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La France a renoué avec la croissance, mais doit affronter trois écueils

REUTERS/Gonzalo Fuentes.

REUTERS/Gonzalo Fuentes.

Les baisses de l'euro et du pétrole ont fourni les ingrédients d'une reprise conjoncturelle, mais il reste trois crises à résoudre: mondiale, européenne et française.

La France est enfin parvenue à accrocher son wagon au train de la reprise mondiale. Sa croissance sera supérieure à 1% cette année et à 1,5% l'an prochain, le gouvernement soupire d'aise. Le meilleur PIB, facteur d'un déficit des finances publiques réduit, arrange ses affaires avec Bruxelles, le pays n'est plus menacé d'infamantes sanctions.

L'emploi, dit-on, n'est pas au rendez-vous. Mais les embauches sont toujours décalées par rapport aux carnets de commandes, il est logique que la courbe du chômage s'inverse un peu plus tard, sans doute après l'été. Le gouvernement pourra alors se coiffer d'une couronne de lauriers sur le thème «Ma politique est la bonne, la France sort de la crise».

Hélas. Que la France retrouve une conjoncture meilleure est une certitude. Et c'est le jeu de la politique, le gouvernement laisse dans l'ombre le fait que les deux grands facteurs explicatifs de cette amélioration sont «externes»: le prix du baril de pétrole divisé par deux et l'euro dévalué de 20% par rapport au dollar. Le pétrole redonne 20 milliards d'euros de pouvoir d'achat aux ménages et aux entreprises, dixit Michel Sapin, et la baisse de l'euro dope la compétitivité des exportateurs; le tout compte plus que le CICE gouvernemental. Et le coup de chance va durer pour François Hollande: la guerre engagée pour le pouvoir sur le marché mondial du brut entre l'Arabie Saoudite et les producteurs américains d'hydrocarbures issus des schistes n'est pas près de s'achever et le dollar a toutes les raisons de continuer de remonter. D'ici à 2017, le soleil «externe» restera au zénith, les statistiques de la France vont se colorer naturellement de rose.

Mais si l'on peut espérer que la France soit sortie de la crise conjoncturelle, dire qu'elle soit sortie de «la crise» est faux. Il lui reste trois autres crises d'une bien plus vaste ampleur à vaincre: mondiale, européenne et française.

Mondiale d'abord. Tous les économistes le reconnaissent, l'économie mondiale ne s'est pas remise solidement debout. La croissance ne remonte pas autant qu'elle devrait, dans aucun pays développé, tandis qu'elle perd de sa vigueur dans les émergents. Le monde est soumis «à un jeu neuf de forces très complexes», note, perplexe, le dernier rapport du FMI. Les Etats-Unis peinent autour de 2,5%, alors que les sorties des précédentes récessions provoquaient des booms. L'Europe est engluée, l'Allemagne elle-même ne brille pas autant qu'elle espérait. Quant au succès britannique, il autorise une victoire surprise de David Cameron, mais il n'arrive pas à effacer les doutes qui planent sur sa durabilité.

Pourquoi cet étrange manque de tonus de la croissance? Les économistes sont incapables de se départager entre les nombreuses explications qu'ils fournissent. Pour les uns, il s'agit d'une panne du progrès technique que l'on observe dans la baisse des gains de productivité. La cause en est bizarre autant qu'étrange, étant donnée l'explosion visible des innovations, mais la conséquence est de nous faire entrer dans «une stagnation séculaire».

Pour d'autres, il s'agit d'une panne de projets. La cause est ici un déficit de la demande mondiale: les salaires ne repartent pas à la hausse tandis qu'il y a «trop» de profits qui ne savent plus où se placer, regardez les centaines de milliards de dollars inemployés dans les caisses des géants du Dow Jones.

Pour les troisièmes, il s'agit d'une panne financière. Cette crise est née d'un endettement beaucoup plus lourd d'où il est long de sortir. Les Etats-Unis arrivent au bout de l'assainissement, l'Europe y est encore, la Chine y entre en découvrant l'état d'endettement de ses grandes firmes et des collectivités.

Toutes ces explications ne s'opposent pas les unes aux autres, elles peuvent se compléter. Le fait est que la reprise mondiale est entachée à la fois par un retour des bulles spéculatives, par un manque d'investissement dans les infrastructures, par des taux d'emplois insuffisants et par des inégalités très fortes. Les solutions ne sont pas connues, par exemple: quelle est la bonne finance? Ou bien: quel est l'effet de long terme des politiques monétaires hétérodoxes (taux d'intérêt nuls et achats massifs d'actifs) sur l'investissement? Faute de réponse, la crise mondiale est loin d'être terminée.

La «crise européenne» est à l'inverse, très bien cernée: il s'agit d'un défaut de construction institutionnelle. L'union monétaire reste incomplète sans union politique, sans union fiscale et sans politique macro-économique d'ensemble. Il faudrait une intégration plus serrée de la zone euro. Mais le problème est ici politique: les gouvernements n'osent pas demander «plus d'Europe» à leurs peuples qui en veulent moins. L'Union continue d'avancer à petits pas mais la véritable sortie de la crise européenne est, elle aussi, éloignée.

La «crise française» n'est pas plus en voie de résolution. La France, comme beaucoup d'autres pays, les Etats-Unis ou la Grèce, vivait au-dessus de ses moyens, en déficit double, budgétaire et commercial. Il lui faut changer de modèle. Sa croissance est enfermée depuis trente ans dans une spirale vicieuse: plus de subventions d'une main, plus d'impôts et de déficit de l'autre –politique de l'emploi, du logement, de l'industrie, etc. Sa sortie de crise passe non pas par des réformes de ce système, ce que fait un peu le gouvernement, mais par sa remise en cause générale et radicale, qui rendra chaque secteur de l'économie naturellement compétitif et autorisera la fin des subventions compensatoires en tout genre. L'Etat, au passage, perdra son mauvais rôle d'interventionniste réparateur et pourra devenir constructeur de l'avenir. Nous en sommes loin.

Cet article est également paru dans Les Echos.

 

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