuple. Que l’intervention n’ait pas eu lieu faute de l’appui américain est une autre histoire, qui ne change rien aux convictions présidentielles. François Hollande ne perd d’ailleurs pas une occasion de regretter le «lâchage» de Barack Obama, qui l’a empêché d’intervenir. Une manière pas très habile de souligner la faiblesse relative de la France.

De là à taxer la diplomatie hollandaise de «néoconservatrice», il y a un pas qu’il ne faut pas franchir sans précautions. D’une part, les considérants de cette ligne se retrouvent dans ce qu’on a appelé aux Etats-Unis «l’interventionnisme libéral», (ré)apparu après les attentats de 2001: l’importance de la démocratie, la menace de l’islamisme terroriste assimilé parfois à un nouveau totalitarisme, l’acceptation du recours à la force pour défendre le droit.

Plusieurs lignes

D’autre part, la diplomatie de François Hollande ne se résume pas à la mise en œuvre d’une seule «ligne». Quand le président assiste au sommet du Conseil de coopération du Golfe à Riyad, son principal souci n’est pas la promotion des droits de l’homme. Quand il se rend à Cuba, profitant de l’ouverture américano-cubaine, il est plus intéressé par l’avenir de l’espace Caraïbes que par le sort des prisonniers politiques.

Il a été le premier chef d’Etat occidental à rencontrer le président iranien Rohani après l’élection de ce dernier, ce qui ne le retient pas d’être plus dur que les Américains dans la négociation sur le programme nucléaire de Téhéran. A son arrivée à l’Elysée, il retire les troupes françaises d’Afghanistan mais il intervient contre Daech en Irak, après avoir regretté de n’avoir pas pu le faire en Syrie.

Dans l’opposition, il avait approuvé le bombardement du régime Kadhafi et le renversement du colonel. Il critique aujourd’hui l’absence de «suivi» international en Libye qui a contribué à créer le chaos actuel favorable au développement des groupes terroristes dans tout le Sahel. Et s’il est intervenu au Mali, c’est à la fois pour mener la lutte contre le terrorisme –qui a la priorité sur le sort des otages–, pour assurer la sécurité de l’Europe et rétablir l’intégrité d’un Etat allié de la France.

Sur l’Ukraine, il mène une politique déterminée à la fois par les principes –respect du droit international– et par une appréciation réaliste du rapport des forces. Les cérémonies du 70e anniversaire du débarquement allié en France lui ont offert l’occasion de mettre en place le «format Normandie», rencontre à quatre avec Merkel, Poutine et Porochenko, et c’est dans cette formation qu’il a poursuivi à Minsk ses efforts pour la fin des hostilités, sans découragement mais sans illusions.

Contradictions? Certes, si l’on s’en tient à une vision idéologique de la politique étrangère que ne partage certainement pas François Hollande. En revanche, si l’on comprend son action comme une «diplomatie de l’opportunité», capable de saisir les occasions en fonction des intérêts de la France, d’un rapport de forces analysé au cas par cas et des chances de succès, on voit à l’œuvre le pragmatisme caractéristique du hollandisme. Un pragmatisme qui n’exclut pas les grandes envolées sur la République et ses principes, sans lesquelles il n’y a pas de président sous la Ve.

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